‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 79 sur 327 · I. Us n'en eurent pas le temps · texte numérisé non relu

I. Us n'en eurent pas le temps

saints du Paradis, de la grâce et de rbonneur que Dieu avait faits au roi et à eux tous, publiant que c'était par le moyen de la Pucelle, et que sans elle jamais si grandes merveilles n'auraient pu être accomplies. La Pucelle, le duc d'Alencon, et toute la compagnie furent audit lieu et aux pays des environs, depuis le dimanchcjusqu'au vendredi suivant, xxm' jour du même mois.

iCHAPITRE III

Sommaire : J. — Arrivée à Gien le 24 juin. — Grande fête à la Pucelle. — Enthousiasme universel causé par les merveilles inouïes qu'elle a accomplies. — Son chagrin des tergiversations du roi qu'on détourne du voyage de Reims. — Elle prend les devants, entraînant le gros de l'armée à sa suite.

II. — Le roi se détermine à la suivre, le 29 juin. — Soumission des forteresses des deux côtés de la route. — Arrivée à Troyes le 8 juillet. — Reddition. — Séjour jusqu'au 12. — La manière dont la Pucelle somme les villes et en obtient la soumission. — Arrivée à Chalons le 14, départ le 15.

III. — Entrée triomphante à Reims. — Préparatifs du sacre. — Le sacre le 17 juillet. — Les fonctions du duc d'Alcnron. — Séjour à Reims jusqu'au 21 juillet ; à Sainl- Marcoul le 21.

^ Le commencement du sacre du hoy. — Ce vendredi bien matin, la Pucelle dit au duc d*Alen(;on : « Faites sonner les trompilles et montez à cheval. Il est temps daller vers le geiitil roi Charles pour le mettre au chemin de S071 sacre à Reims, » Ainsi il fui fait. Tous montèrent à cheval et ceux de la ville et ceux des champs. Ce môme jour, ils prirent gîte auprès du roi en la ville de Gien-sur-Loire. Le roi fit grande fête et montra grande joie de la venue de la Pucelle, du duc d^Alcnçon et de leur compagnie. Ce jour, il y eut de longs et joyeux entretiens entre tous les seigneurs, les chevaliers, les écuyers, les gens de guerre, et les gens de tout état, quels qu'ils fussent. Tous tenaient à très grande merveille les grands faits de guerre advenus le samedi précédent, par Tentreprise de la Pucelle, à eux et à toute sa compagnie. Je crois bien que jamais homme vivant ne vit la pareille, telle que de mettre en un jour en Tobéissance du roi trois notables places, à savoir la ville et le château de Meung-sur-Loire, la ville et le château de Baugency, la ville et le château d*Yenville-en- Beauce, et de gagner une journée telle que celle d'auprès de Patay; sur les Anglais qui étaient au nombre de... mille, et nos gens environ...

LA CHBONIQUE DE PERCEVAL DE CAGX\. 1S5

Le roi fut audit lieu de Gien jusques au mercredi 29 juin. La Pucelle fut très marrie du long séjour qu*il y fit, par la persuasion de quelques gens de sa maison qui le déconseillaient d'entreprendre le chemin de Reims, disant qu*entre Gien et Reims il y avait plusieurs cités, villes fermées, châteaux et places bien garnis d'Anglais et de Bourguignons. La Pucelle disait qu'elle le savait bien, et que de tout cela elle ne faisait nul compte.

Par dépit elle partit et alla camper aux champs, deux jours avant le départ du roi. Quoique le roi manquât d'argent pour solder son armée, tous, chevaliers, écuyers, gens de guerre et gens du peuple, se montraient prêts à aller servir le roi pour ce voyage en la compagnie de la Pucelle. disant qu'ils iraient partout où elle voudrait aller. E3Ie disait : « Par mon Martin^ je mènerai le roi Charles el sa compagnie sûrement, et il sera couronné audit lieu de Reims ».

Le 29 juin, après plusieurs conseils, le roi partit et prit son chemin pour aller droit à la cité de Troyes-en-Champagne. Sur son chemin, toutes les forteresses, à droite et à gauche de sa voie, se mirent en obéissance. Il arriva devant le dit lieu de Troyes après dîner, le vendredi, mu* jour de juillet. Les hommes de la garnison et les bourgeois de la ^ille lui furent désobéissants. Ce jour-là et le lendemain il y eut de grandes escarmouches, et le dimanche, x* jour, ils se mirent en l'obéissance du roi. Après diner, il fut très honorablement reçu en cette ville, où il séjourna jusqu'au mardi suivant.

Partout où la Pucelle venait, elle disait à ceux qui tenaient les places : « Rendez-vous au Roi du Ciel et au gentil roi Charles ^k Elle était toujours la première pour venir parler aux barrières.

Le mardi, le roi partit de Troyes, et le jeudi qui suivit, il fut très honorablement reçu en la cité de Châlons. Le long du chemin, toutes les forteresses du pays se mirent en son obéissance, parce que la Pucellr? envoyait quelques-uns de ceux qui étaient sous son étendard dire par chacune d'elle à ceux qui les occupaient : « Rendez-vous au Roi du Ciel et au gentil roi Charles » ; et ceux-ci, ayant connaissance des grandes merveilles advenues et accomplies à la présence de la Pucelle, se mettai*;rit franchement en Tobéissance du roi, quelques-uns du moins. Quant à ceux qui refusaient, elle y allait en personne, et tous lui obéissaient.

En allant son chemin, elle se tenait quelquefois dans le gros de Tarmée

186 LA VRAIE JEAxNNE D'ARC: LA LIBÉRATRICE.

avec le roi, d'autres fois à i*avant-garde, et d'autres fois à l'arrière-garde, ainsi qu'elle le voyait convenable à son dessein. Le vendredi le roi partit dudit lieu de Châlons.

Le jour que le roi arriva a Reims et fut sacré. — En Tan MCCCCXXIX, de samedi, xvi* jour de juillet, après dîner, le roi amva en la ville de Reims. Furent à sa rencontre l'Archevêque et tous les collèges de la ville, les bourgeois et d'autres en bien grand nombre, tous faisant éclater grande joie en criant Nouel pour sa venue. Le jour et toute la nuit suivante Jes officiers du roi et ceux de son conseil firent de très grandes diligences, chacun en ce que demandait son office, pour le fait et l'état du sacre et du couronnement du roi, qui eut lieu le lendemain.

Le dimanche, xvii* jour dudit mois, le roi fut sacré et couronné à Reims par Regnault de Chartres, archevêque du lieu, accompagné de plusieurs évêques, abbés et autres gens d'Église, comme au cas il appartenait. Ce jour, le duc d'Alençonfit chevalier le roi, et le servit comme pair de France au lieu du duc de Bourgogne, alors ennemi du roi et allié avec les Anglais. Ce jour, les comtes de Clermont, de Vendôme, et de Laval, qui ce jour même fut fait comte, servirent le roi, au lieu des autres pairs de France qui n'y étaient pas. Le roi demeura à Reims jusqu'au jeudi suivant, et ce jour-là il alla dîner, souper et coucher en l'abbaye de Saint- Marcoul, où lui furent apportées les clefs de la cité de Laon.

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