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LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
rangée à deux reprises différentes, est déclaré hérétique. Ceux qui le reconnaîtront pour pontife seront poursuivis comme fauteurs d’hérésie; et pareils arrêts doivent être promulgués dans toutes les chaires du royaume (21 mai 1408).
Ceux qui tiennent pour l’anti-pape ainsi arbitrairement déposé, l’abbé de Saint-Germain entre autres, sont arrêtés. La terreur est telle que Pierre d’Ailly, évêque de Cambray, l’archevêque de Reims, et d’autres, quoique cités, n’osent pas comparaître.
Pierre de Lune lance l’excommunication contre l’Université de Paris, qui se trouve ainsi sous le poids des anathèmes du pape de Rome et du pape d’Avignon. Elle répond par de nouveaux excès; les deux envoyés de Pierre de Lune tirés des prisons du Louvre sont promenés sur le char aux ordures avec des inscriptions ignominieuses au front, et ainsi exposés sur un échafaud dans la cour du parlement ; heureux d’avoir la vie sauve1.
Voilà ce que savait faire la savante corporation, à l’époque de sa plus brillante situation , lorsque sa voix était le mieux écoutée et qu’elle avait si large part dans les affaires de la plus haute conséquence.
Impossible de mieux apprendre aux peuples le mépris de l’autorité pontificale, et par suite d’inspirer le désir de s’en passer. Dheure n’était pas venue, et telle n’était pas l’intention de l’Université. Gerson disait d’elle : l université a plus d'yeux qu' Argus, plus de cent regards, plus de mille 2, elle ne voyait pas Luther qui allait venir par le chemin qu’elle frayait ; elle ne voyait pas même ce quelle allait faire au concile de Pise.
L’Université en effet, qui voulait un Pape pour l’Église, mais un Pape qui fût sous sa dépendance, persuada à Charles VI d’écrire aux cardinaux des deux obédiences, pour se réunir en un concile où l’on donnerait à l’Église un chef incontesté. Le concile s’ouvrit à Pise le 25 mars 1409. L’Université de Paris y fut largement représentée. Crevier son historien nous apprend que, sur 120 théologiens, 80 appartenaient à la corporation parisienne ; elle y brilla grandement, dit-il, et l'on y suivit exactement son plan et ses maximes 3. D’après l’infaillible doctrine que les fruits font connaître l’arbre, plan et maximes furent détestables. L’Église comptait deux