CONTRE ELLE
Cette objection prouve que le journal la France^ afin d'avoir plus de temps pour nous répondre, n*a pas pris le temps de nous lire, car s*il nous avait fait cet honneur, il se fût rendu compte que nous ne proposions à la France de rentrer dans ses limites de 1801, qui lui ont été enlevées en 1815, qu'après le refus de la Prusse soit de convoquer un Congrès européen qui statuerait sur les événements de 1 866, soit de concourir à la formation d*un État intermédiaire et neutre, n'étant ni exclusivement français ni exclusivement allemand, et se composant de la Belgique, d*une portion de la Hollande (moyennant compensation pécuniaire ou autre donnée à la Hollande) et des provinces rhénanes, mais sous laréserve expresse du démantèlement de toutes les forteresses enclavées dont les canons , tournés contre la France , sont une menace qui se traduit par la nécessité pour noiis d'appeler chaque année sous les drapeaux, soit à titre d'armée active, soit à titre de garde nationale mobile, toute la génération de vingt ans en état de porter les armes, toute, absolument toute.
Le commerce, l'industrie, la Banque, voient juste quand ils pensent que cette nécessité ruineuse n*aura de fin que le jour où il y aura entre TAllemagne, unie militairement sous le commandement de la Prusse, et la France, soit un État neutralisé qui les sépare, soit le Rhin qui les délimite.
Confident et interprète de la pensée de M. de Moustier, que nous parlez -vous c( d'inaugurer et de légitimer le règne de la force? »
Est ce que ce règne, ce n*est pas M. de Bismark et son roi qui Font inauguré en 1866? Est-ce que ce ne serait pas vous qui le légitimeriez si vous lui donniez la consécration du temps par la prescription, en même temps que vous nous afiaibliriez sous le règne de Tincertitude?
Non, non, ce ne serait pas l'inauguration du règne de la force, ce serait la rectification par la force et Téquité de Tœuvre de la force et de la duplicité.
Cette phase d*apaisement que vous dites que nous traversons, par quoi se traduit-elle? Mettez votre lorgnon et vous verrez que vous vous méprenez étrangement ; ce que vous prenez pour une phase d'apaisement, c'est une phase d'affaissement.
L'habitude qui est la vôtre n'est pas la nôtre ; nous n'avons pas l'habitude de tourner le dos aux difficultés et de les cacher sous des illusions. Aussi ne nous dissimulons-nous aucunement que le lendemain du jour victorieux où les provinces rhénanes et la Belgique seraient redevenues françaises, une grande tâche commencerait pour nous : ce serait de ranimer dans les populations de ces provinces les sentiments qu'elles ont eus non-seulement de 1801 à 1813, mais qu'elles avaient conservés pendant de longues années après le
désastre de Waterloo; ce serait de faire que le même esprit qni souffle à Strasbourg soufflât à G)logne. Cette grande tâche, ce serait celle, non de Toppression, mais de la liberté, et telle est la confiance que nous avons dans la liberté, que nous ne croyons pas qu'il y ait de tâche au-dessus de ses forces ni de résistance qu'elle ne parvienne à vaincre.
Est-ce que la difficulté de prussianiser les Hanovriens a arrêté M. de Bismark? Si cette difficulté Teût arrêté, est-ce que M. de Bismark et la Prusse seraient ce qu'ils sont?
Élevons la question, tout en la précisant.
Jamais la politique des nationalités, cette négation de rhistoire, ne nous a compté parmi ses défenseurs; jamais elle ne nous a compté que parmi ses adversaires ; aussi ne traînons-nous pas les deux boulets de l'Italie et de la Pologne, qui ôtent aux rédacteurs du journal la France leur liberté de se mouvoir.
De notre part, aucune objection, aucune à I'umté géographique DE L* Allemagne, mais la condition expresse de I'unité GÈOGRAPBiQDE DE LA Frakce, l'unc séparée de l'autre par le Rhin, limite naturelle.
Quant aux Allemands de cette portion de la rive gauche représentée par Cologne, à quel titre aurions-nous pour eux une sollicitude plus grande que celle que nous inspirent les Allemands de cette autre portion de la rive gauche représentée par Strasbourg? Est-ce que les Allemands de Strasbourg sont moins Allemands que les Allemands de Cologne?
Faisons donc de la politique sérieuse.
Si la Prusse refuse de convoquer un Congrès européen, si la Prusse refuse de concourir à la formation d'un État neutre qui, étant le démantèlement de toutes les forteresses enclavées entre nos frontières actuelles et nos frontières natu-
relies, nous permettrait de réduire notre efTectir militaire, alors plus d'indécision! Reprenons par la force ce que la force nous a enlevé en 1815, et après cet acte de virilité nationale, la Prusse fera comme T Autriche : elle se rési^jnera à sa défaite, et les Allemands, sujets prussiens, devenus sujets français, feront ce que font les Allemands, sujets hanovriens, devenus Prussiens. L^exemple de ceux-ci sera la leçon de ceui-là, car la France n'aura fait qu'imiter la Prusse.
Si le comte de Cavour ou le comte de Bismark étaient nés Français, la France aurait-elle donc du fermer Foreille à leur voix et les bannir de ses conseils?