‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 243 sur 327 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

(Bibl, nationale, fds. Français n*» 23018 r».)

l'auteur commence a parler de l.\ pucelle au f<» 483 R".

En ce temps, arriva devers le dauphin une josne fille née en Loeraine et fille d'un povre laboureur laquelle se faisoit nommer Jennette la Pucelle. Et avoit gardé les brebis ou village dont elle estoit née. Laquelle pucelle estoit en parolle et en contenance moult innocente, comme il sambloit. Et toutes foix elle feist entendant que par divine inspiracion elle debvoit faire mettre le dit dauphin en possession de son royaume de France et le faire partout obéir. Et tant donna à entendre à son père et à ses amis que elle fu par ung sien frère et autres que elle trouva ses adjoins amenée devers iceluy dauphin. Et là par ses parolles icellui dauphin le retint à sa court et le mist en très grant estât, dont le plus grant partie de ses gens furent moult esmcrveiiliés, car ilz tenoient icelle Jennette à folle et à nyce.

Celle Jennette, quant elle fu en ce party retenue du dit dauphin et mise en estai, requist estre montée et armée comme ung homme d'armes en disant que elle feroit merveilles. Et ainsi en fu fait. Et se commencha à mettre en armes et sievir les routes. Et tantost après ce se assamblèrent grant foison de gens d'armes pour lever le dit siège d'Orléans après le traictié fally, comme dit est. Et en celle assamblée se boula et mist la dicte Pucelle et leva ung estandart où elle list mettre « Jhesus » et mainlenoit estre envoiie de par Dieu pour mettre le dit dauphin en possession du royaume de France.

A l'entrée du'moix de may l'an mil UU^XXIX, fu le siège levé de devant Orléans

par force et puissance de le partie du daulphin. Et y fu la dicte Pucelle qui commença à faire merveilles, tant de fait comme de parolle, et briefment elle fist tant que elle commença à avoir une grande renommée. Et avoient ceulx de ce party grande espérance en elle. Là furent les bastilles des Engloix prises et arses. Et si eult grand desconfitures des diz Engloix et grant occision.

Après le siège d'Orléans levé, se mist le daulphin de France sus à toute puissance, et reconcquisrent ses gens et la Pucelle Baugensy, Meun, Gergeau et autres forlresses pluiseurs sur les diz Engloix. Et y fu prins le seigneur de Talbo et plusieurs autres seigneurs et cappitaines du party des diz Engloix qui furent depuis long tamps détenus prisonniers, par especial le dit seigneur do Talbo qui fu prison à Poton de Sainte Treille à le prise du dit lieu de Gergeau qui fu prise à assault et de force.

Le xYiii<^ jour de juing après disner, assamblèrent les gens du régent qui s*estoit mis sus contre les gens du dit dauphin, et furent Engloix desconfQs emprès Yoinville et Estampes. Et retourna le régent à Paris à pau de gens. Et tantost après y fu envoyés le seigneur de ITsle-Adam.

Quant le dauphin de Viennoix fu mis sus et la Pucelle tousjours au plus près de liiy en armes comme ung cappitaine et grant gent desoubz elle, il commença à concquesler places et pais par le fait et renommée qui partout se commencha à espardre de la dicte Pucelle. Et n'estoit fortresse qui à se simple parolle et semonce ne se volsist rendre, cuidans et esperans par ses merveilles que ce fuist chose divine, car elle faisoit merveille d'armes de son corps et manyoit ung bourdon de lance très puissanment et s'en aidoit raddemenl, comme on veoit journellement. Et avec ce amonnestoit les gens au nom de Jhesus et faisoit preschemens, affin de attraire le peuple à luy rendre et obéir audit daulphin. Et fist tant finalement que renommée couru partout jusques a Homme qu'elle faisoit miracles et que, puis qu'elle venoit devant une place, les gens de dedens, quelle volonté qu'ilz eussent paravant de non obéir au dit daulphin ne à elle, cstoient tous muez et falis et n'avoient nulle puissance de eulx defTendre contre elle et tantost se rendoient comme Sens, Ausoirre et auUres forlresses, combien que le roy n'entra point en aucunnes, mais il eubt vivres pour son argent etc. Et vint se grant renommée à estre continuée par le ville do Troies en (ihampaigne qui tousjours avoit tenu le party de Bourgongne et promis de le tenir et ensievir. Et toutes fois elle fu rendue incontinent sans cop ferir à la monicion et semonce d'icelle Pucelle, dont toutes gens furent esbahis et meismement les princes et seigneurs lenans le dit party de Bourgogne qui estoient en très grand doubtance.

En ce tamps, après la reddition de Troies, concquist ledit daulphin moult de ville> et forlresses par le moi en de la Pucelle qui lors tolly tout le nom et les fais des cappitaines et gens d'armes de sa compaignie, dont aucuns diceulx n'estoient mie bien contens; et mist en son obéissance tout le pais dessus le rivière de Loire, Ausserrois cl Champaigne, excepté aucunnes forlresses que Perrinet Grasset tenoit qui oncques ne se voiront rendre ne obéir au dit dauphin; mais fist icelui Perrinet moult de gricfz et de contraires aux gens d'iceluy daulphin.

En ce tamps, cnvoia le duc de Bourgongne ses ambaxadeurs à Bains aflin que il enlrelenissenl leur serment de la paix final et que il demourassenl en l'obéissance du roy Henry et de luy, et ainsi le promisrent à faire.

Tant alla le daulphin de Viennoix et son armée que il arriva emprès Bains. Et cependent, au moix de juing, fist le régent de France une grosse armée pour aller contre le dit daulphin et recueilla et mist sus les gens d'armes qui estoient escappés et sauvés de devant Orléans et Yvinville. Et endementiers que son armée se mettoil sus, concquesloit tous jours le daulphin et sa Pucelle et tant que ilz vinrent à sept saux emprès Bains. El envoia le dit daulphin au dit lieu semonrre ceuLx de la ville à lui faire ouvrelure et obéissance, combien que ilz avoient promis aux ambaxateurs du duc de Bourgongne de eulx tenir, ainsi que dit est, contre ledit daulphin.

Quant ceulx de Rains oyrent la semonce que on leur faisoit de eulx rendre, ilz allèrent à consseil au quel ilz se conclurent tantost de faire ouvreture et obéissance au dit daulphin comme à leur seigneur naturel. Kt ainsi fut fait

Et chevaulçoit la dicte Pucelle devant le roy toute armée de plein harnas à estendact deploiié; et quant elle estoit désarmée, s'avoit-elle estât et habis de chevalier, sollers lachiés dehors pied, pourpoint et chauches justes et un chapelet sur le tieste et portoit très nobles habis de drap d'or et de soie bien fourrés

Ënvoia (le roi) son armée et la Pucelle à Saint Denis, et il meismes y fu après sans luy faire couroner. Et puis envoia sa puissance devant Paris par plusieurs foix, dont à Tune le duc d'Alenchon, la Pucelle, emprès Saint Leurens, furent par ceulx de Paris recachiés et rués jus jusques au nombre de six à sept cens hommes mors, et se retrairent lors à Senlis. Et une aultre foix livrèrent assault d'un lez à la dicte ville do Paris» en deschendant de Montmartre. Et là fîst la Pucelle merveilles, tant de parolles et amonnestemens comme de donner cuer et hardement à ses gens de assalir. Et elle meismes alla si près que elle fu navrée de tret en une cuisse et rachassié elle et toute son armée. Et ne conquisrent riens à leur assault

Âinchois que le roy Charles allasl devant Paris, avoit eu ung conseil entre Tarchcvesque de Rains, le seigneur de la Trimouille, Poton et la Hire, d'une part, et messire Jehan de Luxembourg, le chancellier de Bourgongne, les seigneurs de Croy et Lourdin de Saligny et autres ; mais il n'y eubt nulle conclusion de abstinences ne de paix, et fu la journée tenue emprès la Fèrc.

Quant les gens du roy virent que ilz n'aroicnt point de obéissance à Paris, on envoia à Gompiengne par plusieurs foix. Et enfin se rendy par traictié et fîst obéissance au dit roy Charles, et y fu commis Villaume de Flavy cappitaine à grant puissance. Et se rendirent lors les forteresses de Creil, le Pont Saincte Massence, Chasteauthiery, Langny et aultres plusieurs ; mais Breteuil et Chartres se tinrent avec Ponthoise, Mante, Vernon, les Pons à Meulen,Charenton, Bois de Vinssaine et aultres. Et ainsi demeura la guerre par tout le royaume de France.

En ce temps le ni* jour du moisd aoust, partit le régent de Paris en armes, et envoia unes lettres au roy Charles sur le fait de ses assemblées, desquelles la teneur suit : Le texte est celui de Monstrelet.

Non obstant ces lettres, le roy Charles ne prist ne volt prendre nulle journée de combattre ne autrement, mais tousjours concquestoit pais. Et toutes fois furent les deux puissances de Franchois et de Engloix par troix jours bien près lune de lautre en plains camps; mais les Engloix, qui n'estoient point de trop si grant puissance que les Franchoix, se encloïrent et ne volrent yssir hors de leur cloz, sinon pour combattre à piel, et leurs ennemis estoient trop et les euissent combattus de piet et de cheval. Et pour ce demeura la chose en ce point, excepté que il y eult aucuns gentilz hommes de Picardie de la garnison de Paris qui estoient à cheval, lesquelx le jour Nostre-Danie my-aoust se frappèrent en Tost du roy sur ceulx de cheval. Et là y eult ung estour de fers de lances sans grant perte d'un costé ne d'autre. Et y furent fais chevaliers le bastard de Saint Pol, Jehan de Crequi, Jehan de Brimeul, Jehan de Fosseux, Mathieu de Landas, Anthoine de Bethune, seigneur de Moreuil, Jehan de Croy et aultres. Et estoient à ce jour, sur le vespre, retraictes les batailles de piet de chascunc partie, et le roy Charles retourné à Crespy en Valloix. En ce tamps, se rendy en l'obéissance du roy Charles la cité de Beauvaix et partie

du pais de Beauvesis

Et allèrent ses gens par le pais eu diverses parties prendre par traictié et non de force villes et chasteaulx. Et cependant commenchèrent plusieurs traictiés et parlcmens entre les gens du dit roy et monseigneur de Bourgogne. Et fu l'arcevesque de Rains, chancellier d'iceluy roy, et plusieurs autres ses ambaxateurs à Arras devers le dit duc de Bourgongne, environ la my-aoust. Et fînablement furent trieves prises entre iceulx deux princes par le moien des ambaxateurs que le duc de Savoie avoit

envoie devers eulx pour le bien de la paix pourcachier. De la manière desquelles triewes ou abstinence de guerre la vérité s^ensieui... s'ensuilt la coppie des irewes du roy Charles par vidimus du prévôt de Paris sur le fait des trièves entre le roy cl monseigneur de Bourgongne.

" A tous ceulx qui ces présentes lettres verront ou orron, Simon Morbier, chevalier, seigneur de Villers, conseilliers du roy notre sire et garde de la prévôté de Paris, salut. Savoir faisons que nous, l'ande grâce mil llll* et XXIX, le vendredi xim« jour d'octobre, veismes unes lettres de Charles, soy disans roy de France, seellées de son grand seel en chirc jaune, sur double queue, contenant la fourme qui s^ensieult :

» Charles par la grâce de Dieu roy de France, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Comme pour parvenir à mectre paix dens notre royaume et faire cesser les grans et innumérables maulx et inconvéniens qui, par les guerres et divisions qui sont en iccluy, y sont advenu et adviennent chacun jour, aiant par le moien des umbaxadcurs de notre très cher et très amé cousin le duc de Savoie esté nagaires tenues aucunes journées tant par nous et nos gens que par nostre cousin de Bourgoigne et les siens ; et pour ce que la matière de la dicte paix qui touche plusieurs parties toutes grans et puissans, ne se puelt démener et conduire à bonne fin sans aucun délay et trait de tamps, ait semblé ausdits embaxadeurs, qull estoit nécessaire prendre abstinence, jusques à aucun temps convenable pour plus aisiement et convenablement durant icelle traicticr de la dicte paix ; laquelle abstinence par le moien diceulx ambaxadeurs ait été prinses et accordées entre nos gens pour et ou nom de nous d'une part, et les gens de notre dit cousin de Bourgoigne pour et ou nom de lui, d'autre part, et aussi au regard des Anglois leurs gens, serviteurs et subgez, se ad ce se veullent consentir es termes et mettes qui sensuient ; ccst assavoir en tout ce qui est par deçà la rivière de Saine, depuis Nogent-sur-Seine jusques à Harfleu, sauf et réservées les villes, places et forteresses faisans passage sur la dicte rivière de Saine; réservé aussi à notre dit cousin de Bourgoigne que se bon luy semble, il porra, durant la dicte abstinence, emploïer luy et ses gens à la deffence de la ville de Paris et résister à ceulx qui voldroient faire guerre ou porter dommage à icelle, à commenchier la dicle abtinence, cest assavoir depuis le jour dhuy, xxvni«jour de ce présent raoys d aoust au regard de notre dit cousin de Bourgoigne, et au regard des dits Anglois du jour que d'iceulx aurons vcu et receu leurs lectres et consentement ; et durer jusques au Noël prochainement venant : savoir faisons que nous, ces choses considérées, voulans, pour la pitié que nous avons de nostre povre peuple, obvier de tout notre cuer et intencion à la multiplicacion des ditz maulx et inconvéniens, avons baillié, consenty et accordé, et par ces présentes baillons, consentons et accordons, bonne et seure abstinence de guerre, pour nous, nos pais, vassaulx, subgez et serviteurs et ceulx qu'il a en son gouvernement, et les places des dits vassaulx et serviteurs estant es termes et limitiez dessus déclarées, et aussi pour les villes et pais ci-après déclarez, cest assavoir la ville d'Amiens et le plat pais de notre baillage d'Amiens, la ville d'Abbeville, et tout le pais de Pontieu, les villes de Noyon, Saint-Quentin, Chauny, Monstreul, Corbie, Dourlens, Saint-Riquier, Saint-Wallery, Ribemont et Térouvvane, ensamble les plats pais estant à l'environ d'icelles ; et aussi auxdiz Anglois, et tous aux termes et limites et soubz les conditions de réservation dessus déclarées ; à commenchier icelle abstinence ce dit xxvnr jour d'août au regard de noire dict cousin de Bourgoingne, et au regard des dits Anglois du jour que sur ce aurons receeu d'eulx leurs lectres et consentement; et à durer jusques au dit jour de Noël prochainement venant, comme dit est; pourveu aussi que notre dict cousin de Bourgoigne consente et accorde la pareille abstinence, et nous en baille ses lectres patentes de pareille substance que cestes, et par cesle présente abstinence ne sera aucunement déro^'ié ni préjudicié aux abstinences par cy devant ordonnées par notre dit cousin de Savoie, entre aucuns de nos pais et de notre party et aucuns des pays de notre dit cousin de Bourgoigne et autres, compris es dictes abstinences; mais demour-

exprez desnomez el déclarés, pourveu toutesvoyes que de nostre dicte ville de Paris et desaultres placei^et lieux ci-devant exprimés en hors, ne soit fait par voyede guerre ne aullremenl, durant icelles abstinences, chose préjudiciable ausdictes abstinences et que de ce nostre dit cousin nous baille ses lettres, demourans toujiours les abstinences dessus dites on leurforcc et vertu, sans cequepar ces présentes y soit aucunement dérogié no préjudicié. Et se par voye de fait, par volonté désordonnée ne autrement, durant icelles abstinences, aucune chose cstoit faicte, attemptée ou innovée contre ne ou préjudice d'icelles abstinences, la partie offendue ne porra aucunement procéder par vengeance ne voye de fait, ne par alléguer les dites abstinence finies ou rompues; mais en sera faicte réparation par les conRervateurs de la partie qui ara offendu. En tesmoing de ce, etc.

» Donné à Senlis, le xvni*' jour de septembre, dessus dit. Ainsi signé par le roy en son conseil tenu par Monseigneur le conte de Clermont, son lieutenant général os pais deçà Saine, le conte de Vendosme, vous Ghristofre de Haucourt, le doien de Paris, pluiseurs aultres présens. — J. Willebresme. »

Âultres coppies de lettres du roy Henry par lesquelles il c-ommist le duc de Dourgoingne gouverneur de Paris et dailleurs :

M Henry, par la grâce de Dieu roy de France et Dengleterre, à tous ceulx qui ces présentes lectres verront, salut. Savoir faisons que, comme nostre très chier et très aîné oncle Jehan, régent de notre royaulme de France, duc de Bétheford, considérans les grans affaires et divei^es charges quil a à supporter pour le présent, tant pour le gouvernement de nostre dit royaume, comme meisment pour notre duchié de Normandie auquel nos anemis et adversaires se sont boutés à grosses puissances, aient prié, requis bien instamment, cordialement et adcertes notre très chier et amé oncle Philippe, duc de Bourgongne, conte de Flandre, d'Artois, et de fiourgongne palatin et de Namur, seigneur de Salins et de Matines, de luy aidier à conduire et supporter partie des dittes affaires, et par espécial de prendre et accepter le gouvernement et garde de nostre bonne ville, prévosté et visconté de Paris et des villes et villaiges de C.harlres, de Melun, Sens, Troyes, Chaumont en Vassigny, Saint-Jangou, Vermendois, Amiens, Tornesis et Saint-Amand et le seneschaussée de Ponthieu, réservées les villes, chastiaux et chastelenies de Dreux, Villeneiifve-le-Roy, (a'otoy, Uue et les pais de la conqucste faicte par feu notre très chier seigneur el père, cuy dieux perdoinst, avani la paix final de nos royaulnies de France et de Englelerre, qui demourront en lestai el garde où elles sont de présent ; lequel nostre oncle de Bourgongne pour amour el honneur de nous et de notre dit oncle le régent, son biau-frère, et pour la conservacion et entreténemenl de nostre seignourie et tuicion de nostre bonne ville de Paris ol des lieux dessus diz, Jasoil ce qu'il ail de présent pluiseurs grans el pesans affaires pour le gouvernement de ses pais el seignouries, en a prins el accepté le gouvernenieni et garde; et nous, aianl ceste chose très plaisant el agréable, congnoissans par vraie expérience le granl puissance, vaillance et léaullé de nostre dit oncle de Bourgongne; iceluy nostre oncle de Bourgongne, par l'advis et délibéracion de notre dit onclo lo régent el les gens de notre grand conseil en France, avons ordonné et commis, onloniions et commettons par ces présentes notre lieutenant es bailliages es lieux dessus dilz el gouvernement d'iceulx, en luy donnant plain povoir, auctorité el mandenicnt espécial de gouverner el garder pour et au nom de nous el soubz nous, jusquo au lamps de notre venue en nostre royaume de France, nostre ditte bonne ville de Paris, bailliage et lieux dessus diz, ensamble nos hommes, vassaulx el subgelz demourans es dictes villes, bailliages el lieux ; de donner ou nom de nous el soubz nostre scel, durant le dit lamps, les seignouries, terres, rentes et revenues qui dores en avant nous eschcrront par la rébellion et désobéissance de nos subgés aians terres el seignouries es lieux qui sont et seront à nous réduis et obéissans, es mettes de son gouvernement, de faire procéder aux officiers royaulx électifs par bonne et deue

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 63b

élection et confermacion, ainsi qnil est acousfumé; de disposer des aultres officiers non électifs selon la fourme déclarée en certaines nos aultres lettres et ordonner de toutes aultres et singulières choses, besongnes et affaires des lieux dessus diz ; de tenir nos consaulx, y conclurre et la conclusion exécuter au lûen et honneur de nous et conservacion de nostre dicte seignourie; et pour ce faire, convertir et emploicr toutes les finances qui nous appartiennent es appartenances, villes, bailliages et lieux dessus diz, ainsi que les cas le requerront, en y commettant et ordonnant de par nous telz ofQciers que bon lui samblera, sans pour ce préjudicier ne deroghier en autres choses à Testât et dignité de la régence de notre dit oncle le régent.

Si donnons en mandement à nos amez et féaulx conseilliers les gens de notre parlement, au prévost de Paris et à tous nos baillis et aultres justiciers, officiers et subgez à qui il appartiendra ou à leurs lieuxtenans, que nostre oncle de Bourgongne laissent joir et user plainement des gouvernement et garde dessus ditz, et en toutes choses concernans et regardans ce qui dit est, obéissent à luy et a ses mandemens et cornmandemens sans aulcun contredit; promestant en bonne foy à nostre dit oncle de Bourgongne que toutes cl quantes foix que charge de guerre luy sourvendra es termes dudit gouvernement, de le aidier de nos gens de Angleterre et dailleurs si avant que raisonnablement pour le temps faire porrons, quand requis en serons par notre dit oncle de Bourgoigne.

Donné à Paris le xnr jour d octobre, Tan de grâce mil OCCCiXXIX et de notre règne le vu". Ainsi signées : Par le roy à la relation (du conseil) tenu par Monseigneur le régent le royaume de France, duc de Bethefort, auquel Messeigneurs le cardinal Dengleterre et le duc de Bourgogne, vous, les évesques de Beau vais, de Noyon, de Paris et d*Eureux, le comte de Guise, le premier président du Parlement, labbé du mont Saint-Micquel, le sire d'Escalles, le sire de Santés, messire Jean Fastol, messirc Raoul Bouthillier, le sire de Saint-Liebaut, messire Jean Poupham, les seigneurs de Clamecy et du Mesnil, le trésorier du palais à Paris, messire Guillaume le Duc, et plusieurs aultres estoient -— Jehan Reinel '.

Ainsi quil dit est par ces lettres fut le duc de Bourgogne à Paris après les trieves et abstinences de guerre données par le roi Charles; esquelles trieuves et abstinences ne volrent point estre les Englois compris ; ains gherrièrent, et furent gherrier ce tamps durant au pais de Normandie et surprirent et perdirent et gangnèrent plusieurs places, villes et forteresses qui leur firent moult de travaux et dommages a rescouvrer; et par ainsi le duc de Bourgogne, après ce qull eust empris le dit gouvernement, et sur ce conclu en plusieurs grandes mattières touchant la seureté et garde des pais et places à luy comises, s'en retourna atout sa compagnie qui estoit grande et noble des gens de Picardie en ses pais d'Artois et de Flandres, et là se tint' tout hiver sans plus avantage gherrier.

Et ce temps durant furent plusieurs grans consaulx tenus des ambaxateurs des princes sur le fait de la paix, et furent les trieuves et abstinences alongiées jusques au mois de mars ensuivant; mais finalement la paix ne se polt trover, et faillirent les traictiès par ce mesmement que le ville de Compiengne fust du tout désobéissant d<^ livrer passage au dit duc de Bourgongne en alant et retournant à Paris ; ce qui lui estoit promis avec le pont sainte Maxence qui fut mis en les mains de Regnault de Longheval du consentement des deux parties; mais Guillaume de Flavy ne volt obéir et se tint toujiours gherriant atous lez luy et sa puissance, et se garnit ladite ville do Compiengne pour le défendre contre tous.

Le temps des treuves durant, se dévoient tenir le roy Charles, comme il flct, oultrc la rivière de Saine, et le régent en Normandie.

A rentrée du moix d'apvril, alla le duc de Bourgongne à Peronne et fist une très

f. Ces pièces capitales se lisent du t^ 490^^ à 49l^o.

iniravit ac victuaiia inlromisit. Prius siquidem cives Aurelianenses in lanta penuria fuerant, quod deliberati fucranl dare aliquam summam Anglicis, aat reddere villam in manusducis Burgundico, et miserunl ad eum Poton de Santrailles, cum litteris credcntiœ et poteslatc tractandi cum duce Burgundiœ. Qui respondit quod sibi bene placobat, et si placeret regenti, et super boc ipse misii ad regeniem, sed regens non fuit contentus. Imo dixit se non cessaturum, donec villam haberet et expensas quas in obsidionc ponenda babuerat recuperaret. Dux ergo Burgundiac, bis auditis, dimisit diclum Poton in pacc.

His itaque Iransactis, dicta puella taliter rem conduxit quod obsidionem hujusmodi \i armorum levavit, omnes bastillias et Anglicos expugnavit et dictam villam ab Anglicis liberavit.

Oeinde dicta Puella a dicta villa recedens plurcs villas sicul Meun et Beaugency cepit, et Anglicos ab illa expulsit, a quibus dicti Anglici discedentes ibant versus Parisius pcr Beaussiam. Quos dux Alenconii, comes de Richemont, connestabularius Francias cornes de Vondosmo et dicta Puella cum exercitu insecuti, in quodani villagio, nomine Patay, dictos Anglicos comprebenderunt, et commissa pugna, équités Anglicorum fugere ceperunt, pedites vero in nemore adjacente et villagio se absconderunt, et finaliter multis Anglicis occisis et captis, dicta Puella victoriam obtinuit ; ubi ceciderunt circiter 111 millia Anglorum. Capti fuerunt ibi Dominus de Talbol, Dominas de Scales, Dominus de Hungefort et pluresalii, et duravit fugausque Yenville. Dominus autem Johannes Faslolf fuga lapsus vcnit Corbolium.

Hac igitur babita Victoria, Puella rediit ad Carolum regem Francise et dixit ei quod voluntas Dei erat ut ipse Carolus Remis in regem coronaretur. Tune rex ad hoc omnem exercitum suum congregavit. Et convenientibus ad eum duce Alenconii, duce Borbonii, comité de Vendôme, Johanna Puella, domino de Laval, domino de la Treroouille, domino de Rays, domino de Albret et domino de Lohéac et pluribus aliis cum maximo exercitu apud Gien, supra Ligcrim, fuit ibi dissentio inter connestabularium et dominuni de la Tremouille, qui regem regebaty sic quod dictus connestabularius rovt'rsus est.

Kex autein cum céleris venit Anlissiodorum. Erant autem in exercitu régis plures mulieres difFamala^ qua^ impediebant armatos sequi regem; unde puella irata evaginavit gladium quo percussit aliquas,sic quod gladius fractus est.

(lives aulem Antisiodorenses venerunt obviam régi, et, inediantibus pecuniis datis domino de la ïromouilie, rex rivitatem pertransivit non intrando, de quo puella et capitanci plunmum murmwarunt,

Ab illo loco venit rex anle Trecas, et stetit aliquibus diebus ante eam, a qua remeare ad propria concluserat, nisi dicta puella intra triduum villam habituram promisisset.

Dicta igitur puella approximationes et média ad faciendum assultum faciente, illi de villa, habito consilio, ad regem venerunt, etcompositione facta quodarmati ibidem existantes cum bonis suis recédèrent et cives obedienliam régi facerenl, villa rt'ddita «'st, quam rex in crastinum intravit.

In qua Anglicis expulsis et capitaneisper regem ordinatis, rex à dicta villa recessit et venit ad dictam civitatem Cathalaunensem, quaî ullro sibi portas aperuil, et ab illo loco venit Remis ubi cum magno gaudio susceptus est, et in crastino per Archiepiscopum Remensem coronatus est, et factus est miles per ducem Alenconii, et dominus de Laval comes factus est, et plures scutiferi facti sunt milites.

Pausatis autem in dicta ci vitale tribus diebus, rex discessit et venit ad villam de Vely, quîe se reddidit régi ; et deinde venit ad civitatem Lauduneusem, necnon Suessionensem, qua* se reddiderunt régi. Deinde venit ad villam Gastri Theodorici, qua» ullro se dédit et similiter Pruvinum.

Tune dux Betfordia» audiens ha'c quœsivit bellum, quod rex acceptavit; sed dictus dux audiens regem tenere campos non venit, sed rediit Parisius. Cumque rex delibe-

rarel transire Sequanam, supervenit certa quantitas Anglicorum in dicta villa Braii, et sic rex retrocessit et venit ad castrum Theodorici, et de ibi ad villum de Crespy, et abhine versus Dampmartin. Tune Anglici de Parisiis exierunt et venenint apud Mithri in Francia; fueruntque ambo exercitus quasi dispositi ad pugnam; sed tandem, escarmuchiis factis hinc inde, Anglici Parisius redierunt.

Rex vero venit Compendium, cujus cives claves sibi ullro dederunt. Rege autem ibi existente, venerunt episcopus et cives Sylvanectenses et episcopus et cives régi obediontiani prœsliterunt et similiter Belvacenses.

Hiis diebus recessit dux Bethfordiit* à Parisiis et reliquit ibi dominum Ludoviruni de Luxembourg, episcopum Morinensem, cancellarium ibidem pro rege Anglia;. Rex autem Franciœ, ordinatis in Compendio et Belvaco capitaneis, venit Silvanectum et abhine venit ad Sanctum Dionisium. Et tune fuerunt varii conflictus inter Angiicos existentes Parisius et Francos in Sancto Dyonisio, quibus durantibus, totus exercitus venit ad dimidiam Leucam prope Parisiius, et fecerunt contra villam Parisius multos assultus, ubi dicta Puella fuit in femore sagitta vuinerata, et si quUibet de exercitu rerps ita virilis fuisset sicut ipsa, Parisius fuisset in perirulo captionis; sed omnes alii de capliûne dissidebant. Tune dicta puella reliquit arma sua in Sto Dyonisio.

Illo tempore, villa de Langny supra Matronam régi se reddidit. Qua capta, rex, relictis duce Borbonii et aliis capitaneis in villis suie obedientia;, per villam de Langny rediit apud Montargis. Tune fuerunt verii conflictus et captiones villarum et roberia» multoî inter Francos et Angiicos.

Anne Domini H30, Johannes de Luxembourg , cornes de Hotentiton, cornes d'Arondel cum magno exercitu venerunt ad obsidendum C.ompendium, quod cum ad notiliam Puella*, quie era qu(e erat apud Lagny, devenisset, ipsa venit (lompendium, et quantum potuit obsidionem impedivit.

Qua'! dum quadam vice cum exercitu villam exisset, et incaute ni mis a villa se elongassei, à Rurgundio circomsepta capta est, unde non parvus dolor fuit Francis; fuitque diclo Domine Johanni de Luxembourg adducta, qui duxit eam Noviomum ad ducem et ducissam Burgundia», deinde perdictum Dominum Johannem Anglicis vendita fuit, et postea ducla Rothomagum, et ibi sive jure sive injuria concremala est.

EXTRAIT DU RECUSTRE DES DÉLlBÉRATIOxNS DU CHAPITRE

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