Du Boülay
3 Le moine de Saint-Denis, liv. 33, ch. 20; cf. ibid., ch. i.
LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
dont il avait si chaleureusement embrassé la cause, auprès de Jean sans Peur. Le duc en fit son aumônier. C’est sous ce titre, auquel s’ajoutait celui de vidame de l’église de Reims, que Cauchon parut au concile de Constance. Son maître le délégua à cette assemblée avec l’évêque d’Arras Martin Porrée, pour y empêcher le condamnation de Jean Petit. Gerson dans une de ses chaleureuses harangues, évoquant le souvenir de l’assassinat du duc d’Orléans, se tourne vers Cauchon, l’apostrophe en l’appelant son très cher compatriote et lui demande s’il aurait approuvé ce meurtre. « Vous étiez en Italie, continue-t-il, mais si vous aviez été présent, n’auriez-vous pas déconseillé semblable crime1? etc. »
Cauchon reparut à Paris en 1418, au milieu des orgies de sang des bouchers et des Bourguignons triomphants. Jean sans Peur connaissait son aumônier; il le constitua juge des prêtres armagnacs2; et le 22 juin, entre les massacres de juin et d’août, il en fit un des maîtres des requêtes de Charles VI, dont il était le maître 3.
L’ancien professeur de la faculté des décrets a dû animer de loin la résistance opposée par les juristes aux motions de Gerson contre les propositions de Jean Petit. L’ancien délégué de l’Université n’a pas dû médiocrement contribuer à la rétractation par laquelle l’Université désavoua toutes les prédications, lettres, écrits, discours publics, souscriptions en matière de foi, députations, ambassades, accomplis en son nom, sur tous les objets intéressant le roi, le gouvernement du royaume, l’état et l’honneur du duc de Bourgogne \ L’Université reniait tout ce qu’elle avait fait depuis six ans sous l’impulsion de Gerson, dont les partisans furent appelés la secte de Gerson 5.
Le meurtre de Jean sans Peur ne fit qu’accélérer la fortune de Pierre Cauchon. L’homme de confiance du père a dû devenir le conseiller intime du fils. On le trouve désormais dans toutes les grandes affaires de la cour franco-anglaise ; il restera Anglais lorsque, par le traité d’Arras, son protecteur le duc de Bourgogne reviendra au parti national ; motifs bien suffisants pour supposer que le solennel clerc , ainsi que l’appellent les chroniques bourguignonnes, a dû pousser le père et le fils à se rallier à l’Anglais, et a exercé une grande influence dans les délibérations qui amenèrent le traité de Troyes.
Cauchon fut délégué à Troyes par l’Université de Paris6. Il ne tarda pas à recevoir la récompense de ses services. L’évêché de Beauvais