‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 135 sur 377 · Joann., c. xvir · texte numérisé non relu

Joann., c. xvir

dans la mesure où ils Font pu, tué la libératrice du genre humain, l’Église, ou, ce qui est tout un, la Papauté.

Les pseudo-théologiens de Rouen ont livré au pouvoir séculier la radieuse manifestation de Jésus-Christ roi des nations; ce sont ceux qui, à Bàle, lui ont livré l’Eglise entière. Grâce à son sens chrétien, Charles VII n’a pas voulu rouvrir le grand schisme; mais les pseudo-théologiens lui ont fait accepter la Pragmatique Sanction. Le document est si néfaste que le cinquième concile œcuménique de Latran ordonna en 1516 de l’arracher de toutes les bibliothèques et dépôts publics où il se trouvait. Pour obtenir semblable concession de François Ier, Léon X n’hésita pas à abandonner au pouvoir civil la nomination à tous les grands bénéfices, évêchés et grandes abbayes. Concession énorme qui dure encore, puisque, en ce point, le Concordat de 1801 s’en rapporte au Concordat conclu avec François Ier. Pour le faire accepter, le vainqueur de Marignan dut livrer contre l’Université et le Parlement une bataille plus acharnée que celle qu’il avait si brillamment gagnée au delà des Alpes. Sa victoire fut moins complète. Si TUniversité et le Parlement cédèrent devant la force, si l’abrogation fut enfin inscrite sur les registres judiciaires, l’esprit du schismatique diplôme survécut dans les deux corporations, qui en alléguèrent souvent la teneur. Le concile de Trente en fut grandement entravé; de là la ridicule distinction entre les décrets dogmatiques et disciplinaires, par laquelle on professait recevoir les premiers, ne pas admettre les seconds. La Pragmatique inspira la déclaration de 1682; la France catholique apparut alors dans l’état de la Pucelle attachée au bûcher sur la place du Vieux-Marché. Le xviii® siècle est le siècle de l’apostasie. N’est-ce pas parce qu’il fut le siècle du triomphe plus complet des doctrines des bourreaux de la Pucelle, érigées en partie en maximes irréfragables?

Les pseudo-théologiens de Rouen, en arrêtant la Pucelle au milieu de sa course, étaient les auxiliaires des Turcs. On sait que Jeanne voyait comme suite de la délivrance de la France une victoire sans pareille en faveur de la chrétienté; elle y conviait aimablement les Anglais; les strophes de sa contemporaine Christine de Pisan nous montrent que dans 1 attente commune, c’était le mahométisme repoussé et la ville sainte reconquise; mais il fallait que la France fût libre de l’étranger, et la Papauté remise à sa place. Seule la Papauté pouvait réunir les forces de la chrétienté et les précipiter contre l’ennemi commun. Les pseudo-théologiens de Rouen ont encore continué à Bâle de favoriser l’infidèle. Que pouvait la Papauté amoindrie, réduite au rôle nominal qu’on lui laissait? Que pouvaient des Pontifes dont le titre même était contesté? Ne devaientils pas avant tout se faire reconnaître? Certes, même alors, ils n’ont pas cessé d’élever la voix, et d'appeler l’Europe à repousser la barbarie mu-

LA PUCELLE DEVANT I/ÉGLISE DE SON TEMPS

sulmane; mais leur voix se perdait au milieu des discordes intestines. Comment espérer de repousser le Turc, alors que les hommes de Baie repoussaient le Grec qui venait de lui-même s’adjoindre à la grande famille abandonnée? En attendant, l’infidèle avançait; il entrait à Constantinople, quatre ans seulement après la cessation des attentats de Bâle et de Lausanne.

On vient de voir la similitude frappante qui existe entre les théories et les actes des hommes de Bâle, et les théories et les actes des révolution^ naires de 89 ou même de 93 ; n’y a-t-il pas aussi une ressemblance entre les théories de la libre-pensée d’aujourd’hui, et les théories émises à Rouen et à Bâle? C’est à la science à gouverner le monde, dit la librepensée; arrière le surnaturel. Les pseudo-théologiens de Bâle disaient : être soumis à l’Eglise ce n’est pas être soumis au Pape, même à l’ordinaire ; c’est tenir ce que décident les clercs et gens en ce connaissant . D'après eux, c’était donc bien la science qui devait gouverner; la science sacrée, je le veux bien; mais interprétée par ceux qui se donnaient comme en ayant pénétré les secrets et non par une autorité divinement constituée. De là à rejeter la partie révélée, il n’y avait qu’un pas à franchir. En rejetant le secours surnaturel si merveilleusement visible dans la Pucelle, si explicitement promis à la Papauté, si manifeste à travers les âges, les hommes de Rouen et de Bâle disposaient les esprits à n’admettre aucune intervention surnaturelle; ils sont les précurseurs et les introducteurs inconscients de l’impiété contemporaine.

Les principes émis à Bâle étant ceux qui ont été émis à Rouen, les meneurs de Bâle étant les meneurs de Rouen, le jugement porté sur les hommes de Bâle est le jugement qu’il faut porter sur les hommes de Rouen. Ce jugement s’impose; il est celui d’un concile œcuménique, du concile de Florence parlant par la bouche d’Eugène IV. Il se trouve formulé dans plusieurs décrets de la sainte assemblée; nulle part plus fortement que dans la constitution Moyses, promulguée avec l’approbation do l’Eglise d’Orient et d’Occident. Sa longueur ne permettant pas de donner le texte intégral, en voici exactement la substance.

Le Pape rappelle que Moïse montrant Coré, Dathan et Abiron, disait à Israël : Eloignez-vous des tabernacles de ces hommes impies, crainte d’être enveloppés dans leurs iniquités; la scélératesse des hommes de Bâle force le Pontife de répéter, avec encore plus de raison, au peuple du Christ ces paroles du conducteur du peuple hébreu.

Le Pape décrit la manière dont on a procédé à Bâle : une faction1 y a

i. Ce ne peut être que l’Université de Paris. L’exposé qui vient d'ètre fait le prouve surabondamment; ses historiens nous ont dit que du commencement à la fin tout s’était fait sous son inspiration.

fait venir une foule de clercs de l’ordre inférieur, et a disposé de leurs suffrages dans ses vues particulières. Innombrables sont les nouveautés, les irrégularités, les excès auxquels on s’est porté. Les meneurs, pour les accomplir, avaient sous la main une cohue de laïques, de clercs qui n’étaient pas même dans les ordres sacrés, sans science, sans expérience, vagabonds, révoltés, fugitifs, apostats, condamnés pour crimes, échappés de prison, en insurrection contre le Saint-Siège et contre leurs supérieurs et gens d’espèce aussi monstrueuse1.

Ils ont mis en grand danger d’écliouer l’œuvre à laquelle l’Église depuis cinq cents ans a si longuement travaillé, et que la bonté divine vient de faire aboutir : la très heureuse union de l’Église d’Orient et d’Occident. Non pas une, mais plusieurs nations accourent des contrées les plus .lointaines pour honorer le siège de Pierre et lui demander la saine doctrine. Il serait trop douloureux au Pontife d’énumérer les persécutions qu’il a dù supporter pour la consommation d’un tel ouvrage. Elles lui sont venues non de la part des Turcs et des Sarrazins, mais de la part de ceux qui se disent chrétiens.

Saint Jérôme rapporte, qu’aux lieux de la mort et de la résurrection du Sauveur, l’on vit se dresser depuis Adrien jusqu’à Constantin les statues de Jupiter et de Vénus. Les païens espéraient par là éteindre la foi à la résurrection et à la croix. Les hommes de perdition réunis à Bâle n’ont pas agi autrement à l’égard du Pontife romain et de l’Église de Dieu. Il n’v a que cette différence : les païens ignoraient le vrai Dieu; ceux de Bâle le connaissent et le haïssent. Pleins d’un, orgueil qui monte sans cesse, ils répandent leurs poisons sous prétexte d’une réforme, dont ils ont toujours eu horreur pour eux-mèmes2.

Les auteurs de tout le scandale, après avoir manqué de parole aux Grecs, dit le Pape, voyant que notre fils Jean Paléologue, que le patriarche Joseph de bonne mémoire, que les évêques grecs allaient se rendre au lieu désigné par nous de l’avis des cardinaux, ont bien osé nous envoyer un monitoire, à nous, au sacré collège et le transmettre à l’empereur prêt à se rendre au lieu fixé. A la vue de l’inutilité de leurs efforts, ils n’ont pas reculé, pour entraver l’œuvre de l’union, de lancer contre nous une sentence de suspension de l’exercice du Pontificat.

L’œuvre de Dieu s’effectuant malgré eux, les chefs du scandale, la plupart d’un rang inférieur, ennemis acharnés de la paix, entassant iniquité

1 . Laid et clerici infrà sncros ordines constitua , ignorantes , inexperti , vagi , dyscoli , profugi , apostatæ, ( le criminibus condemnati et de carccribus fuyientes , nobis et suis superioribus rebelles , et reliqua istiusmodi monstra concurrerunt. Acta condl. , t. IX, col. 1005.

2. Sub reformalionis specief quam semper in se horruerunt , venena diffundunt . Ibid., c. 1006.

sur iniquité, ont prétendu s’appuyer sur certains décrets faits à Constance, par la seule obédience de Jean XXIII, après la fuite du Pontife ainsi nommé par les siens alors que le schisme régnait dans l’assemblée. Ils ont proclamé trois propositions en vertu desquelles ils ont prétendu nous déclarer hérétiques, nous, tous les princes, tous les prélats, tous les fidèles attachés au siège apostolique... Ils en sont venus enfin à un acte si horrible que nous ne le rapporterons même pas2. Ils n’ont rien omis de tout ce qui a été en leur pouvoir pour ruiner entièrement l’incomparable bienfait de l’union.

O race adultère et perverse... Ils avaient dit d’abord que depuis la naissance de l’Eglise, l’on n’aurait rien vu de plus glorieux, de plus fructueux que cette très sainte union ; que pour l’amener, ce n’était pas seulement la fortune, que c’était la vie même qu’il faudrait sacrifier. C’est après avoir fait retentir semblables protestations dans l’univers qu’ils attaquent cette même union avec une fureur, une impiété telle que tous les démons de l’univers semblent s’être donné rendez-vous à ce brigandage de Bâle. Tara furiose .. at ad illad Basileense latrocinium totiusorbis dœmonia con fluxisse videantur .

Eugène IV, après avoir renouvelé les censures déjà portées, ajoute : « Nous décernons et déclarons que tous et chacun de ces hommes sont des schismatiques et des hérétiques... qu’ils doivent être punis comme tels, ainsi que tous leurs fauteurs et défenseurs2, de quelque état, condition, rang soit ecclésiastique soit séculier, qu’ils puissent être.

« Donné à Florence en session publique et solennelle du concile, tenue dans l’église de Sainte-Marie la Neuve, l’an du Seigneur 14^9, la veille des nones de septembre, de notre Pontificat le neuvième4. »

Voilà le jugement porté sur les hommes de Bâle par une infaillible autorité; les hommes de Bâle sont ceux de Rouen; rien donc de plus vrai que d’afffrmer que les bourreaux de Jeanne furent dans toute l’étendue de leur pouvoir les bourreaux de l’Église, puisqu’ils furent les bourreaux de la Papauté.

Hâtons-nous d’en venir à un spectacle plus consolant, à la grande œuvre de la réparation , à la réhabilitation.

1 . Post recessum Joannis XXIII , sic in eadem obedicntia nuncupati. Ibid .

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