Encore une erreur. Le roi vint à Tours
Au mois de mars précédent, après son arrivée à Chinon, la Pucelle, entre les autres affaires qu'elle disait avoir de par Jésus, affirmait que le bon duc d'Orléans était de sa charge, et que dans le cas où il ne reviendrait pas par deçà, elle aurait beaucoup de peine pour aller le quérir en Angleterre. Elle avait une très grande joie de s'employer au recouvrement de ses places. A cause de l'amitié et du bon vouloir qu'elle avait pour le duc d'Orléans, et aussi parce que c'était une partie de sa mission, elle se tint très près du duc d'Alençon qui avait épousé sa fille. Après son arrivée, elle ne fut pas longtemps à Chinon sans aller voir la duchesse d'Alençon, en l'abbaye de Saint-Florent, près de Saumur, où elle résidait. Dieu sait le joyeux accueil que lui firent la mère du duc, le duc et sa femme, ladite fille du duc d'Orléans, durant les trois ou quatre jours qu'elle passa audit lieu. Et après cela, et toujours depuis, ellese tint plus près et plus familière du duc d'Alençon que d'aucun autre ; et toujours, en parlant de lui, elle l'appelait J/on beau duc^ et pas autrement.
L'entreprise du couronnement du roy. — Après la prise des bastilles devant Orléans, la Pucelle dit au roi, aux seigneurs, et à tout son conseil, qu'il était temps de se préparer à se mettre en chemin pour son couronnement à Reims. Pareil dessein sembla très difficile à exécutera tous ceux qui en ouïrent parler. Ils disaient que, vu la puissance des Anglais et des Bourguignons ennemis du roi, considéré que le roi n'avait pas grandes finances pour soudoyer son armée, il lui était impossible de parfaire pareil chemin. La Pucelle dit : « Par mon Martiriy je conduirai le gentil roi Charles et sa compagnie jiisques audit lieu de Reins^ siirement et sans empêchement^ et là vous le verrez couronner^ ». Ces paroles venant après qu'elle avait ravitaillé Orléans et fait lever les bastilles de devant cette ville, nul n'osa contredire *. Le roi fixa un jour auquel il serait à Giensur-Loire, et il tint parole.
La Pucelle, qui avait toujours l'œil et la pensée aux affaires du duc d'Orléans, parla à son beau duc d'Alençon, et lui dit que, tandis que le roi ferait ses apprêts, et pendant le temps qu'il mettrait à faire son chemin pour aller à Gien, elle voulait aller délivrer la place de Jargeau qui faisait et donnait de grandes charges à la ville d'Orléans. Incontinent,
i , Sans desiourbierj et là le verre couronner. — Destourbierj mot fréquent dans cette Chronique, trouble^ diversioUf empêchement^ obstacle, — Voir Lacurne, et Ducange au mot Desturbium, et là le verre couronner pourrait signifier aussi : « là je le verrai couronner ».