BRÉHAL. — LES RÉVÉLATIONS FAITES A LA PUCELLE
Dieu fait ces manifestations. La Providence particulière de Dieu sur les États fait qu'il les a départies à toutes les époques. Elles sont si nécessaires qu'il est dit au chapitre xxix des Proverbes : Lorsque la prophétie fera défaut^ ce sera la dispersion du peuple. Bréhal prouve, en s'appuyant sur les livres V et XVIII de la Cité de Dieu de saint Augustin, qu'il y a toujours eu des prophètes au sein du genre humain. Il cite dans des temps plus rapprochés, d'après le Miroir de Vincent de Beauvais, plusieurs femmes douées de l'esprit de prophétie : la vierge Alpay, une religieuse de Saxe du nom d'Elisabeth, sainte Hildegarde, Marie d'Oignies.
La Providence de Dieu se rend ainsi témoignage à elle- môme ; elle veut montrer qu'elle tient en ses mains toutes les puissances et le bon état des empires; que la société civile et politique n'est pas gouvernée par l'enchaînement des causes secondes, par une suite d'événements surgis du hasard, ainsi que le pensent sottement quelques insensés, pour lesquels les événements d'ici bas sont l'eiTel du destin ou du hasard ; elle veut montrer que la très prévoyante Sagesse de Dieu a déterminé par des lois bien définies tout ce qui parmi les hommes peut constituer une société bien gouvernée.
Âpres avoir un peu prolixement développé ces principes, Bréhal en fait ainsi l'application à la France : « Il n'y a donc rien d'incroyable en ce que, par un mystérieux mouvement, Dieu, pour relever la France alors au comble de la désolation, pour lui donner quelque allégement et lui permettre de respirer, Dieu ait suscité une personne chargée de lui porter des révélations lui promettant le salut. Que cette personne soit infime par le sexe et la condition, cela ne déroge en rien à la divinité de ces communications, ainsi que cela sera démontré plus amplement, et que cela ressort même de ce qui a été dit. 11 n'y a pas lieu de rechercher pourquoi elles sont faites à cette personne plutôt qu'à telle autre, puisque cela dépend uniquement du bon plaisir de Dieu. L'esprit souffle oii il veut^ ainsi que le ditsaint Jean (c. m), c'est-à-dire, d'après la glose, il lui appartient de choisir l'âme qu'il veut illuminer. »
Ce que par dessus tout il faut considérer ici, comme en toutes choses, comme dans tout ce qui est fait par les hommes et pour les hommes, c est la fin, la fin de ces communications. Or le bien d'une nation est un bien divin. Contribuer au relèvement d'un royaume aussi illustre, aussi glorieux que le royaume de France, ne doit pas être regardé comme médiocrement divin. Il en sera parlé ailleurs plus longuement.
Bréhal traite ensuite delà certitude de la révélation en elle-même, et par rapport à celui qui la reçoit. En elle-même elle est au3si certaine que la prescience divine, sur laquelle elle se base. Aussi est-elle définie par Cassiodore : l'annonce de l'issue des événements d'après l'immuable vérité.
Celui qui reçoit la révélation prophétique a une absolue certitude de sa vérité ; le docte Dominicain apporte les preuves déjà données par Cybole et Basin, auxquelles il ajoute quelques autorités de plus.
Les révélations des devins au contraire s'appuient sur la prescience des démons qui est conjecturale ; voilà pourquoi elles sont fausses et illusoires, ainsi qu'il va être exposé.