‹ La voix dans le désert; questions de l'année 1868Chapitre 97 sur 192 · LE LECTEUR ET LE JOURNAL · texte numérisé non relu

LE LECTEUR ET LE JOURNAL

de penser, on a le droit de le dire ; ce qa*on a le droit de dire, on a le droit de Técrire; ce qa*on a le droit d*écrire, on a le droit de rioiprimer, au risqae d*étre juslement dédaigné, aii risque d'être jastemcnt méprisé, si Tonesitombé dans la calomnie, la diffamation, Tinjure; au risque d*ètre contredit , au risque d*étre aplati si Ton s'est avancé inconsidérément; au risque d'être convaincu d'ignorance, de légèreté ou d'ineptie, si Ton a commis des erreurs flagrantes ou de honteux non-sens.

Ce n'est pas à la loi et aux tribunaux à Taire la police de la liberté de la pensée, de la parole, de la plume et de la presse ; c'est à la science et aux mœurs. Lorsqu'un journal spécule sur le scandale, la calomnie, la diffamation, l'injure, que l'abonné ou l'acheteur ne se fasse pas l'associé du trafiquant de scandale, de calomnie, de diffamation et dinjures! Ne vous abonnez pas à ce journal si vous n*y étiez pas abonné, et si vous Tétiez, désabonnez -vous, en motivant baatement votre désabonnement. Ce n'est pas le journal qui fait le lecteur, c'est le lecteur qui fait le journal.

S'indigner contre les journaux de la lecture desquels on se délecte, savourer les journaux que Ton flétrit, c'est de l'hypocrisie, c'est presque de la complicité. Si vous criez contre eux, ne les lisez pas, et si vous les lisez, ne criez pas contre eux ! Il n'y a pas à craindre que l'impunité de la presse ait pour effet le débordement de la calomnie, delà diffamation et de l'injure dans les journaux ; car aussitôt que la censure des joqrnaux ne se fera phis par les lois, elle se lera, et bien plus sévèrement, par les mœurs. Longtemps on a débattu la question de savoir si c'étaient les mœurs qui faisaient les lois, ou si c'étaient les lois qui faisaient les mœurs. Tenez pour certain qu'au moins en matière de liberté de la presse, ce qui empêche les mœurs de se faire, ce qui les empêche de se développer, de se fortifier, de se viriliser^ ce sont les lois.

314 LA LOI DU il MAI 1868.

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