ET SES NOTES DANS LES REGISTRES JUDICIAIRES
C'est entre les arrêts judiciaires dont il avait la charge de tenir note, que le greffier du parlement de Paris, Clément de Fauquembergue, a intercalé, à mesure que la nouvelle en arrivait à Paris, la mention des événements qui sont l'histoire de la Pucelle. Les historiens avaient déjà utilisé quelques-unes de ces notes. Quicherat les a toutes réunies et publiées dans le Double Procès. Nous les avons collationnées avec l'original que l'on peut voir aux Archives nationales.
En enregistrant la délivrance d'Orléans, Clément de Fauquembergue s'est passé la fantaisie de crayonner à la marge une femme vue de profil portant une épée d'une main, et une bannière de l'autre ; mais rien, dit justement Quicherat, ne mérite moins le nom de portrait de la Pucelle que pareil jeu de la plume.
Il est manifeste que l'officier judiciaire ne pouvait pas inscrire sur les registres de la cour suprême, entièrement dévouée à l'Anglais, Texpression de son admiration et de sa foi envers la Pucelle. C'eût été vouloir tout à la fois perdre sa position et s'exposer à de grandes peines. Aussi se coBtente-t-il de relater les nouvelles telles qu'elles arrivent à son oreillei évitant toute parole injurieuse pour la Pucelle, comme toute
louange. Sa conscience lui défendait Tinjure, et la prudence la louange.
On sait que le parlement à cette époque comptait un égal nombre de conseillers ecclésiastiques et laïques. Clément de Fauquembergue était prêtre, chanoine d'Amiens et de Cambrai. Il ne parait pas qu'il eût grand attachement pour la domination anglaise. La paix d'Arras lui causa un grand soulagement dont il consigne Texpression dans son registre. Sur le point d'aller prendre ses vacances, le 5 septembre 1435, il termine ses rédactions par cette expression de joie. Hinc me digressum nwic his Deiis appulit horis. Conticui; tandem et hic facto fine quievi ah exercitio htijus officii. Deo gratias. Clemens. Le traité d'Arras lui permettait de se dégager d'un emploi qui le faisait officier ministériel du roi d'Angleterre. Le mot conticui exprime Teffort qu'il avait dû s'imposer pour ne pas éclater. Il ne demanda pas la permission de se retirer ; il alla sans congé occuper sa stalle de chanoine de Cambrai, et fut absent à la rentrée, ainsi qu'en font foi les registres mêmes du parlement.
La paix d'Arras, comme Tavait prédit la Pucelle, avait fait branler tout le royaume. Aussi, le 8 novembre 1435, les conseillers délibèrent-ils pour savoir s'ils reprendront, selon l'usage, leurs séances à la Saint-Martin, le H novembre. La raison d'en douter c'est que depuis n'a guères grand nombre de villes et de païs se sont tournés à F autre obéissance^ et aussi parce que le greffier civil de ladite cour s'est parti naguère pour la ville de Cambrai dont il est chanoine (P* 107). Trois folios plus loin sont inscrites les lettres de Henri VI substituant Jean de Lespine au conseiller Maître Clément de Fauquemberge, licencié en droit canon et civil^ qui s'est départi de notre bonne ville de Paris sans le congié et licence de nous ou de nos gens et officiers [à] qu'il ap par tie^it^ et transporté en la ville de Cambrai en Cambraisis ou ailleurs, hors de notre royaume de France^ où il demeure.
Les notes sont rédigées en français; mais, de temps en temps, le greffier se sert du latin pour exprimer à mots couverts quelque chose de ses sentiments.