RÉCAPITULATION DU GRAND INQUISITEUR JEAN BRÉHAL
récapitulation. Ce traité ne se sent pas des préoccupations que le débat devait causer au premier représentant des inculpés. La récapitulation est complète; il est peu ou point d’aperçus indiqués dans les mémoires précédents qui ne se trouvent dans celui-ci ; et il en est de nouveaux. Bréhal a donné à son travail une forme personnelle; il ne fait qu’une ou deux fois allusion aux travaux qu’il est censé résumer.
Ayant en mains toutes les pièces, il devait être et il est beaucoup plus affirmatif que les auteurs des traités précédents. Sans développer aussi longuement ses majeures que Bourdeilles, il insiste cependant aussi sur des considérations mystiques, qui feront sans doute sourire ceux qui ne réfléchissent pas que Dieu apporte dans les merveilles du monde surnaturel l’ordre, le nombre, le poids et la mesure, qu’il apporte dans les merveilles du monde de la nature. Je ne les ai pas supprimées ; mais j’ai abrégé les développements qu’il donne à ses majeures, élagué nombre de textes qu’il cite pour les prouver. Je me suis attaché à reproduire intégralement l’application qu’il en fait à sa cliente, sans rien ajouter de moi-même, mais aussi sans être esclave des mots et des tours de phrase.
IV. — Bréhal divise son œuvre en deux parties. Dans la première, il traite du fond de la cause ; dans la seconde, de la forme ou de la procédure. Cette dernière est peut-être plus remarquable que la première. La conduite de la martyre y est présentée dans son vrai jour; celle de l’Université, malgré les précautions dont l’auteur s’entoure pour restreindre le nombre des coupables, y est enfin jugée. L’on verra qu’il ne veut pas que tous les coupables restent impunis. Ses appréciations doivent désormais servir de flambeau à l’historien de la Pucelle.
V. — Bréhal débute par quelques considérations générales sur la vérité. Tout l’invoque. Même ceux qui embrassent le faux veulent le parer des couleurs du vrai. C’est une grande iniquité de trahir volontairement la vérité par amour du mal. L’asile naturel de la vérité, c’est le juge et le docteur. Elle ne peut pas recevoir d’injure plus grave que d’être trahie par ces deux défenseurs attitrés. Quand cette trahison est constatée, il ne faut pas hésiter; le sage alors a un double devoir à remplir : dire la vérité et manifester l’imposteur ; le remplir est œuvre sainte.
Voilà pourquoi, continue Bréhal, sous le bénéfice des restrictions prescrites par l’humilité, après avoir protesté de mon obéissance au Saint- Siège, auquel je suis heureux, dit-il, de soumettre toutes mes paroles et tous mes écrits, je crois que dans la cause poursuivie et jugée contre Jeanne, dite la Pucelle, la vérité a été évidemment et énormément lésée de la double manière indiquée. Elle l’a été par les prétendus juges, qui
452 LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
ont jugé contre la vérité de la justice; par les assesseurs et les conseillers, dont les avis ont été au préjudice de la vérité.
Dans toute la suite de la cause deux considérations se présentent : Sur quoi se sont basés les juges pour ouvrir et poursuivre le procès? Comment l’ont-ils conduit et conclu ? La première regarde le fond ; la seconde la forme. Ce sera l’objet de la présente consultation. La première comprend neuf chapitres. Bréhal en donne les titres.