‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 184 sur 381 · SOLUTION DES DIFFICULTÉS PROPOSÉES · texte numérisé non relu

SOLUTION DES DIFFICULTÉS PROPOSÉES

1* Le vêtement et l'armure. — Jeanne alléguait qu'elle avait dispense de la part de Dieu. Elle ne devait pas plus être blâmée que Débora, ou que les saintes mises sur les autels par l'Église, quoiqu'elles aient porté vêtements d'homme. Dira-t-on que Débora est justifiée par l'Écriture, les saintes par le culte qui leur est rendu? Tout ce que Dieu a fait n'est pas écrit; et Jeanne, à défaut de l'approbation de l'Église, avait l'approbation de sa sainte vie et des grandes œuvres qu'elle accomplissait. En affirmant que Dieu la dispensait de cette loi, elle affirmait une chose possible, et qui n'est pas mauvaise par nature. Dans le doute, Jeanne ne devait pas être condamnée, les lois inclinant beaucoup plus à absoudre qu'à punir. Si Ion trouvait insuffisants les motifs allégués par Jeanne, il fallait recourir au Souverain Pontife. Dans des cas semblables, lorsqu'il s'agit de révélations et d'apparitions, d'une cause obscure de sa nature, il faut avant de prendre un parti consulter le Vicaire de Jésus-Christ ; c est le moyen de prévenir bien des difficultés et bien des périls.

Alléguerait-on encore que Débora combattait contre les infidèles, tandis que Jeanne en combattant les Anglais combattait des chrétiens? Jeanne ne combattait pas les chrétiens, mais les oppresseurs et les dévastateurs du royaume. Rien ne répugne à ce qu'elle eut les anges pour auxiliaires, dans une cause où elle luttait pour la justice, qui rend à chacun ce qui lui est dû.

L'apologiste établit ensuite, d'après les docteurs et surtout d'après saint Thomas, ce qui rend une guerre juste en elle-même, et dans la manière de la faire. Il a été prouvé que la guerre faite par Jeanne était juste, et la Pucelle la faisait dignement. Elle ne haïssait personne ; elle aimait tout le inonde, son parti en Dieu, les ennemis à cause de Dieu ; elle combattait par charité, par amour de la justice et par compassion pour les opprimés. 11 est donc vraisemblable que Jeanne portait les armes et un vêtement dliomme par dispense du ciel et par divine disposition.

Elle peut être justifiée d'une autre manière. La défense portée au Deutéronome avait pour but d'éloigner les Juifs des pratiques idolâtriques usitées

parmi les païens, qui honoraient ainsi leurs divinités, et à la faveur de ces travestissements se livraient à des infamies. La nécessité, une grande utilité dispense de cette loi, que Jeanne était dans l'intention d'obsener, si tôt que prendraient fin les raisons pour lesquelles elle s'en écartait.

2*^ Le canon st gua mulier prononce l'excommunication contre les femmes qui portent le vêtement viril? Cette loi a été portée contre les manichéens qui prohibaient la distinction des vêtements entre les deux sexes ; elle est conçue en des termes qui font que l'excommunication ne tombe que sur les femmes recourant à ce déguisement dans des Mies coupables, ainsi que l'observent les glossateurs. Les vues de Jeanne étaient pures, puisque c'était pour mieux garder sa chasteté au milieu des hommes, et être plus libre dans ses mouvements de guerrière. Elle n'était donc pas excommuniée de ce chef, ni retranchée de l'Église.

C'est ainsi que le saint évêque de Périgueux réfute le premier motif de condamnation allégué par la sentence de Cauchon ; cette réfutation respire la piété et l'humilité, en même temps qu'elle est un monument du savoir ecclésiastique de celui qui l'a composée.

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