‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 26 sur 381 · Procès, t. m, p. iOl · texte numérisé non relu

Procès, t. m, p. iOl

3. Jeanne d'Arc à Doinremy, par M. Siméon Luge, XXII, p, 73, supp. V, 286, 287.

jouir le lieu béni, même à Domremy, et suffit à expliquer un fait longtemps rejeté comme invraisemblable ^

Les docteurs de Poitiers étaient donc bien fondés à dire : Considérées les continues prières du pauvre peuple envers Dieu et autres amants paix et justice. La suite nous montrera de nouvelles preuves de ce mouvement de supplications, auquel se joignait avec tant de ferveur la vierge libératrice. Ils disent que Ton ne doit pas dédaigner ce secours, alors même qu'il est ^Tomi^i^onv œuvres purement humaines. C'est, pensons-nous, le vrai texte, quoique il soit différent dans la reproduction de Thomassin. Une objection souvent mise en avant par les contradicteurs de Jeanne, c'est que Dieu, dans la nouvelle loi, ne fait pas des miracles pour accorder des faveurs de l'ordre purement temporel. Les juges de Poitiers n'adfnettent pas cette assertion, qui sera plus longuement réfutée dans des documents subséquents.

La jeune fille est-elle le secours miraculeux que, dans l'état désespéré des choses, les supplications du pauvre peuple permettent d'attendre? Il serait aussi imprudent de le croire à la légère que de le nier de parti pris et sans examen. D'après l'Écriture, le discernement d'un envoyé extraordinaire du ciel ne se fait que par le concours de la prudence humaine, et du ciel lui-même, qui, par un signe merveilleux, doit le marquer aux yeux des hommes.

Les règles de la prudence humaine ont été scrupuleusement gardées. Toutes sortes de regards ont suivi la jeune fille en public, et en secret. Une allusion voilée indique jusqu'à la délicate inspection, par laquelle de sages matrones constatèrent par deux fois de pudiques secrets. Des informations ont été prises sur la naissance et sur la vie de la jeune fille aux frontières de Lorraine. Rien de plus favorable que les résultats de ces observations. Pas l'ombre de mal, mais tout bien : Y humilité^ sans laquelle les vertus chrétiennes ne sont qu'apparentes ; la virginité^ le plus beau rayonnement de ces vertus ; la dévotion^ ou le commerce habituel avec Dieu, et par suite le canal de la grâce; l'honnêteté^ la juste mesure en toutes choses, avec un éclat tempéré qui fait dire : c'est bien, bene oninia fecit ; simplesse, rien n'accuse en elle autre chose que Tintention d'accomplir le devoir, sans vain retour sur elle-même.

De sa naissance et de sa vie, plusieurs choses sont dites comme vraies. Des enquêtes avaient été donc faites au lieu d'origine. Le temps n'avait pas manqué à Baudricourt, depuis le milieu du mois de mai 1428, où Jeanne s'était présentée devant lui, jusqu'au 23 février 1429, époque de son départ de Yaucouleurs. Elle avait séjourné plusieurs semaines dans cette

!. Fond latin nouveau, n'> 10,018, f» 96.

ville distante de Domrémy seulement de seize kilomètres; Bertrand de Poulengy, l'un des guides, atteste avoir été plusieurs fois à Domremy, et avoir visité lés parents de la jeune fille ^; un courrier parti de Chinon le 9 mars aurait pu être de retour à Poitiers, avant la fin de l'examen auquel l'enfant fut soumise.

Quels sont les prodiges qui avaient signalé la naissance et la vie de Jeanne? Perceval de Boulainvilliers, l'un des grands personnages de la cour de Charles YII, les racontait au duc de Milan deux mois après, dans une charmante lettre rapportée ailleurs ". Le prétendu bourgeois de Paris, dans une chronique qui sera appréciée plus loin, rapporte comme des bruits auxquels il ne croit pas, que lorsque Jeanne était bien petite^ les oiseaux des bois et des champs, quand elle les appelait ^ venaient manger son pain dans son giron comme privés '. Rien d'étonnant. Combien de saints dont l'enfance, ou la venue à la lumière, a été marquée par des prodiges ! Dieu désigne par là à l'attention du monde ceux dont il veut faire des instruments privilégiés de ses grandes œuvres.

Tel est le premier moyen, celui par lequel la prudence hamaine peut discerner les envoyés du ciel ; il était en faveur de Jeanne. Le second est un miracle, un signe du ciel. Jeanne l'avait donné, mais à Charles seulement, dans le fameux entretien des secrets. Les docteurs de Poitiers ne pouvaient pas y faire allusion dans un écrit public, sans exciter au plus haut degré une curiosité que ni la Pucelle ni Charles VII ne pouvaient satisfaire. Jeanne avait même juré de ne jamais en rien dire. Voilà pourquoi ils ne parlaient que du signe à venir, promis par la Pucelle devant Orléans : c'était l'introduction dans la ville assiégée d'un grand convoi de vivres, sous les regards des assiégeants. Ce qui fut accompli quelques jours après.

Le roi doit mettre la jeune fille en état de réaliser sa promesse, et la faire conduire Ao/in^/^m^n/; recommandation fidèlement exécutée. Charles VII constitua à Jeanne une digne suite. A la tête de son hôtel, il plaça un chevalier en grand renom de prud'hommie, Jean d'Aulon, qui remplit délicatement ses fonctions, et, au procès de réhabilitation, fit une déposition pleine d'intérêt.

D'après les docteurs, non seulement le roi peut mettre Jeanne à l'œuvre,

il le doit sous peine de répugner au Saint-Esprit et de se rendre indigne de

la grâce de Dieu. Sa responsabilité se trouvait donc parfaitement couverte,

et les lettres de créance de Jeanne étaient bien et dûment contre-signées.

La naissance et les dix-sept premières années de la bergère sont mu-

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