Frocés, t. V, p
collège de Navarre, que dans la corporation entière. Recteur le 14 décembre 1421, lorsque tout Paris retentissciit d'acclamations en l'honneur des Lancastres, il le fut quatre ou cinq fois dans la suite, notamment en 1429, lorsque la Pucelle fit son apparition sur la scène*. Quoique il eut obtenu dispense du temps d'études prescrit pour se présenter à la Ucence, il vint cependant au premier rang. Il faut reconnaître dans Erard un des pères de l'Église Gallicane. Il était grandement animé contre le Saint-Siège et ne perdait pas une occasion de le manifester. En 1426 un différend s était ému entre TEvêque et l'Université, et à la presque totalité des suffrages, il avait été décidé que la question sérail portée à Rome; mais Erard qui était absent demande une nouvelle convocation ; il se plaint de ce qu'une question née à Paris soit portée hors du royaume et hors de Paris « où se trouve, disait-il, un plus grand nombre d'excellents maîtres et docteurs en droit divin et canonique, qu'il n'y en a dans Rome, et en quelque autre ville que ce soit de la chrétienté. » 11 se démena, convoqua le ban et l'arrière-ban de la nation de France donl il était le procureur. Il fit si bien que l'Université revint sur sa décision '.
Qu'on remarque la raison mise en avant. La décision dernière n'est pas dévolue aux hommes qui ont la juridiction, mais aux hommes de science ; et les hommes de science, ce sont les hommes de Paris. L'Université de Paris semble avoir à cette époque érigé en dogme de foi ces deux conceptions aussi erronées que pleines de superbe.
Le despotisme dogmatique et anti-pontifical de Guillaume Erard se manifesta dans une autre circonstance dont le lecteur est prié de remarquer la date. C'était en mars 1430, deux mois avant la prise de Jeanne. In jeune Dominicain, Jean Sarrazin, se présenta pour obtenir les grades universitaires. Comme les Réguliers, et la plupart des prêtres de France, il gardait sur la hiérarchie ecclésiastique la doctrine ancienne, et faisait dériver du souverain pontife toute juridiction. Il présenta des thèses en co sens. La faculté de théologie et l'Université prirent feu. Le feu était surtout attisé par le recteur, qui était Guillaume Erard. Crevier écrit : « Le recteur Guillaume Erard et plusieurs notables personnages de r Université animaient le zèle de la faculté de théologie qnils requirent solennellement d'ordoniier la réparation du scandale. » Jean Sarrazin se soumit; il fit une amende honorable qui commence en ces termes: Sur Tordre de la faculté de théologie, ma mère, dont j'ai accepté et j'accepte les ordinations, dispositions, et décisions de toute nature ; cujus ordinationij dispositioni et OMNiMODiE determinationi me submisi et submitto. H professa une suite de propositions, qu'aucun docteur catholique ne sou-
!. Du BouL.vY, t. V. Nomenclcdurarectorunifii. 919. 2. Crkvier, t. IV, p. 30.
tiendrait aujourd'hui, et dont plusieurs seraient justement taxées d'hérésie \
La prétendue mère était une marâtre pleine d*arbitraire, exigeant des actes que n'eût jamais demandés la vraie mère, TÉglise Romaine.
Erard fut un des premiers choisis pour le concile de Bàle. Si Courcelles en fut Tâme, Erard en fut le père. Il se hâta de s'y rendre aussitôt après le forfait de Rouen. Il n'y avait presque personne. Il se démena grandement pour y faire venir du monde, et en attendant, il dit dans une de ses lettres qu'on n'y perd pas le temps, mais que l'on y prépare les matières qui devaient être soumises à l'assemblée.
Dans une autre lettre (avril 1432), il annonce qu'ils viennent de sommer les Cardinaux et même le Pape d'avoir à venir à Bàle. L'assemblée ne comptait que 15 évoques ou abbés mitres. Le Pape venait de dissoudre ce ridicule Concile œcuménique. Erard, qui Iç savait fort bien, n'en parle que comme d'un bruit; mais qu'il soit fondé ou non, dit-il, le concile ira de l'avant *.
Cet ennemi du Saint-Siège était grandement Anglais. Les conquêtes de Charles VII lui firent perdre les prébendes canoniales dont il touchait les revenus à Langres et à Laon ; il en fut dédommagé par celles qui lui furent données en Normandie. En 1435 il était grand vicaire de Rouen ; le gouvernement anglais l'envoya à Arras porter au congrès les violentes prétentions qu'il voulait y faire prévaloir *.
La libre-pensée peut frapper sur Guillaume Erard; c'est un de ses pères ; il était aussi faux catholique qu'il avait été faux prêcheur au cimetière Saint-Ouen ; les vrais catholiques n'ont aucun intérêt à ménager pareille mémoire.
Ils ne conservent pas plus de sympathie pour celle de Nicolas Midi. Ce fut encore un des plus odieux bourreaux de Jeanne. Il porte l'opprobre de lui avoir lancé la dernière insulte ; il la prêcha, et il prêcha l'assistance avant le supplice. Il terminait ainsi le rôle infâme qu'il a joué dans le drame lugubre.
Nicolas Midi était un des six docteurs mandés de Paris pour diriger les interrogatoires. Il y fut fort assidu, ce qui rend encore plus criminel l'acte dont il semble s'être chargé. Nicolas Midi est grandement soupçonné d'avoir rédigé les XII articles présentés à l'Uiliversité de Paris, et aux docteurs de Normandie comme un résumé des aveux de Jeanne, et la pure substance des faits acquis par l'instruction*. Œuvre de calomnie et de
i. Du BoLLAY, t. V, p. 388. CatviER, t. IV, p. 40.
2. Du BouLAY, t. V, p. 408, 412 ; Grevier, t. IV, p. 53, 55, 94.