BRÉHAL. — LES RÉVÉLATIONS AFFIRMÉES DE NOUVEAC
qu'un redoublement d*outrages. Cependant, pour donner quelque soulagement à sa conscience, elle dit à son confesseur et à un autre prêtre (Martin Lad venu et Jean Toutmouillé) de quels outrages sans nombre elle avait été Tobjet. Aussi, pour montrer le parti pris des ennemis, par son silence elle se contenta d'en appeler au seul jugement de Dieu.
« Le changement d'habits ne peut s'expliquer que par la fraude. Jeanne était très étroitement enchaînée ; les habits de femme lui avaient été enlevés. Comment eût-elle pu les chercher et les trouver en dehors de la prison? Il faut donc admettre, ce semble, la déposition des témoins qui font connaître le frauduleux stratagème, et le cas de nécessité de Jeanne. Elle est par suite pleinement excusée; car la nécessité n'a pas de lois. De plus, la malice d*une partie ne doit préjudicier en rien à la simplicité de l'autre.
« Qu'en reprenant le vêtement viril, Jeanne ne soit pas devenue relapse, ce sera démontré plus loin.
« Pour ce qui est d'avoir adhéré de nouveau à ses révélations, qu'elle avait, dit-on, abjurées, le procès fait foi qu'elle n'a jamais voulu les révoquer, ni les abjurer, ni s'en départir en aucune manière. Aux interrogations faites sur ce point, elle a allégué trois excuses : l'ignorance, la violence, la crainte.
« L'ignorance : elle s'est fondée principalement sur deux choses : elle n'a jamais ni cru, ni voulu abjurer ses apparitions; elle ne comprenait pas ce qui était contenu dans la cédule d'abjuration.
<' La violence : elle a dit qu'on lui avait intimé l'ordre d'abjurer.
» La crainte : tout ce qu'elle avait fait alors, affirmait-elle, c'était par crainte du feu, et elle n'a rien révoqué qui ne soit contre la vérité.
« Ces trois causes seront pesées séparément, lorsque sera traitée la question de son abjuration. Il suffit maintenant de voir que Jeanne a toujours adhéré à ses révélations, sans jamais s'en écarter; c'est ce qu'elle devait faire, ainsi que cela a été établi.
« Mais, objectera-t-on peut-être : finalement, c'est-à-dire le jour de sa mort, elle a renoncé à ses voix, elle a avoué avoir été trompée par elles,
en ce qu'elles lui avaient promis de la délivrer de prison ; et elle a professa» que désormais elle ne les croirait plus.
a Ces informations, autant qu'on peut l'induire des témoins les moins suspects et les moins indignes de foi sur lesquels elles se basent, ne disent pas clairement cela; elles disent au contraire qu'elle a constamment assuré avoir eu des apparitions et des révélations. Venaient-elles des bons ou des mauvais esprits? Elle s'en est rapportée à l'Église, ainsi qu'elle ravait fait; et en cela elle devait être entièrement absoute et nullement condamnée.
« 2° Ces informations n'ont alxune valeur, ni importance : dict£ iKFORSi- TiONES KULLius ROBORis AUT MOMENTi sunt; parce qu'cUcs ont été consignées par écrit, ainsi que la date en fait foi, lorsque la sentence était rendue et exécutée; que les prétendus juges avaient fait tout ce que leurs fonctions réclamaient; qu'elles sont en dehors des actes du procès; qu'il n'y a nulle signature, nul paraphe. Elles sont donc non avenues : ideoque nos pri-
JUDICANT*.
« 3° Les informations établissent que ce fut en ce moment qu'on lui signifia qu'approchait l'heure de l'horrible supplice, le bûcher. Elle avait toujours dit le redouter plus qu'aucun autre genre de mort. Il n y aurait pas lieu de s'étonner que cette candide et tendre jeune fille, épuisée par le long et cruel supplice d'une barbare prison, par le poids des chaînes, l'imagination saisie à la pensée des flammes qui allaient bientôt l'envelopper, ait eu peut-êtiie, forsan^ un moment de variation. Ce serait la suite de l'infirmité humaine, et surtout de l'infirmité de la femme. Au cas où elle aurait dit avoir été trompée par ses voix, qui lui auraient promis la délivrance ; que l'on se rappelle que le Christ sentant la mort venir se plaignit d'avoir été abandonné par son père; sur quoi saint Hilaire fait cette réflexion : « Cette plainte c'est l'infirmité de l'homme mourant abandonné ; ne vous étonnez pas de l'humilité des paroles, des plaintes du délaissé qui, sachant qui il était, voyait le scandale de la croix. »
« 4® Pour lui faire entièrement abjurer ses révélations, tant, et de si hauts personnages employèrent de si longues, je ne dis pas exhortations, mais bien tortures, que l'homme le plus docte, eût-il eu sa conviction, aurait eu grande peine à y persévérer.
« Et cependant elle ne fit que s'en rapporter à Dieu et à l'Église; ce qui ne prouve pas qu'elle les ait abandonnées ; mais uniquement qu'elle s'est humblement soumise à mère Église; acte que précisément on faisait sem-
1. C'est cependant dans ces actes sans valeur, que vont puiser la multitude des historiens qui affirment que la libératrice s'est rétractée le matin du supplice. Il y r quelque chose de profondément satanique dans ces calomnies séculaires.
BRÉIIAL. — GRANDE VICTOIRE DE JEANNE. ii27
Liant depuis longtemps de solliciter d'elle; mais dans un sens captieux, ainsi qu'on est en droit de le conclure évidemment.
« C'est donc avec raison que la Pucelle a adhéré aux esprits ; leurs promesses se sont réalisées; Jeanne a été vraiment délivrée de la prison de son corps par le martyre et par grande victoire, la victoire de la patience.
« Après avoir reçu avec la plus grande dévotion les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, on Tentendit acclamer sans interruption le nom de Jésus, invoquer longuement les saints et les saintes de Dieu; on la vit embrasser la croix, la couvrir de ses baisers avec la piété la plus expressive ; pardonner à tous ceux qui, gratuitement, l'avaient plongée dans tant de maux ; implorer très humblement le pardon de tous ceux qu'elle aurait pu offenser. Ënfîn elle rendit l'esprit au milieu des ardeurs du brasier, en lançant au ciel dans un dernier grand cri le nom du Sauveur.
« Voici ce qu'assure à sa gloire une constante renommée. Près de vingt mille assistants étaient présents à son trépas. Il fut si pieux, si catholique, si fervent, qu'il arracha les larmes et les sanglots de tous, même des Anglais ses ennemis.
« Il en est qui rapportèrent avoir vu le nom de Jésus écrit en lettres d'or au milieu des flammes; d'autres avoir vu, au moment de son dernier soupir, une colombe sortir du milieu des feux du bûcher. Des Anglais^ auparavant ses acharnés et barbares ennemis, forcés par l'évidence, avouaient publiquement qu'avoir condamné à mort une si bonne et si innocente personne, était une iniquité et une indignité. On publie bien des choses semblables. L'on ne doit pas, à notre avis, en faire peu de cas. On ne les trouvera pas ici, parce qu'on peut facilement les voir ailleurs.
« Ainsi c'est manifeste : la fin répond au commencement. Si Jeanne avait été remplie et trompée par les esprits de malice, il est à peine croyable, ou mieux il est incroyable qu'elle eût fait une fin si catholique, car, selon le philosophe, ce qu'a été la vie, la fin le manifeste*. C'est vrai
\, « Merilo eis spiritibus adhœrere debuit, quoniam, sicut promiserant, verè Johanna per martyrium et magnam patientiœ victoriam, à corporis ergastulo liberata fuit. Nam susceptis DEvoTissiMÈ Pœnitentio) et Eucbaristiœ sacramentis, nomen Jesu continué acclamando, sanctos Dei et sanctas longo tractu invocando, signaculum crucis summa cum pietate amplexando et osculando, universis qui sibi mala intulerant gratis veniam condonando, et ab universis de suà parte, si quibus intulerat, humillimè implorando, tandem ad extremum, Salvatoris nomen cum clamore inter flammarum œstum Tociferans emisit spiritum. Asseritur verô celebri et gloriosà famà exitum ejus adeo pium,
surtout pour ceux que le diable a trompés ou égarés par ses prestiges, ou par la divination. 11 les fait mal finir, pour les précipiter dans réteroelle damnation. C'est ce qu'enseigne saint Augustin, dans un passage cité dans le canon nec mvnim (caus. XXVI, q. V).
« Voilà ce que, selon notre petite capacité, il nous a paru bon de dire sur le fond du procès. Nous soumettons humblement Tensemble et chacune de nos observations à la correction du Pape notre Seigneur, et de TÉglise universelle; et encore, au charitable amendement de quiconque en jugera plus sainement.
« Ici finit la première partie de cette pauvre consultation. »
catholicum devotumque fuisse, ut adstantes numéro ferè viginti millium omnes ad
iacrymas et planctum compassionis, etiam Anglicos hostes, provocaverit Patet
itaque, quoniam, juxtà sapientem Gatonem, correspondent ultima primis; id est, si malignis spiritibus agilata delusaque fuisset, vix nunquamve hujuscemodi calholicas finis intercessisset. >*