SCÈNE III
CALLIMACO.
(a part.) Il me renvoie? (Haut.) Mon Dièut seigneur Calfueci, pardonnez-moi... mais je n’étais pas venu uniquement pour cette mandoline...
Ahi qu’y a-t-il? -
CALLIMACO.
(a part.) Qu’est-ce que je pourrais donc bien lui conter, pour rester un peu ?... An! (uant.) Vous saurez donc, illustre seigneur, que l’autre jour, en parcourant le Livre d’Or, où se trouvent inscrits tous les noms célèbres de l’Italie, j’ai découvert qu’il y est fait mention d’un certain Calfucci, lequel, pour de grandes -actions, fut fait procurateur de Venise en 1480... Or, ce Calfucci était, paraît-il, allié àmne certaine Catbarina Calharino Catharini.
* CALFUCCI.
Ah!
CALLIMACO. .
Or, il se trouve que, par les femmes, je descends, moi qui vous parle... de cette Cathari...
CALFUCCI.
Ce Calfucci-là n’est pas de ma famille...
CALLIMACO.
Ah! tant pis! j’espérais que nous étions un peu parents...
CALFUCCI.
Point du tout.
CALLIMACO.
Mais pourtant, dans l’arbre généalogique...
SIRO
Vous vous serez trompé de branche.
Êtes-vous sûr? (a pan.) Elle ne viendra donc pas?(Haat.) Ces Calfucci-là portaient de gueule sur fond de sable...
CALFUCCI.
Mais encore une fois... ce n’est pas moi...
SIRO
Le seigneur Calfucci ne porte rien... et ne veut rien porter... ni gueules, ni...
CALFUCCI.
Certainement!
CALLIMACO.
Alors... je vous demande bien pardon! mais je regrette vivement que vous ne descendiez pas.'..
SI RO
(a part.) Je crois plutôt que c’est sa femme qu’il voudrait voir descendre...
CALFUCCI.
Je le regrette également...
Oui... c’est dommage... parce que, étant sans ■ parents, j’aurais été bien aise de laisser ce que je possède... à vous... ou à vos héritiers.
CALFUCCI, bondissant*.
Mes héritiers! ah! quel mot venez-vous de prononcer?
CALLIMACO.
Comment ?
CALFUCCI. »
Vous venez de retourner le poignard dans la plaie béante de mon cœur! Ah! des enfants! des petits Calfucci ! douze ou quinze petits Calfucci qui se seraient répandus sur toute l’Italie, pour y continuer mon célèbre commerce des mandolines!... C’était mon rêve. Mais c’est en vain que j’ai eu recours aux plus illustres savants de Bologne. Nous sommes même allés, Lucrezia et moi, jusqu’à Florence... Hélas! tous ces soins ont été inutiles! Et j’aurai le regret de ne pas me voir revivre dans ma postérité. Ainsi, vous voyez donc que, quand bien même nous serions...
CALLIMACO.
(a part). Tiens 1 tiens! si j’essayais... (Haut.) Comment? les plus illustres savants, vous les avez consultés?
CALFUCCI.
Hélas! oui.
CALLIMACO.
Vous avez vu sans doute mon célèbre parrain...
CALFUCCI.
Votre parrain?...
Oui, le fameux docteur Biondetto-Biondebti, qui habile tout près d’ici... à Bologne même.
CALFUCCI.
Le docteur Biondet...
SIRO
To-Biondetti... je ne connais que ça...
* Siro, Calfucci, Callimaco.