CONCLUSION
« Iniquement et injustement détenue, comme si ses paroles et ses actes donnaient lieu de la réputer schismatique, hérétique, superstitieuse, blasphématrice, invocatrice des démons, et coupable des autres crimes qu'en la menaçant de mort on l'a forcée d'abjurer, dans une cédule qu'elle ne comprenait nullement; Jeanne a été bien plus iniquement, bien plus injustement, bien plus faussement condamnée comme relapse. Celui-là, e( celui-là seulement, peut être dit relaps qui, ayant régulièrement et canoniquement abjuré une hérésie dans laquelle il constait être tombéi ou
dont il était véhémentement suspect, est convaincu l^avoir professée de nouveau dans la suite. Mais Jeanne n'était pas tombée précédemment dans l'hérésie; elle n'en était pas véhémentement suspecte; elle ne doit pas être censée avoir abjuré les crimes contenus dans la cédule qui lui a été lue; elle a assuré n'en avoir nullement compris le sens ; il a été démontré que pour la plupart elle ne les avait pas avoués, elle n'en avait pas été convaincue; bien plus, il n'en était même pas fait mention dans le procès.
(( Voilà, sauf correction et amendement de la part de notre très saint seigneur le Souverain Pontife, et de quiconque est mieux en état de juger, voilà mon avis sur les révélations, paroles et faits de Jeanne la Pucelle, et sur le procès et la sentence rendus contre elle.
« Pour porter mon jugement, j'avais en mains le cahier envoyé par vénérable et circonspecte personne, le doyen de Noyon, distingué professeur de sacrée théologie. Dans le dit cahier se trouvaient les XII articles composés par les Anglais, et à la suite les additions et remarques extraites du procès, par le très érudit docteur en l'un et l'autre droit, Paul Pontanus; on y trouvait encore la cédule que les juges rirent|abjurer à Jeanne, ainsi que certaines questions posées par le susdit Paul Pontanus, à l'effet de requérir sur cette affaire le sentiment des doctes.
« J'eusse pu, à ce qui a été dit, ajouter bien des choses, en suivant pas à pas les additions et extraits de maître Paul Pontanus ; mais j'ai pensé que c'était assez pour répondre à la consultation. Je n'ai pas cru nécessaire de mentionner le saut de la tour, les signes que Jeanne mettait dans ses lettres, les cruautés qui lui sont faussement imputées, et choses semblables, que j'ai estimées n'être l'objet de nulle ou de légère difficulté. Les extraits elles additions du seigneur Paul suffisent pour répondre péremptoirement aux difficultés que l'on en a tirées.
«< Que ceux qui trouveront dans cette consultationjexcès de longueur ou de brièveté veuillent bien le pardonner à l'impéritie de l'auteur.
« Souscrit et signé par moi,
« Thomas,
« Évéque de Lisieux, le dernier des docteurs dans Tun et Taulre droit. »