CHAPITRE SIXIÈME
Conduite de Jésus vis-à-vis de l’àme qu’il appelle à la Vie Religieuse
Jésus est amour et II n’aime que pour être payé de retour. C’est la belle pensée de saint Bernard : « A l’amour qu’il nous porte, Dieu veut que nous répondions par notre amour ; car il n’aime qu’afin d’être aimé ». Saint Bernardin de Sienne s’exprime non moins tendrement : « Apprenez de Jésus-Christ à aimer Jésus-Christ ».
Tous les efforts de Jésus tendent à ravir les cœurs à son amour, car II sait qu’alors II sera écouté et compris, obéi délicatement et suivi généreusement. « Rien n’est difficile, rien n’est impossible à celui qui aime. Celui qui monte vers Dieu par l’amour a des ailes », dit saint Augustin.
« Aimez, dit encore le même Docteur, et vous serez attiré. » Mais pour aimer, il n’y a qu’à regarder Jésus et à considérer avec quelle douce bonté et quelle tendre insistance II cherche à attirer à Lui l’âme qu’il destine à la vie religieuse.
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Il lui montre d’abord le néant de tout ce qui est terrestre, suivant ce qui est dit en saint Jean : « Le monde passe et sa concupiscence avec lui » (I Jean, ii, 17) ; et l’incompatibilité de son amour avec celui du monde : « N’aimez point le monde ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui » (I Jean, ii, i5).
Puis II invite à se rapprocher de Lui et à Le suivre dans la voie de la vertu, de la perfection et de l’amour. Il inspire, Il touche, Il attire, Il embrase ; et s’il éprouve quelque résistance, Il revient à la charge, Il insiste, Il poursuit, Il redouble d’efforts jusqu’à ce qu’il ait ravi lame de son choix. «Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et m'ouvre la porte, j’entrerai chez lui » (Apoc., iii, 20).
Et pour rassurer, Il fait entendre des paroles de douce confiance : « Je suis la voie, la vérité et la vie » (Jean, xiv, 16). « Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean, viii, 12). « Je suis le bon Pasteur, et je connais mes brebis » (Jean, x, 14). « Je suis la porte ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jean, X, 9)-
Comment rester sourd à de tels appels ; comment ne pas accourir vers Celui qui ne nous attire à Lui que pour nous inonder de sa vérité
et de son amour, et qui ne réclame notre confiance que pour nous guider plus sûrement vers le port bienheureux de la vie religieuse? «Jésus- Christ ne nous égare pas, car il est la voie, dit saint Hilaire ; il ne nous trompe pas, car il est la vérité ; il ne nous laisse pas dans l’horreur de la mort, car il est la vie. S’il est la voie, vous n’avez pas besoin d’un autre guide ; s’il est la vérité, il est infaillible ; s’il est la vie, on va à lui, même par la mort. »
Jésus, néanmoins, se contente d’attirer, mais sans violenter. Il respecte la liberté de chacun, et II veut que ce soit de bon cœur que les âmes se donnent à Lui et fassent tous les sacrifices qu’impose la vocation religieuse. Et nous devons en savoir gré à notre divin Sauveur ; car, quelle satisfaction et quel mérite y aurait-il de subir une vocation que nous n’aurions pas librement embrassée ? Le bonheur de la vie religieuse n’est si grand et si délicieux, que parce que l’âme, après avoir compris combien elle est aimée de Jésus, a voulu, à son tour, tout sacrifier pour ne plus appartenir qu’à son Bien-Aimé.
C’est la conduite qu’a tenue Jésus à l’égard du jeune homme riche de l’Evangile. Cette âme, désireuse d’assurer son salut éternel, s’approche du divin Maître et Lui demande de l’éclairer. « Si tu veux être parfait, lui répond Jésus, va,
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vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; viens ensuite et suis-moi » (Mat., xix, 2). Cette parole parut trop dure au jeune homme, qui s’en alla tout triste. Jésus l’appelait à la pratique des conseils, mais il fut infidèle à sa vocation ; et Jésus nous fait entendre qu’il exposa par là le salut de son âme.
Il est des cas parfois où la condescendante et miséricordieuse insistance de Jésus auprès des âmes revêt le caractère d’une douce violence. Il ne faut pas penser à s’en plaindre : car c’est être aimé doublement que d’être poursuivi ainsi par la tendresse de Jésus. Saint Augustin dit justement à ce propos : « Ne croyez pas que la violence faite à l’âme par Dieu soit pénible et dure ; elle est douce, elle est suave ; c’est la suavité même qui vous enchaîne. »
Quand Jésus a assez éclairé l’âme, qu’il l’a embrasée de son unique amour, qu’il l’a fortifiée dans sa ferme résolution de n’être qu’à Lui, et que le moment semble venu de tout quitter pour réaliser la vocation divine, Il exige la générosité absolue et la correspondance fidèle à la grâce. Autant II se montre patient et condescendant dans ce que nous pourrions appeler les préparations éloignées de la vocation, autant II est divinement exigeant quand l’heure est venue d’accomplir ses desseins d’amour. Toute hési-
tation et tout retard Lui paraissent alors une méconnaissance de ses dons et un fléchissement dans Tamour qui Lui est dû. Et comme II est un Dieu jaloux, Il est blessé au vif de cette attitude lâche et ingrate, et, si elle se prolongeait, Il serait dans le cas de délaisser l’âme infidèle.
C'est souvent pour ne pas en arriver à cette extrémité, qui répugne à son amour, qu’il intime des ordres rigoureux aux âmes qu’il a choisies. Malheur à elles si elles ne comprennent pas cette conduite toute de miséricorde ; Jésus pourrait retirer son appel et les abandonner à leurs préférences terrestres et humaines.
Nous voyons, dans la vocation des Apôtres, que Jésus les appelle par des paroles qui expriment le commandement : « Venez, suivez-mbi » ; et aussitôt ils quittent tout pour s’attacher à ses pas. A l’un de ses disciples, qui Lui demande de lui permettre auparavant d’aller ensevelir son père, Jésus répond : « Suivez-moi et laissez les morts ensevelir leurs morts » (Mat., viii, 22). Quel sujet de réflexion pour ceux qui trouvent toujours des prétextes pour retarder leur entrée en religion !
La vocation religieuse est une grande grâce, un trésor précieux qu’il faut garder avec soin et s’empresser de faire fructifier ; le laisser improductif, c’est s’exposer à le perdre, comme Jésus