‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 199 sur 377 · CE QU’ELLE DISAIT ÊTRE LA RAISON DE SA MISSION · texte numérisé non relu

CE QU’ELLE DISAIT ÊTRE LA RAISON DE SA MISSION

Les voix, disait Jeanne, lui racontaient les malheurs de la France. Dieu les avait permis afin de punir certaines iniquités; elles ajoutaient que la jeune fille était destinée à secourir le malheureux royaume, et aussi les gens de bien d’Orléans, et que le roi recouvrerait son royaume. Semblables raisons étaient des raisons de miséricorde et de justice.

C’était miséricorde. Lorsque Jeanne recevait semblable révélation, la désolation du royaume de France était extrême; il succombait sous le poids de ses calamités: calamités spirituelles, calamités temporelles.

La justice en était bannie, ce n’était qu’un immense brigandage, une caverne de pillards. Tout était abandonné au plus fort. Les habitants mouraient, emportés les uns par la misère et par la faim, les autres par le fer, d’autres par de criminels artifices et dans les tortures.

L’on fuyait dans les contrées voisines; les bourgades disparaissaient, les maisons restaient sans habitants, et les champs sans culture. Plus d’office dans les églises veuves de prêtres. Ni paix, ni sécurité nulle part; partout la terreur; au dedans l’effroi, au dehors le glaive. Même au sein des villes, il y avait d’atroces massacres, où coulaient de la manière la plus barbare des flots de sang chrétien.

LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

Toute vertu gisait abattue sous les pieds des impies. C’était nouvelles sur nouvelles, de guerre et de toute calamité. Les bouches s’ouvraient sans frein à toute imposture, à tout blasphème. Les bras étaient tendus pour se charger de sacrilèges, d’homicides, d’adultères, de viols, de rapines, de brigandage; et des crimes sans nom qui ont coutume de régner en temps de guerre, sur les ruines de toute justice et de toute vertu. Alors on voyait se réaliser tout entier cet oracle d’Osée (IV) : Plus de vérité plus de pitié y plus de science de Dieu sur la terre , un déluge de malédictions, de fourberie , d' homicides , de vols et df adultères ; le sang par ruisseaux , la terre dans le deuil , et tous ses habitants languissants abattus *.

Qui pourrait douter que ce ne soit l’ennemi du genre humain qui a déchaîné sur nous cet ouragan de tous les maux? Ce n’est pas donc lui qui l’aura fait cesser.

Jeanne se disait suscitée pour mettre fin à un état si lamentable. Et de fait, depuis qu’elle a paru, successivement, par une suite de merveilles, contre toute espérance, sans puissance humaine suffisante, le royaume a été délivré, ainsi que nous le voyons maintenant. Gloire en soit rendue à Dieu.

Qui ne sent qu’un tel bien n’a pas pu nous être apporté à la suggestion et par l’aide des démons, mais qu’il l’a été par les conseils, la direction, le secours des esprits bons, servant de ministres au père des âmes, au Dieu de toute consolation, dont les entrailles de miséricorde se sont émues sur les calamités du royaume très chrétien, et qui a envoyé cette Pucelle pour le tirer de cet abîme de tout mal ?

La cause pour laquelle la Pucelle se disait envoyée était juste. Elle venait pour rétablir Charles notre sire dans son royaume, pour délivrer ses sujets que la tyrannique domination des Anglais tenait comme renfermés dans une fournaise de fer, pour les remettre sous l’obéissance de leur légitime et naturel seigneur. Juste était donc le parti pour lequel elle

1. « Justitia ab hoc regno relegata (erat), quando quidem hoc regnum (non) erat nisi magnum latrocinium, nisi spelunca latronum. Omnia prædæ patebant; incolæ regni alii egestate et famé, alii peste; alii gladio; alii diris artibus et cruciatibus peribant ; alii ad vicinas fugiebant regiones. Hinc civitates destructæ, domus sine habitatore, rura sine cultore, ecclesiæ absque Dei cultu et sacerdotibus relictæ ; nusquam pax ; nusquam securitas ; ubique terror ; intùs timor, foris gladius ; et nedum foris, sed intrà urbes fuêre crudelissimæ strages hominum et inhumanissima multi sanguinis christianorum effusio. Omnis tune virtus impiorum pedibus conculcata jacebat. Àuditus super auditum veniebat bellorum et malorum omnium. Ora laxata erant ad mendacia omnia, blasphemias ; manus extentæ ad sacrilegia, homicidia, adulteria, stupra, prædas, latrocinia, etc. » (F0 145 v°.)

C’est un témoin oculaire qui parle ; tous les contemporains parlent comme lui; c'est sans doute le tableau que le prince des célestes milices faisait passer sous les yeux de l’enfant, lorsque, à Domrémy, il lui racontait la pitié qui était ès rotaumedb Franck.

se déclarait, juste le motif de la guerre. Il est en effet plus clair que le jour, et il serait inutile d’y insister, que Charles notre sire avait de justes titres à la possession de ce glorieux royaume de France. Qu’il suffise de rappeler, comme preuve, son couronnement si merveilleux, si inattendu, au lieu marqué, à Reims, par l’archevêque de Reims, tout comme l’avait prédit Jeanne, et cela par son ministère. Ajoutons le recouvrement inespéré, presque soudain, de tout le royaume, excepté le petit recoin de Calais; mais cela sera traité plus longuement dans la suite.

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