‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 4)Chapitre 61 sur 381 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sommaire : L — L'Université immiscée dans les affaires de l'État. — La France toujours récompensée ou punie de sa conduite envers le.Pape. — L'Université soumet TÉglise à l'Etat et se jette dans les factions politiques. — Ses remontrances publiques. — Ses inqualifiables susceptibilités à l'endroit de ses privilèges. — Le duc de Bourgogne assassin de son cousin le duc d'Orléans trouve des apologistes dans l'Université. — Elle est grandement mêlée aux démagogues Cabochiens, partisans de Jean sans Peur. — Attentats de ces derniers en 14i3. — Gerson déclaré contre eux et contre les doctrines de Jean Petit. — Elles sont condaramées à Paris. — V^erts reproches du Dauphin aux docteurs. — Azincourt ne fait pas cesser les divisions au sein de l'Université. — Scission doctrinale et politique.

II. — Triomphe du parti démago-bourguignon en i4i8. — Massacres qui n ont pas été surpassés par ceux de septembre 1792. — L'Université à la disposition de Jean sans Peur. — Deuil et colère causée par sa mort sanglante. — Part de l'Université dans le traité de Troyes. — Combien déclarée pour le parti anglo-bourguignon et ses triomphes. — Contraste avec la conduite de Martin V. — Le servilisme de l'Université vis-à-vis de l'envahisseur exposé par un historien bien informé et non suspect. — Détails inédits. — Pourquoi l'histoire de la Pucelle est restée obscurcie. — L'Université acquise à l'Anglais jusqu'à la reddition de Paris.

L'Université ne sïmmisçait pas moins dans le gouvernement de l'État que dans celui de l'Église. Son historien du Boulay constate ce rôle dans les termes suivants : « A cette époque le roi et les administrateurs du royaume prenaient les conseils de l'Université dans toutes les grandes affaires, et le plus souvent c'était l'avis de ses docteurs qui l'emportait*. » A cela près que la corporation offrait ses conseils, alors qu'on ne les demandait pas, l'assertion de l'historiographe est exacte.

Les pages si lugubres de notre histoire durant cette période disent assez ce qu'il faut penser des avis de la conseillère. Dieu punit exemplairement les attentats de la France contre le Saint-Siège, comme il la

I. Quum inhisce prœscrtim temporibus in omnibus magnis negotiis, ad consilium à regc et regni rcctoribus advocaretur universitas, sœpiusque accideret ut academicarum sententist prsBvalerent. T. V, p. 315.

récompense magnifiquement des services rendus à son Vicaire. On en faisait la remarque au temps de Charles VI. Un des meilleurs historiens du monarque, Juvénal des Ursins, raconte que dans un conseil dont son père, le seigneur de Trainel, faisait partie, Ton se mit à rechercher la cause des malheurs du pays. Or, Tun des assistants dit « qu^il avait vu plusieurs histoires, et que toutes les fois que les Papes et les rois de France avaient été unis ensemble en bonne amour, le royaume de France avait été en bonne prospérité; et il se doutait que les excommunications et malédictions que fit le pape Boniface huitième sur Philippe le Bel jusqu'à la cinquième génération ne fussent cause des maux et calamités que l'on voyait. Laquelle chose fut fort pesée et considérée par ceux de rassemblée*. » Elle méritait et mérite toujours de Tôtre grandement.

L'Université s'était jetée dans le parti du schisme pour complaire au pouvoir civil; elle attribuait au roi tout ce qu'elle enlevait au Pontife. Les ordonnances de Charles VI donnaient force aux mesures arrêtées par les docteurs. En vertu des principes émis et des faits qui les appuyaient, le roi devenait en France le vrai chef de l'Église. Politique à jamais néfaste; à la longue, l'Université et la monarchie devaient en mourir; si elles ont survécu des siècles, c'est que les monarques furent souvent plus catholiques que les docteurs de Paris, et que ces docteurs euxmêmes furent, ou inconséquents, ou rejetèrent parfois et tempérèrent dans le seizième et le dix-septième siècle les maximes subversives émises dans le quinzième et reprises un siècle avant la Révolution française.

Il serait impossible de s'expliquer l'animosité de l'Université contre la Pucelle, l'acharnement de sa poursuite, si l'on ne savait à quel point le corps doctoral s'était mêlé aux partis politiques, l'alliance étroite que par la majorité de ses membres il avait contractée avec le Bourguignon d'abord, et dans la suite avec l'Anglais. Il faut en dire assez pour faire comprendre quel démenti la mission divine de Jeanne infligeait à ceux qui se donnaient comme les plus doctes interprètes des oracles divins.

L'Université n'attendait pas, a-t-il été dit, qu'on vînt lui demander ses conseils, elle les apportait d'elle-même et de la manière la plus intempestive. En 1405 ses docteurs prêchaient publiquement contre les prodigalités et le faste du frère du roi, le duc d'Orléans, et de la reine Isabeau, qui, durant les accès de la maladie de l'infortuné Charles VI, étaient légitimement à la tête de l'État. La même année, ils applaudissaient à l'entrée à main armée dans Paris du mauvais génie de la France, Jean sans Peur; ils allaient en corps, recteur en tête, porter leurs doléances sur la mauvaise administration du royaume à la reine qui refusait de les recevoir, et au

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