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CHAPITRE IX

LA CHRONIQUE DE GILLES DE ROYE

Sommaire : I. — Salisbury met le siège devant Orléans. Combat de Houvray. — Mort de Salisbury. — Arrivée de la Pucelle. — Étendue de la mission qu'elle dit avoir reçue. — Examinée. — Épée de Fierbois. — Ravitaillement d'Orléans. — Comment, dans leur extrême détresse, les Orléanais avaient voulu traiter avec les Anglais.

II. — La Pucelle fait lever le siège. — Meung, Baugency. — Particularités sur la victoire de Patay. — L'armée du sacre. — Le Connétable écarté par La Trémoille. — La guerre de la Pucelle aux femmes de mauvaise vie. — Conditions faites à Auxerre et mécontentement de la Pucelle. — Soumission de Troyes, grâce à la Pucelle. — La composition. — Soumission de Chàlons, de Reims, le sacre.

m. — Marche triomphale de Charles VU. — Bedford demande la bataille et la fuil.

— Charles Vil arrêté à Bray-sur-Seine est contraint de continuer ses conquêtes. — Les deux armées en présence à Mitry. — Soumission de Crépy, Compiègne, Senlis, Be&uvais. — Bedford s'éloigne de Paris. — La ville confiée à l'évêque de Thérouanne.

— Charles VII à Saint-Denis. — La tentative contre Paris échoue par le désaccord des capitaines français. — Retraite du roi. — Le pays ravagé.

IV. — Les assiégeants de Compiègne. — La Pucelle dans la place. — Sa prise. — Conduite à Noyon à la duchesse de Bourgogne. — Vendue aux Anglais. — Le chroniqueur ne veut rien dire de l'équité ou de l'iniquité de sa condamnation.

Cette même année {14S8)^ le comte de Salisbury, le comte de Suffolk, le sire de Talbot, à la tête d'une grande armde, mirent le siège devant Orléans, et construisirent des bastilles de tous les côtés de la ville. Pour alimenter les assiégeants, sire Jean Fastolf et sire Simon Morbier prévôt de Paris, conduisaient de cette ville à Orléans de nombreux chariots chargés de vivres, principalement de harengs. Instruits du fait, le duc de Bourbon, le connétable d'Ecosse et La Hire vinrent à leur

L Ou trouvera le texte aux Pièces justificatives y IL

rencontre avec une nombreuse armée. La bataille s'engagea, la victoire resta aux Anglais, et le connétable d'Ecosse, le seigneur d'Orval^ frère du seigneur d'Albret, et plusieurs autres, tombèrent sur le champ de bataille. Le duc de Bourbon prit la fuite, et les vivres arrivèrent aux soldats du siège. Un jour, vers l'heure du dîner, le comte de Salisbury regardait la ville du haut de la bastille du pont. La pierre d'un canon tiré, par Ton n'a pas su qui, vint frapper contre la fenêtre où il était en observation. Un éclat rejaillit contre la figure du comte qui trois jours après mourut de la blessure.

En ce temps, se présenta devant le Dauphin une Pucelle originaire de Vaucouleurs en Barrois, son pays. Elle se disait envoyée de Dieu pour battre les Anglais, les expulser du royaume de France, rendre au Dauphin tout l'héritage paternel, et le conduire à Reims pour y être couronné.

Dès son arrivée, elle parlait admirablement. Soumise à l'examen, elle répondait à tout, comme si elle avait passé toute sa vie sous les armes. Elle envoya à Sainte-Catherine-de-Fierbois y quérir une épée dont Dieu lui avait révélé l'existence, et avec laquelle elle devait vaincre les Anglais. L'envoyé trouva tout comme elle l'avait indiqué. Le Dauphin la garda auprès de lui. En attendant, il rassembla la plus forte armée qu'il pût former, et envoya cette armée avec ses capitaines et la Pucelle porter à Orléans un convoi de vivres. En dépit des assiégeants, la Pucelle entra dans la ville, et y introduisit les vivres.

Avant ce ravitaillement, les habitants d'Orléans étaient dans une telle disette de vivres qu'ils avaient voulu écarter les Anglais à prix d'argent, ou remettre la ville entre les mains du duc de Bourgogne. Ils lui envoyèrent, muni de lettres de créance, Poton de Xaintrailles, avec pouvoir de traiter avec lui. Le duc répondit qu'il agréait beaucoup la proposition, si elle plaisait au régent, et il lui envoya des délégués pour traiter de Taffaire. Le régent ne fut pas content; il protesta qu'il ne lèverait le siège que lorsqu'il se serait rendu maître de la ville, et aurait recouvré toutes les dépenses faites. Le duc de Bourgogne, sur cette réponse, renvoya Poton en paix.

i^i9. — A la suite de ces faits, la Pucelle conduisit si bien les affaires qu'elle fit à main armée lever le siège, s'empara des bastilles, battit les Anglais, et en délivra la ville.

Quittant Orléans, elle s'empara de plusieurs autres villes, telles que Meung et Baugency et en chassa les Anglais qui, dans leur fuite, prirent

Après trois jours d'arrêt dans cette cité, le roi en partit et vint à Vailly qui se rendit à lui ; il vint à Laon ^ et à Soissons qui lui firent soumission, ensuite à Château^Thierry dont la soumission fut spontanée, ainsi que celle de Provins.

Le duc de Bedford, à ces nouvelles, demanda la bataille, ce que le roi accepta; mais apprenant que le roi tenait les champs, il ne vint pas; il rentra à Paris. Le roi méditait de passer la Seine à Bray, lorsqu'un certain nombre d'Anglais y rentrèrent ; il revint alors sur ses pas jusqu'à Château-Thierry, d'où il alla à Crépy, et ensuite non loin de Dammartin. Les Anglais sortirent de Paris, et vinrent à Mitry-en-France; les deux armées semblaient disposées à en venir aux mains : mais, après quelques escarmouches des deux côtés, les Anglais rentrèrent à Paris.

Le roi vint à Compiègne dont les clefs lui furent spontanément remises. Pendant quïl s'y trouvait, l'évoque et les bourgeois de Senlis ainsi que les citoyens de Beauvais, vinrent lui promettre obéissance.

Durant ces jours, le duc de Bedford s'éloigna de Paris dont il laissa la garde à Louis de Luxembourg, évêque de Thérouanne, qui y remplissait les fonctions de chancelier pour le roi d'Angleterre. Le roi de France ayant nommé des capitaines à Compiègne et à Beauvais vint à Senlis, d'où il s'avança jusqu'à Saint-Denis.

Il y eut alors divers engagements entre les Anglais qui étaient à Paris et les Français campés à Saint-Denis. A la suite de ces engagements, / l'armée française s'avança jusqu'à une demi-lieue de Paris, et ron fit contre la ville plusieurs assauts dans lesquels la Pucelle fut atteinte à la cuisse par un trait. Si tous les hommes d'armes avaient eu son courage, Paris aurait été en grand danger d'ôtre pris; mais tous les .autres ÉTAIENT EN DÉSACCORD SUR l'entreprise (de captioTie dîssidebant). C'est alors que la Pucelle déposa ses armes dans Téglise de Saint-Denis.

Dans ces conjonctures la ville de Lagny-sur-Marne se rendit au roi. Le roi en prit possession, laissa le duc de Bourbon et d'autres capitaines à la garde des villes de son obéissance, et par Lagny revint à Montargis. Il y eut alors entre les Anglais et les Français diverses rencontres, prises de villes, et de nombreux pillages.

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