CHAPITRE V
LE SIÈGE D'ORLÉANS JUSQU'A L'aRRIVÉE DE LA PUCELLE.
Sommaire : I. — Bcdford, libre du côté de rAngleterre, veut imposer Tacceptation du traité de Troyes. — Combien le moment était favorable. — Endenture de Salisbury. — Contingents français. — Orléans devenu Tobjectif au lieu d'Angers. — Début de la campagne. — Conquête de quarante places. — Janville, Meung, Beaugency, Sully, Jargcau. — Salisbury s'installe le 12 octobre dans le faubourg du Portereau à moitié incendié. — Le boulevard du Pont, les Tourelles enlevés, malgré une héroïque résistance. — Coup qui frappe Salisbury.
II. — Ralentissement momentané dans les opérations du siège. — Elles sont reprises.
— Les Orléanais détruisent leurs faubourgs, complètent leurs armements. — Guillaume Duisy et le coulevrinier Jean le Lorrain. — Les Anglais commencent leurs bastilles sur la rive droite et les continuent malgré les assiégés qui essayent vainement de les arrêter.
m. — La défaite de Rouvray et le comte de Clermont, Charles de Bourbon. — Sa fuite honteuse. — Il quitte Orléans avec deux mille combattants. — Ses vaines promesses.
— Négociations pour remettre la place entre les mains du duc de Bourgogne. — Refus hautain de Bedford. — Les Bourguignons rappelés du siège.
IV. — L'investissement. — La bastille Saint-Loup. — Le nombre des bastilles. — Leur situation. — Double fossé. — Tous les chemins interceptés. — De la bastille de Fleury aux-Choux.
V. — Pénurie de vivres et particulièrement de pain. — Les divers ravitaillements énumérés par le Journal du siège.
VI. — Du nombre des assiégeants, et des défenseurs de la ville.
Bedford avait passé dix-huit mois en Angleterre. Il lui avait fallu ce temps pour mettre fin aux complications que lui avait causées son frère Glocester par ses scandales, ses dissensions avec le Cardinal, leur oncle, et surtout par sa tentative de mariage avec Jacqueline de Hainaut. De retour à Paris, dans les premiers jours d'avril 1427, il s'était appliqué à pousser la conquête et à assurer Texécution du traité de Troyes. Un conseil avait été formé pour réduire les dernières places de la Champagne qui tenaient
i. De Beaucourt, Histoire de Charles VU, t. Il, p. 170 et suiv.
encore pour le parti français : Beaumont, Mouzon et même Vaucouleurs; il en a été parlé dans le volume précédent*.
L'eflFort principal devait désormais se porter sur la Loire. S'assurer de son cours, c'était s'ouvrir l'entrée au cœur même des Étals du roi de Bourges. L'occasion était favorable : le jeune roi était sans argent, sans autorité, et n'avait guère pour soldats que des mercenaires et des soudoyés, aussi odieux à ses sujets' que les ennemis eux-mêmes. On a vu que Thomas de Montagut, comte de Salisbury et du Perche, allié à la famille royale, était réputé le général le plus habile de l'Angleterre. Dès le 24 mars 1428, il contractait avec le gouvernement anglais une endenture ou engagement, par lequel il s'obligeait à repasser à la fin de juin dans cette France, théâtre de ses longs exploits, à la tête de six cents hommes d*armes, six chevaliers bannerets, trente-quatre chevaliers bachelets, et dix-sept cents archers. Aucun ne pourra être du royaume de France, ni de ceux qui, ayant des possessions en France, seraient repassés en Angleterre sans licence du régent *. A la date du 21 juin, un ordre royal prescrivait à tous les enrôlés de se trouver à Sandwich le vendredi suivant ^
De nouveaux contingents furent levés sur le continent. Pour soutenir l'expédition, la Normandie fut imposée d'une contribution de 71 087 livres, et ordre fut donné aux seigneurs de tenir prêts les contingents féodaux *.
La conquête d'Angers, et des parties du Maine et de l'Anjou non encore soumises, était donnée, en Angleterre et en France, comme le but de l'expédition. A la suite de conseils tenus à Paris, la destination fut changée, et Orléans devint l'objectif. Il semble, en effet, que c'était bien la clef des conquêtes à faire.
Salisbury entra en campagne dès la première quinzaine du mois d'août, et dès le 5 septembre il écrivait au maire et aux aldermen de Londres une lettre dans laquelle il leur dit avoir réduit à l'obéissance quarante villes, châteaux et églises fortifiées. Il les nomme. On y remarque Nogent-le-Roi, Rambouillet, Marcheville, Patay et surtout Janville.
Cette châtellenie de l'Orléanais, sur les confins du pays Chartrain, était importante, et facilitait les communications avec Paris. Entourée d'une double enceinte de fossés profonds, de murailles flanquées de tourelles, la grosse tour du château pouvait ofl'rir, et ofl'rit en effet une sérieuse résistance. Salisbury, qui avaitassisté à bien des assauts, déclare n'en avoir
i. La Paysanne et l'Inspirée, p. 78 et suiv.