ORAISON
« 0 Dieu, auteur de la paix, qui sans arc et sans flèche broyez les ennemis de ceux qui espèrent en vous, secourez-nous, nous vous en supplions; prenez en pitié notre adversité. Vous qui avez délivré votre peuple par la main d'une femme, faites que Charles notre roi lève par vous un bras victorieux; qu'il puisse vaincre maintenant des ennemis qui se confient dans leur multitude, se glorifient dans leurs flèches et leurs lances; et qu'enfin un jour, avec le peuple qui lui est confié, il repose auprès de vous qui êtes la voie, la vérité et la vie. Par Notre-Seigneur Jésus- Christ*. »
L'allusion est bien claire : elle l'est plus spécialement dans le verset : remplissez-les de frayeur et confondez leur audace, dans le répons : qu'ils soient ébranlés dans le fond de leur être. La présence de la Pucelle avait glacé de terreur les soldats anglais. Cette même allusion se trouve encore dans ces mots : Vous avez délivré votre peuple par la main d'une femme.
A la suite de l'oraison on lit ces mots : fin de la prière pour la Pucelle dans le royaume de France. Ce qui indique qu'elle se récitait dans tous les pays qui reconnaissaient Charles VII pour leur roi.
Jeanne ne pensait nullement que sa mission finissait à Reims; ses lettres, ses réponses à Rouen, protestent contre une donnée qui ne doit plus trouver place dans son histoire ; la France pensait comme la Pucelle.
i. Voir le texte latin aux pièces justificatives, B.
Lorsque la nouvelle que la libératrice avait été prise à Compiègne, le 23 mai 1430, se répandit avec la rapidité de Téclair, ce fut dans le parti national une consternation qui n'eut d'égale que la joie de Tenvahisseur. Gelu se hâta d'écrire au roi une lettre dont le père Fournier fait l'analyse suivante :
« L'archevêque commence par rappeler au roi les grâces dont le ciel la comblé par le bras et le reconfort de cœur dune fille, qui avait fait tant de prodiges en ses victoires; il le prie de faire sur lui-même un retour d'esprit, pour voir si quelque offense de sa part n'aurait pas provoqué la colère de Dieu, et ne serait pas la cause pour laquelle il a permis que cette vierge guerrière soit devenue la prisonnière de l'ennemi.
« Il recommande que, pour la délivrance de cette fille et le rachat de sa vie, le roi n'épargne ni moyens, ni argent, ni quelque prix que ce soit, s'il ne veut pas encourir le blâme ineffaçable d'une très reprochable ingratitude.
« Il lui conseille plus encore, de faire ordonner partout des prières pour la délivrance de cette Pucelle, afin que si ce malheur était arrivé pour quelque manquement du roi ou pour les manquements du peuple, il plaise à Dieu de pardonner *. »
Les prières furent commandées; on peut les lire dans un évangéliairc de la bibliothèque de Grenoble, sur lequel le parlement de cette ville avait coutume de prêter serment. M. Lanery d'Arc les a publiées en novembre
1886, dans son intéressant travail : Le culte de Jeanne cCArc au quinzième siècle; le grand journal catholique, VUniverSy dans son numéro du 2 avril
1887. Ce sont trois oraisons, à réciter à la sainte messe, comme cela se fait dans les grandes nécessités publiques; elles méritent d'être étudiées. Les voici :
« Dieu tout-puissant et éternel, dans votre sainte et ineffable miséricorde et dans votre admirable puissance, vous avez ordonné à la Pucelle de venir relever et sauver le royaume de France, repousser, confondre et détruire ses ennemis; et vous avez permis, qu'alors qu'elle vaquait aux œuvres saintes, commandées par vous, elle soit tombée entre les mains et dans les fers de ces mêmes ennemis. Oh ! nous vous en supplions, par l'intercession de la bienheureuse vierge Marie et de tous les saints, accordez-nous de la voir, sans aucun mal, libre de leur puissance, accomplir littéralement tout ce que vous lui avez prescrit par une seule et même mission. Par Notre-Seigneur, etc. »