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LA PUCELLE DEVANT L ÉGLISE DE SON TEMPS
Les actes en furent portés à Paris au légat d’Estouteville, alors occupé de la réforme de l’Université. Le Cardinal s’empressa d’en faire connaître le résultat à Charles VII, comme on le voit par la lettre suivante :
« Mon souverain seigneur, je me recommande très humblement à votre bonne grâce et vous plaise savoir que vers vous s’en vont présentement l’Inquisiteur de la foi et maître Guillaume Bouillé, doyen de Noyon, lesquels vous référeront bien au plein tout ce qui a été fait au procès de Jeanne la Pucelle. Et pour ce que je sais que la chose touche grandement votre honneur et état, je m’y suis employé de tout mon pouvoir, et m’y emploierai toujours, ainsi que bon et loyal serviteur doit faire pour son seigneur, comme plus amplement serez informé par les sus dits.
« Non autre chose pour le présent, mon souverain seigneur, fors (hors) que me mandez toujours vos bons plaisirs pour les accomplir. Au plaisir de Dieu qui vous ait en sa sainte garde, et vous donne bonne vie et longue.
« Écrit à Paris le XXIIe jour de mai.
a Votre très humble et obéissant serviteur,
« Le cardinal d’EsTOUTEviLLE1. »
Cette lettre montre avec quel entrain l’Église et l’État ont entrepris l’alTaire de la réhabilitation, sitôt qu’on a pu espérer la faire aboutir.
Quelques jours après, le 9 juin 1452, le Cardinal Légat donnait une autre preuve de sa sollicitude pour la cause de la Pucelle. Il accordait des indulgences à ceux qui assisteraient aux exercices de la fête du 8 mai à Orléans. Ces exercices commençaient et commencent encore la veille, le 7 au soir ; ils se terminaient le 9 seulement par une messe pour tous ceux qui étaient morts durant le siège; le légat accorde une indulgence d’un an à tous ceux qui les suivront dans leur entier; cent jours pour l’assistance à chacune des cérémonies8.
Le plus grand service que d’Estouteville ait rendu à la cause, c’est de l’avoir fait étudier par les deux théologiens qu’il amenait à sa suite pour s’éclairer de leurs lumières, Paul Pontanus et Théodore de Lellis; et très vraisemblablement aussi, par Robert Cybole, un de ses conseillers dans la réforme de l’Université, et par un célèbre professeur de droit canon à l’Université de Paris, Jean de Montigny. Il va être parlé de ces doctes personnages et de leurs mémoires; mais avant, il faut faire connaître celui qui, plus que tout autre, a conduit ce grand œuvre, l’Inquisiteur général de la foi dans la France du Nord de la Loire, Jean Bréhal3.