LA PIEUSE ET SAINTE MORT DE LA PUCELLE
Avant de monter sur le bûcher, elle se confessa et reçut la sainte Eucharistie avec une grande abondance de larmes et une indicible dévotion. Elle pria longtemps les saints et les saintes; elle pressait très dévotement la croix sur sa poitrine, la couvrait de ses baisers; elle pardonna à ses persécuteurs et sollicita le pardon de ceux qu’elle aurait offensés; elle ne cessa d’avoir le nom de Jésus sur les lèvres, et son dernier souffle fut une invocation à ce nom divin.
Son trépas, au rapport de témoins dignes de foi, fut si chrétien, si pieux qu’il fit couler les larmes de tous les assistants, au nombre de près de vingt mille, même des Anglais, même de l’évêque de Beauvais, et du chancelier du roi d’Angleterre l’évêque de Thérouenne. Ce dernier disait avoir moins pleuré à la mort de son père et de sa mère, et ne pas douter que l’àme de cette jeune fille ne fût directement entrée en Paradis. Plusieurs Anglais, qui jusqu’alors s’étaient montrés cruels envers elle, la proclamaient bonne, innocente et injustement condamnée. Plusieurs rapportèrent avoir vu le nom de Jésus écrit en lettres d’or sur les flammes du bûcher ; d’autres, qu’au moment du trépas, ils avaient vu une colombe blanche s’élever du milieu du brasier.
Le malin esprit fait mal finir ceux qu’il a une fois séduits, afin de les entraîner avec lui dans les éternels supplices. La fin si pieuse, si sainte de la Pucelle, doit nous faire conclure que, loin d’être conduite par l’esprit de mal, elle l’était par l’esprit de Dieu, en vraie fille de Dieu, ainsi que, selon son aveu, la nommaient les voix, qui l’appelaient de ce nom : fille de Dieu \ Elle a fini par une mort cruelle en affirmant sa mission divine. C’est le sort de beaucoup d’enfants de Dieu; ils ri ont pas reçu de délivrance ici bas , pour trouver ailleurs un réveil plus heureux et plus glorieux (Héb., XI).
LA PUCELLE NE FUT PAS TELLE QUE LE DIT LA SENTENCE DE CONDAMNATION. C’est le troisième chapitre de Berruyer. L’auteur prend un à un tous
1. « Ex hujus igitur puellæ tamdevoto ac religioso fine apparet, qîiod non à maligno spiritu agebatur; sed a Dei spiritu, tanquam Dei filia, sicut voces, ut asseruerat, eam vocabant Filiam Dei. » (F0 146.)
les griefs énumérés dans la sentence homicide; et il montre brièvement qu’ils sont sans fondement. Il n’indique aucune considération qui n’ait été déjà présentée dans les mémoires analysés; voilà pourquoi il n’en est pas fait ici autrement mention; je l’omets entièrement, ainsi que quelques rares passages du chapitre suivant.