‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 66 sur 327 · DE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

DE LA PUCELLE

Sommaire : 1. — Lagny fait soumission au roi. — Loré en est fait capitaine. — Capitaines nommés à la garde des villes récemment soumises. — Le roi quitte Saint Denis. — L*armure complète de Jeanne suspendue dans la basilique. — Itinéraire du retour. — Saint-Denis repris par les Anglais ; ils enlèvent l'armure de la Pucelle. — Universel brigandage. — Le pays appauvri. — Secours envoyés par le roi.

II. — La Pucelle reprend Saint-Pierre-le-Moustier, écboue devant La Charité.

m. — Efforts des Anglais contre Lagny. — La Pucelle y revient. — Rencontre avec les Anglais. — Victoire de la Pucelle.

iV. — Siège de Compiègne. — Jeanne se jette dans la place assiégée. — Versions différentes sur sa prise. — Indication sommaire des étapes de son martyre.

Variante.

Appendice tiré de la Chronique latine.

La Pucelle ne parait plus désormais dans le récit de rhistoriographe que par intervalles. Voici les extraits où il en est question, et même ceux qui peuvent mieux servir à se rendre compte des faits.

Le vingt-neuvième jour du mois d'août, en Tan susdit, le prieur de Tabbaye de Lagny et Arthur de Saint-Marry avec quelques habitants de la ville vinrent à Saint-Denis mettre Lagny en Tobéissance du roi. Le roi chargea le duc d'Alençon d'y envoyer quelqu'un ; et le duc députa messire Ambroise de Loré auquel la ville fut remise par les bourgeois

1 . Ce récit de Téchec contre Paris et du départ de l'armée est écourté dans rhistoriographe officiel. U sera discuté dans la suite d'après ce qu'en disent les diverses (chroniques, et tout particulièrement Perceval de Cagny, et la Chronique dite des Cordeliers.

et les habitants ; il leur fit prêter les serments accoutumés, à savoir d'être vrais et loyaux au roi.

Le douzième jour de septembre de Tan susdit, le roi de France ordonna que le duc de Bourbon, le comte de Vendôme, messire Louis de Culan et plusieurs autres capitaines demeureraient aux pays qui en ce voyage s'étaient soumis à son obéissance. Il laissa comme son lieutenant le duc de Bourbon; et à Saint-Denis il laissa le comte de Vendôme et Tamiral de Culan avec grande compagnie de gens d'armes.

Le roi partit ensuite avec l'autre partie de ses gens ; et au départ, ainsi qu'il a été dit, Jeanne laissa devant Saint-Denis toutes ses armures complètes dans lesquelles elle avait été blessée devant Paris. Le roi alla coucher à Lagny, dont il confia la garde à sire Ambroise de Loré qui y avait été déjà envoyé, ainsi qu'il a été dit. Le sire de Loré accepta cette chaîne; son chevalier messire Jean Foucault resta avec lui. Le jour suivant le roi quitta Lagny, passa la Seine, franchit l'Yonne à un gué près de Sens, s'en alla à Montargis et au delà de la rivière de Loire.

Bientôt après Anglais et Bourguignons s'assemblèrent en grand nombre à Paris; les Français que le roi avait laissés, lors de son départ, à Saint-Denis, quittèrent et abandonnèrent la ville, et se retirèrent à Senlis. Feu après leur départ, ceux de Paris vinrent à Saint-Denis; ils y trouvèrent les armures de Jeanne la Pucelle, les prirent et les emportèrent sur Tordre de l'évêque de Thérouanne, chancelier aux pays qui obéissaient au roi d'Angleterre. Aucun dédommagement ne fut donné à l'église de Saint-Denis.

Jean Chartier raconte une tentative contre Lagny, qui fut vaillamment repoussée, et il continue :

... En ce même temps, commencèrent de toutes parts les pillages et les rapines dans les pays que le roi de France, ainsi que cela vient d'être dit, avait conquis sur les Anglais, sans que cela lui eût guère coûté ; car sans coup férir on venait de toutes parts lui faire obéissance. Ces pays étaient riches, bien "peuplés, bien cultivés. Bientôt après les laboureurs disparurent des champs, plusieurs villes furent oppressées et appauvries, plusieurs contrées restèrent inhabitables et sans culture; chacun voulait faire le maître et obéir au caprice plus qu'à la raison. Le duc de Bourbon, témoin de cette manière de faire, de cette désobéissance et de ce brigandage, s'en retourna à son pays.

Le comte de Vendôme resta, veillant principalement sur la cité de Senlis. Dans la suite le roi lui donna le gouvernement total de la contrée, et envoya à son aide et secours le sire de Boussac, maréchal de France, avec huit cents ou mille combattants. C'était de grande nécessité, car

d*un côté les Anglais venaient de Normandie, d'autres pays et des places de France, faire la guerre ; et de l'autre, c'était le duc de Bourgogne qui tenait le pays de Picardie.

En ce même temps, par ordre du roi de France, fut formée une armée en laquelle se trouvait Jeanne la Pucelle avec plusieurs autres capitaines. Ils allèrent devant une ville appelée Saint-Pierre-le-Moustier et la prirent d'assaut. Ils vinrent ensuite devant La Charité-sur-Loire, où commandait Perrinet Grasset, et y mirent le siège, disposant quelques bombardes, canons et autres pièces d'artillerie. Ils s'y tinrent durant quelque temps, et finirent par lever le siège, s'en allant sans avoir rien fait, après avoir perdu, à ce que l'on dit, la plus grande partie de leur artillerie.

Chartier raconte de beaux exploits de la garnison de Lagny, et comment le brave Ambroise de Loré appelé à défendre Saint-Célerin, près d'Alençon, naguère recouvré, triompha, par ses habiles et audacieux coups de main, d une armée anglaise qui voulait reprendre la forteresse. Le chroniqueur revient à Lagny, si ardemment convoité par les Anglais et à Jeanne la Pucelle, et s'exprime ainsi :

En même temps qu'ils s'efforçaient de recouvrer Saint-Célerin, les Anglais vinrent pareillement mettre le siège devant Lagny-sur-Mame. Après l'avoir battu de leurs bombardes et canons, et avoir tenté plusieurs assauts, de là aussi ils s'en retournèrent sans rien faire. Défendaient la

ville messire Jean de Foucault, l'Ecossais Quennède, et plusieurs vaillantes gens.

L'an mil quatre cent trente, Jeanne la Pucelle quitta le Berry, et en compagnie de plusieurs gens de guerre elle vint à Lagny- Sur-Marne. Il advint qu'à son arrivée, trois à quatre cents Anglais traversaient l'Ile-de-France. Promptement la Pucelle se met aux champs avec messire Jean Foucault, Guiffray de Saint-Aubin, un capitaine nommé Barie, Quennède, Écossais, et d'autres de la garnison de Lagny. Ils joignirent les Anglais qui se mirent à pied et se rangèrent le long d'une haie. Il fut incontinent résolu par les Français qu'on les combattrait. Ils vinrent en très bon ordre, à pied et à cheval, tomber sur les Anglais. La besogne fut très dure et très âpre ; car les Français n'étaient guère plus nombreux que les Anglais. Ces derniers finirent par être déconfits, presque tous tués, et les autres

pris. Il y eut aussi des morts et des blessés du côté de Français qui, avec Jeanne la Pucelle, rentrèrent à Lagny en amenant leur capture.

En Tan dessus dit (1430), messire Jean de Luxembourg, le comte de Huntinton, le comte d'Arondel, d'autres Anglais et Bourguignons, vinrent avec de grandes forces devant Compiègne, et l'assiégèrent des deux côtés de rOise. Ils y firent des bastilles où ils se tenaient. Jeanne la Pucelle, dès qu'elle en eut connaissance, partit de Lagny pour porter aide et secours aux assiégés. Incontinent après son arrivée, de grandes et nomJbreuses escarmouches commencèrent entre les Anglais et les Bourguignons d'une part, et ceux de la ville de l'autre.

Or il advint qu'un jour Jeanne la Pucelle fit une sortie très vaillante et très hardie ; mais les Anglais et les Bourguignons chargèrent aussi très fort sur elle et sur ses hommes, en sorte qu'elle fut contrainte de battre en retraite avec ses gens.

Quelques-uns disent que la barrière lui fut fermée au retour; d'autres qu'il y avait trop grande presse à l'entrée ; finalement elle fut prise par les Anglais et les Bourguignons et amenée captive. Plusieurs gens du roi en furent très dolents.

Les Bourguignons de la compagnie de Luxembourg la tinrent longtemps en prison. Luxembourg la vendit aux Anglais qui l'emmenèrent à Rouen, où elle fut cruellement traitée. Après l'avoir longuement détenue, ils la firent brûler publiquement à Rouen, en lui imposant plusieurs maléfices, en réalité en vertu de la loi Sic volo^ sic jubeo, stat pro rations volimtas. {Je le veuXj je V ordonne^ mon vouloir est raison.)

C'est ainsi que, dans le numéro 2396, Jean Ghartier termine les chapitres consacrés à la Pucelle. La manière est différente, tant dans le manuscrit reproduit par Quicherat que dans celui qu'a reproduit Vallet de\iriville. Il y rapporte une particularité intéressante qui ne se trouve pas dans le texte que nous avons cru devoir préférer. Voici le passage : <^ Luxembourg la vendit aux Anglais qui la menèrent à Rouen où elle fat durement traitée, tellement qu'après longue dilation de temps, sans procès, mais de leur volonté indue, ils la firent brûler publiquement en ^'te ville de Rouen, en lui imposant plusieurs maléfices {crimes)\ ce ^ti fut inhumainement fait, vu la vie et le gouvernement dont elle vivait, ^^ï' elle se confessait et recevait chaque semaine le corps de Nôtre- Seigneur, comme bonne catholique.

« Et il n'y a point à douter que l'épée qu'elle envoya quérir en la chapelle

f66 LA VRAIE JEANNE D^ARC : LA LIBÉRATRICE.

Sainte-Catherine-de-Fierbois, dont ci-dessus est fait mention, ne fût trouvée par miracle, comme un chacun tenait ; vu surtout que par le moyen d*icelle épée, avant qu'elle fût rompue, elle a fait de beaux conquets ci-dessus déclarés. Et il faut savoir qu'après la journée de Pata\\ ladite Jeanne la Pucelle fit faire un cri, que nul homme de sa compagnie ne tint aucune femme diffamée ou concubine. Néanmoins elle en trouva quelques-unes transgressant son commandement; et elle les frappa d^icelle épée tellement qu'elle fut rompue. Et cela venant promptement à la connaissance du roi, elle fut baillée à ouvriers pour la ressouder; ce qu'ils ne purent pas faire, ni jamais ils ne purent la rassembler; ce qui est une grande probation qu'elle était venue divinement, et était chose notoire que depuis que ladite épée fut rompue, ladite Jeanne ne prospéra en armes au profit du roi ni autrement, ainsi qu'elle avait fait auparavant. »

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