LAFLEUR
Alors, je n'ose plus. '
MARION
Tu as rudement tort, T*as pas à te gêner.
(Lafleur lui tend une pauvre vieille lettre enveloppée dans un mouchoir, et la donne à Marion.)
LAFLEUR, très naïvement.
Je viens encore une fois.
Puisque je ne sais pas lire, P voudrais tant la savoir par cœur.
Car pour moi, c'est tout mon bonheur.
MARION, lui lisant sa lettre.
« Mon pHit gars, si nous t'écrivons, C'est pour te bien dire sans cesse, Qu'nuit et jour, à toi nous pensons, Et qu'en rêve, en mes bras j'te presse Comme une pauvre et vieilF maman, Qui s'ianguit loin de son enfant.
Si tu t'trouvais en grand danger.
Pense à la médaille, à Marie, Qu'j'ai cousue avant d'te quitter, En dessous ta buffleterie.
Ces deux brins de jasmin que je mets dans ma lettre, Sont cassés au rejet qui grimpe à ta fenêtre, S'ils t'arrivaient tlétris, s'ils étaient tous froisses. Prends-les bien doucement, touche-les de tes lèvres, Tu sauras y trouver les baisers pleins de fièvres. Que ton vieux père et moi venons d'y déposer. »
(Pendant la lecture de la lettre, Lafleur écoutera très ému, presque rpjigieusf^ment, sans mouvements^ sur les deux derniers vers seulement, il portera trèi simplement son mouchoir à ses veux en sanglotant.)