Du Boula y, t. V, p. 920, Nomenclatura Rectorum
2* Procès , t. I, p. 15.
446 LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
Ainsi donc, à s’en tenir à ce document, l’Université aurait devancé Cauchon lui -même dans la poursuite de la victime. Elle marchait tout au moins pleinement de concert avec son conservateur des privilèges.
Elle écrivait en même temps au roi d’Angleterre, c’est-à-dire à ceux qui gouvernaient au nom de ce roi de onze ans, la lettre suivante dont je rajeunis légèrement les tours et les termes, en respectant scrupuleusement le sens.
« A très excellent prince, le roi de France et d’Angleterre, notre très redouté souverain seigneur et prince.
« Très excellent prince, notre très redouté et souverain seigneur et père, nous avons appris récemment que cette femme dite la Pucelle est rendue à présent en votre puissance; ce dont nous sommes grandement joyeux, confiants que par votre bonne ordonnance icelle femme sera mise en justice, pour réparer les grands maux et scandales advenus notoirement à son occasion dans ce royaume, au grand préjudice de riionneur divin, de notre sainte foi, et de tout votre bon peuple.
« Et parce qu’il nous appartient singulièrement par notre profession d’extirper de telles manifestes iniquités, surtout quand notre foi catholique en est endommagée, nous ne pouvons, au fait de cette femme, dissimuler le long retard de justice qui doit déplaire à tout bon chrétien, surtout plus qu’à nul autre à votre royale Majesté, vu la grande obligation que vous avez à Dieu, en reconnaissance des hauts biens, honneurs et dignités, qu’il a octroyés à votre excellence.
« Quoique à ce sujet nous ayons plusieurs fois écrit comme nous le faisons à présent, notre très redouté et souverain seigneur et père; quoique nous ayons très humblement et loyalement fait des instances, de manière à ne pas encourir le reproche de négligence, dans une si favorable et si nécessaire matière ; nous supplions très humblement, et, en l’honneur de notre Sauveur Jésus-Christ, nous prions très vivement votre haute excellence, qu’il vous plaise d’ordonner que cette femme soit mise très promptement aux mains de la justice de l’Église, c’est-à-dire de Révérend Père en Dieu notre honoré seigneur l’Évêque et comte de Beauvais et aussi de l’Inquisiteur établi en France. La connaissance de ses méfaits en ce qui touche notre dite foi leur appartient spécialement. Par voie de raison ils feront discussion convenable des charges qui sont sur elle, et exigeront telle réparation comme au cas appartiendra, en gardant la sainte vérité de notre foi, et en mettant toute opinion fausse et scandaleuse hors du cœur de vos bons, loyaux et chrétiens sujets.
« Il nous semble fort convenable, si c’était le plaisir de votre Hautesse,
L'UNIVERSITÉ ET LA MISE EN JUGEMENT DE LA PUCELLE. 147
que la dite fçmme fut amenée en cette cité ( de Paris ) pour que son procès lui fut notablement et convenablement fait. Grâce aux maîtres, docteurs et autres notables personnes qui sont ici en grand nombre, la discussion qui aurait lieu serait de plus grande réputation qu’en aucun autre lieu ; et il est assez convenable que la réparation desdits scandales soit faite en ce lieu, où les faits qui les ont produits ont été excessivement divulgués et notoires.
« Et en ce faisant, votre royale majesté gardera sa grande loyauté envers la souveraine et divine Majesté ; laquelle veuille octroyer à votre excellence prospérité continuelle, félicité sans fin.
« Écrit à Paris en notre congrégation générale solennellement célébrée à Saint-Mathurin, le 21 m* jour de novembre 1430.
« Votre très humble et dévote fille, l’Université de Paris.
Sic signata : Hébert1. »
La très humble et dévote fille était, on le voit, tendre, obséquieuse vis-à-vis de son père de onze ans, autant qu’on la verra plus loin sèche et raide vis-à-vis du Père commun des fidèles, en attendant qu’elle se montre révoltée et parricide.
Elle ne voulait pas laisser à d’autres la responsabilité du forfait qui allait se commettre; elle le couvrait de son nom, et faisait valoir ses titres à l’exécuter, pour ainsi dire, de ses propres mains. Elle revendiquait la victime pour Paris. Les Parisiens étaient, il est vrai, pour la plupart Anglo-Bourguignons : il restait cependant des Français à Paris ; et au mois de mars précédent, ils avaient ourdi un complot pour y introduire le roi national. Le complot découvert ne fit qu’attirer de grands châtiments sur ses auteurs. Le gouvernement anglais craignait probablement qu’un coup de main ne lui enlevât la proie si ardemment convoitée ; il jugea que Rouen serait plus sûr.
Une lettre du 3 janvier 1431 autorisa Cauchon à se faire amener la prisonnière pour lui faire le procès. Ce sont encore les instances de sa très chère et très aimée fille l’Université de Paris que le roi, qui est censé parler, met en avant pour octroyer cette permission. Il le répète deux fois dans sa lettre. Il spécifie d’ailleurs que dans le cas où Jeanne ne serait pas condamnée par le tribunal ecclésiastique, elle restera toujours sa captive a.
L’Université voulait instruire le procès de Jeanne. Une combinaison machiavélique fera qu’à Rouen tout se fera par elle. Les sept personnages dont il a été parlé dans le chapitre précédent, ses hommes les plus