PREFACE
Exclusivement composé d'articles qui ont tous paru en 1868 dans le journal la Liberté, ce livre atteste que les faits accomplis n'ont pas tardé à vérifier la justesse des prévisions et des idées de son auteur.
Quel cas avait- il é(é fait de ses avertissements, de ses indications?
— Aucun.
De là le titre de ce volume, hélas! trop bien justifié.
Août 1870.
LA
Qfltod je «oit IToropt tranifunnéc eo sm lorto d« rtmp ariB« et qoi m raine poor e'armer. Je m» àl» qae ceU De peat pe« dorer longtempi.
MâRicBAL Nul. Corpe lésblalif, liueé àm SI deeesbra 1867.
Le vrai desger d*ne foene ■• ptrtlt Un ûêM !«•
prépcrttife poor U guerre.
Si Booe se poatone pet aietlre «•• llaito è l'efef» ■entttioa de ace arBeseate, le j«ar tleadra eé il 9ên inpoMible de répoadre i ceat qai dieeal : • llieu
* vaudrait de beaocoap ■• lièttre tout de aaite qtte
• dmeurer da'>e eet étal d'Intartilade et chargea de ■ depcBiva auaai éDôrmea. »
L'argaoïeot rat d'aotaot plus fort »l foadé qu'il cit g^Dpralfment adflaia qg'oDe guerre ae peut pat durer ploa de doute mois. Lea moyeat de deatnietioa aoal ai grande et lei pnieéd#a de 'a vapear Hetteat ai r^è> deni#nt lea partira belligéreatet au priaea. qae i'aae oa raatre doit vite l'eflapoiter !
RiciAKD CoiDHi. Alger. 16 février 1861.
Le S novembre 1863, Tempereur Napoléon III» dans une lettre mémorable qui restera Pacte le plus glorieux de son règne, s'exprimait ainsi :
Deux voies sont ouvertes : Tune conduit an progrès par la coo* cîlialion et la paix ; Tautre , tôt ou tard , mène FATAI.EMËNT à la guerre par Tobstinalion à maintenir un passé qui s^écroule.
Le 16 juillet 1870, les événements vériGaient tputes nos prévisions; M. Rouher, président du Sénat, se rendait^au palais de Saint-Clond, où il faisait entendre à TEmpereur ces paroles désignant la Prusse :
Les écarts d*une ambition surexcitée par un jour de grapde for» tune devaient TOT OU TARD se produire.
Si la guerre que nous n^avons cessé d*annoncer en 1867 et en 1868 était inévitable , était a fatale n, avons-nous eu tort de tout faire pour que la France ne s'endormit pas dans des illusions mortelles?
LA PREMIÈRE RATAILLE.
l«r jtiivier 1868.
L'année dernière, dans ce môme mois de janvier, TEmpereùr avait compris que le seul moyen de faire oublier à la France Tamoindrissement territorial qui résultait manifestement pour elle de Timmense agrandissement territorial de la Prusse et des faits accomplis en 1866, c'était de susciter une puissante diversion à l'extérieur par l'intérieur. L'Empereur l'avait si bien compris, que le 19 janvier 1867, paraissant déterminé à rouvrir l'ère des libertés fermée depuis le 2 décembre 1851, il écrivait que son avis et sa ferme intention étaient de « ne rien faire à demi r) : l'exécution ayant trahi sa pensée, le courant libéral ne s'étant pas établi, la politique étant demeurée stagnante , l'activité de notre industrie et de notre commerce s'étant arrêtée, le poids de notre influenceau dehors ayant considérablement diminué, la guerre, une guerre prochaine, semble inévitable. En effet, comment l'éviter? A un grand pays tel que la France il faut nécessairement, indispensablement, l'une de ces trois choses :
Ou la liberté;
Ou la prospérité;
Ou la gloire.
La liberté! La France l'a-t-elle? Non; elle n'a pas même
LA PREMIÈRE RATAILLE. 3
la liberté d'aller déposer une couronne d'immortelles sur la tombe de Manin, de faire une conférence purement littéraire on de siffler une inconvenance théâtrale.
La prospérité ! La France Ta-t-elle? Non ; elle ne Ta pas : la grève du milliard et les souffrances d* Amiens, de Lille, de Roubaix, de Lyon, etc., sont là pour Tattesler.
La gloire! La France Ta-t-elle? Non, elle ne Ta pas, car en 1866 elle n*a su ni maintenir Téquilibre qui faisait d'elle la première puissance territoriale après la Russie, ni le rétablir après la bataille de Sadowa et la chute de la Confédération germanique.
Si la guerre entre la France et l'Allemagne est logiquement inévitable, si elle est fatale, si elle doit s'allumer même contre le désir et la volonté de Tempereur des Français, du roi de Prusse, de M. Rouher et de M. de Bismark, alors elfe est imminente et ne tardera pas à embraser TEurope.
Si la guerre est imminente, la loi que défendent MM. Niel, Rouber et Gressier n'était évidemment pas la loi qu'il fallait présenter. Au lieu de fortifier l'armée, cette loi l'affaiblit.
Dès que le gouvernement impérial ne se contentait pas de la loi de 1832, dès qu'il ne la trouvait pas suffisante, quel but devait-il se proposer?
Un seul.
A tout prix gagner la première bataille.
Pour la gagner que faut-il?
Devant rennemi, tous soldats français aguerris.
Derrière eux, Félan national que donne la liberté.
L*ENNEML
2 janvier 1868.
a L* ennemi conire leqnel il faut être prêt; Fennemi contre lequel pour être prêt il faut que les soldats soient désignés à Favance; Fennemi contre lequel pour être prêt il faut se mettre à Fœuvre; Fennemi contre lequel il faut toujours être prêt; Fennemi contre lequel il faut être prêt aujourd'hui; Fennemi contre lequel on aura rarement vu Tarmée française dans une meilleure position et répondant mieux à la confiance que tout le monde peut avoir » , c'est M. le maréchal Niel qui Ta déclaré, car ce sont ses expressions que nous reproduisons ici (1); cet ennemi quel est-il?
Ce n*est pas FAnglelerre, car, désabusée par Richard Cobden et Robert Peel, elle ne vise plus qu'à être et qu'à rester tt le grand empire maritime » ; les petites querelles européennes d'Elats mitoyens ont cessé de Fintéresser. Sur ce point, cabinet whig et cabinet tory, lord Russell et lord Derby, M. Gladstone et M. Disraeli sont d'accord.
Ce n'est pas la Russie, car elle a tout intérêt à gagnef le plus de temps possible, puisque sa population augmente considérablement chaque année, et que chaque année qui s'écoule en paix permet à Fempire des czars d'étendre son réseau de chemins de fer, qui sera l'immensité de l'étendue territoriale multipliée par la rapidité du parcours équivalant à la suppression des distances.
Ce n'est pas FAutricbe, car si elle a un espoir de prendre
(1) Uwileur, mercredi l^' janvier 18dS, page 5.
L'EVXEMI. 5
sa revanche contre la Prusse, cet espoir, elle ne peut le puiser que dans* un triomphe de la France.
Ce n'est pas Tltalie, car entre elle et nous le combat serait par trop inégal.
Ce n'est pas TEspagne, car il y a longtemps qu*eUe ne compte plus, parmi les Etats dont l'agression soit à redouter.
Il n*y a donc qu'une seule puissance en Europe à laquelle, en France, dans la bouche d'un ministre de la guerre, puisse s^appliquer ce mot : l'Ennemi^
Cette puissance , c'est l'Allemagne militarisée aux mains du gouvernement prussien.
Pas plus en Prusse qu'en France, personne ne s'y trompe, malgré les discours pacifiques échangés au palais des Tuile* ries lé 31 décembre 1867 entre S. M. l'empereur Napo* léon m et S. Exe. le comte de Goitz, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Confédération de l'Allemagne du Nord.
A tort ou à raison, l'ennemi de la France en janvier 1868, c'est la Prusse ayant l'Allemagne sous son commandement militaire et lui commandant comme un colonel à son régiment. .
Loin de le nier vainement , loin de le dissimuler hypocritement, notre avis est qu'il est à la fois plus digne et plus prudent de l'avoner franchement et de le proclamer hautement, en prenant^I'Europe pour juge et en lui disant :
a Vous le voyez! l'anxiété et le marasme sont partout, 9 même en Angleterre. La situation actuelle ne saurait être » une situation durable. L'ancien équilibre européen a été
V détruit; il faut qu'un nouvel ordre européen le remplace, » soit par un congrès qui rende la guerre inutile, soit par
V une guerre qui rende le congrès inévitable. Il n'y a pas de » troisième alternative. La France n'a contre l'unité géogra- » phique de TAllemagne aucune objection, à la condition D que l'Allemagne n^aura» de son côté, aucune objection
» contre l*unité géographique de la France. La nature a pris 7> soin de tracer elle-même la ligne de démarcation entre ces » deui grandes unités, entre ces deux grandes agglomérations « se faisant contre-poids et complément Tune à Tautre. 9 Aussi longtemps que la France ne sera pas rentrée dans 9 ses limitesde 1801, TEurope, qui Ten a dépouillée en 1815, » sera toujours troublée, et ce trouble se traduira par des « armements de plus en pins excessifs et de plus en plus » ruineux. Ce sera la misère, ce sera la ruine, ce sera la » révolution. L*Eurûpa tout entière est donc directement in- » téressée à ce qua la France reçoive la juste compensation n qui lui es't absolument nécessaire, et qu'elle est fermement 9 résolue à demfinder & la victoire, si Téquité ne la lui donne » pas. n
Cest en d'antres termes ce qu'a dit M. le maréchal ministre de la guerre lorsque dans la séance du 31 décembre 1867 il a laissé tomber du haut de la tribune. du Corps législatif, ces paroles profondément vraies et qui méritent d'être ^élevées :
Quand je vois FËurope transformée en une sorte de camp armé et qui se ruine pour s'armer, je me dis que cela ne peiUpoi durer longtemps. ( Très-bien ! très-bien ! ) Il en est parmi nous qui croient qu'un pareil état de choses ne peut finir que par la guerre. Je ne sais pas si cela finira par la guerre ; mais je suis convaincu que, dans tous les cas , cela finira par la paix, qu'on se fatiguera de cette situation.
M. le maréchal Niel a raison :
On se fatiguera de cette situation ; cela ne peut pas durer hnf^ temps.
Non, cela ne peut pas durer longtemps.