SCENE II
Coré, ROBERT.
Côré.
Mon cher Robert, comme tu arrives bien! j'allais justement passer chez toi!
ROBERT
Je t'ai devancé de quelques secondes.
CôrTé.
Cependant....ta toilette n’est pas terminée.
MOBERT,
En effet. Il faut te dire que je crois qu'il me faut remettre à une autre date la portie projetée pour ce
soir!
Côrr Comment cela?....Qu'est-ce à dire?....Te survientil quelque chose de fâcheux? de désagréable?....de pénible”...
ROBERT
Les Champoireau sont en ville...Ma cousine Blanche vient de m'en téléphoner la nouvelle,
Côré.
Pas les Champoireau de Saint-Polidor?
ROBERT
Oui; :es Champoireau de Saint-Polidor!
CÔTÉ
Et ils viennent te voir?
ROBERT
Comme tu dis! Ils sont en route à l’instant même, m'annonce ma cousine. Ils étaient ses hôtes hier et ce soir ils m’honorent de leur présence. Que rais-je faire?
CôrÉ,.
A mon avis, c'est bien simple: (souriant) Je sortais, tu sortais, nous sortions? Eh bien! sortons
quand même, et restons dehors très tard. Lorsqu'ils se présenteront, tu n'y ser: 3 pas?
ROBERT
Oh! mais tu les connais aussi bien que moi, mon cher ami. Je pourrais m’absenter jusqu'à minuit... jusqu'à un: eure ou deux du matin....A mon retour je les trouverai assis sur le palier devant ma porte. Ce sont de drôles de gens! Tous les pensionnaires de la maison les verraient, et les Cnampoireau ne manqueraient pas de leur demander où je suis allé....quand est-ce que je rentrerai...et ils ne manqueraient pas non plus d'ajouter comment ils m'ont connu à Saint-Polidor quand j'y demeurais, de parler de ma famille, ete. ete...
CÔTÉ
Pourquoi n'irais-tu pas coucher à l'hôtel? Je resterai ici moi, pou: ies recevoir.
ROBERT
C'est bien dûr d’avoir à se risquer dans un lit d'hôtel pour des gens comme ceux-là! Oh! mais... j'ai une idée, et une fameuse encore! Et si tu veux me seconder je pourrai me débarrasser d'eux et de plus nous v trouverons matière à rire.
CÔTÉ
De quoi s'agit-il?
RoBERT.
Supposons que tu t’installes dans mes quartiers, et que moi je vienne ici? Alors, quand nos amis se montreront, c’est toi qui parais en .cène. Tu leur dis que tu as loué mon appartement tout meublé... et que....que je suis en voyage! Supposons, pour que ce mensonge inoffensif ne te répugne pas, que nous convenons, affane transigée régulièrement, que nous échangeons de local pour ce soir?
CôrÉ.
Tope-là, mon vieux!...Ca me va! Enchanté de t’être utile! Passe-moi le Champoireau et je te le retourne Champdéchalotte le temps de le dire.
ROBERT
Tu comprends que je ne songerais jamais à traiter aucun autre de la sorte.…..Mais eux....mais ces Champoireau!.….J’ignore si tu connais leur genre, mais chaque petite place même a sa famille Champoireau. On dirait qu’ils n’ont d’autre but ici-bas que de s’occuper des affaires du prochain. Quelque innocent que soit un geste, une action, ils les habillent si bien qu’ils en prennent un aspect louche. Ils sont absolument sans respect humain et nulle somme de moquerie ne leur ferait honte. Ils ont été les hôtes de ma cousine et maintenant c’est à
mon tour.
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été din sna meute ati me ape rntemd-oe.
nas. US
Quel vent les amène?
RoBERT.
Rien de particulier; nulle occasion justifiable; seulement que l'envie d’une promenade afin de retourner à Saint-Polidor avec un bagage de commérages sur nous: comment nous vivons; comment nous nous habillons, et nos gestes et paroles....avec ceci: que leur rapport ne sera pas fidèle à la vérité.
CÔTÉ
Dans ce cas ils ne recevront que ce qu’ils méritent en les jouant comme tu le propose”
ROBERT
Encore une fois, comprends que je n’userais pas de ce procédé envers d’autres. Je serai toujours content, enchanté de recevoir des amis de Saint- Polidor et je leur tendrai les bras cordialement, mais ces Champoireau ne sont pas de mes amis et ne le fûrent jamais. Ce ne sont que des connaissances, d’un type particulier, de cette espèce qui présume avoir droit au titre d’ami cher, parce que l’on a connu vos père et mère et que l’on vous a parlé quelques fois. J’espère que tu me saisis bien, mon cher Côté, et que tu ne me eroiras pas le moindrement faquin, méchant, envers des gens qu’autrement je
recevrais mieux ?
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CÔTÉ
Pas du tout, mon ami. D’après tes paroles, je crois connaître l'espèce de gens que sont ces Champoireau. Un petit peu de froideur ne fait jamais de mal à ces êtres-là, et pour la même raison, ne leur fait jamais de bien, non plus, je suppose? Eh bien! si l'ennemi est déjà en campagne, il est bon de prévoir les hostilités Je vais n'installer chez toi et poser au monsieur qui a sous-loué ton appartement.
ROBERT
Et moi, alors, je reste iei!....Dis donc! quand tu seras débarrassé de nos gêneurs, tu me téléphoneras?
CÔTÉ
Convenu!
ROBERT
Je ne voudrais pas te presser, mais je crois que tu ferais bien d’aller occuper mon logement incontinent, car les Sain' lolidoriens ne peuvent tarder à l'horizon!
CôrÉ.
Très bien! (JL sort).