VALERAN DE LA VARENNE
déjà composé plusieurs poèmes, sur la victoire de Fornoue, la prise de Gênes, le mariage de Louis XII en 1514.
L’ouvrage porte une double dédicace, l’une à Charles de Genlis, évêque de Noyon, l’autre à Georges d’Amboise, archevêque de Rouen. Dans cette dernière l’auteur remarque qu’on trouverait encore quelques survivants parmi ceux qui ont vu la Pucellc :Sane et in hune usque diem supersiites sunt plusculi qui Virginem viderunt inter vivos agentem. Il y avait quatre-vingt-cinq ans que la Pucelle avait été brûlée; ce qui nous permet de juger de leur âge et de leur nombre.
L’auteur a eu en mains durant quelque temps les manuscrits du double procès, que lui avait prêtés l’abbé de Saint-Victor; ce qui lui a permis de traiter les diverses phases de la merveilleuse existence, jusques et y compris la réhabilitation.
Le poème fut goûté lors de son apparition. Dès 1521, Ravisius Textor le faisait entrer dans son volume de Claris Mulieribns, Il a été édité en 1889 par M. Prarond, qui l’a annoté et l’a dédié à sa ville natale, Abbeville.
L’ouvrage avait tout ce qu’il faut pour plaire à un siècle qui n’est autre que celui de Léon X ; car ce Pontife occupait alors la chaire de Saint- Pierre. Les hexamètres sont façonnés d’après les meilleures règles de la poésie dite classique. Ce qui n’était pas alors un défaut, les faits mythologiques y sont très fréquemment rappelés, et la Pucelle est rapprochée des personnages de la fable. L’antiquité profane y est mise à côté des làils bibliques; les comparaisons sont développées richement, épiquement, le vers est solennel : toutes choses qui contrastent avec la simplicité de l’héroïne telle que nous sommes aujourd’hui heureux de la connaître et de l’admirer; mais à l’époque de la Varenne on brisait ces moules pour en fabriquer sur le modèle de l’art antique. Le poète d’Abbeville y coula l’héroïne, qui en sort déformée.
D’après Quicherat, l’histoire y est suivie très exactement, mais b'avestie par t emphase de la rhétorique. Elle l’est encore par les actes prêtés à la Pucelle. C’est ainsi que, d’après le poète, Jeanne aurait de ses mains plongé la tête de Molyns dans les eaux jusqu’à le noyer, en lui adressant des paroles d’ironie qui sont un vrai contresens pour ceux qui connaissent le réel caractère de la Pucelle. 11 lui fait fendre la tête aux Anglais, etc. La Varenne est plus virgilien que le poète anonyme dont l’œuvre a été analysée plus haut; il est moins exact et moins vrai. L’analyse du poète d’Abbeville nous entraînerait trop loin ; qu’il suffise de relever les particularités suivantes. D’après le poète, les habitants de Compiègne auraient appelé Jeanne à leur secours ; cela ne fut nullement nécessaire, et la Vierge-Guerrière vint bien spontanément à leur aide.
Le premier mouvement des Anglais maîtres de leur victime aurait été de vouloir la tuer ou la noyer; Warwick dit que ce serait peu aux yeux de la multitude ; il faut la brûler sans doute, mais la brûler comme coupable d’hérésie; ce sera le moyen de lui enlever son prestige, et de diffamer Charles, qui a voulu appeler l’enfer à son secours.
Puellam
Dicemus pravæ hæreseos sordere veneno :
Sic et Valesium (quem dicit femina regem)
Participem tanti vulgabimus esse reatûs, etc.
Un vieux docteur résume en beaux vers les diverses accusations portées contre la Pucelle. Celle-ci, dans sa réponse, condense ce qui se trouve épars dans le procès de condamnation.
Le poète introduit la mère de la victime aux pieds de Charles VII, et lui fait demander la révision du procès de Rouen. Elle termine une harangue d’ailleurs froide par ces vers :
Vir meus audito dilecta^ funere prolis Oppetiit, mortis causam exccratus et ignés.
Me quoque non dispar (si non miserebere) vitæ Exitus involvet, sed mors pergrata futura est Si prius elatum gnatæ cognovero nomen.
C’est la seule preuve que Jacques d’Arc soit mort de la douleur causée par le supplice de sa fille. Elle n’est pas suffisante pour donner le fait comme certain, encore qu’il ne soit pas invraisemblable.
La seule lettre de Charles VII à Calixte III pour demander la révision, connue jusqu’ici, est celle que lui attribue le poète. Il est cependant moralement certain qu’il a dû écrire à Rome pour presser une affaire qui lui était incontestablement à cœur.
Le poète est mal inspiré en choisissant pour justifier la Pucelle devant la commission apostolique, celui qui, d’après Ouicherat, fut le bras droit de Caucbon, Courcelle, l’âme du brigandage de Bâle, le père de l’hérésie gaUicane. Le poète lui fait terminer l’apologie de sa victime par le récit des miracles qui signalèrent le trépas de la martyre : le cœur conservé intact dans le brasier, la colombe sortant des flammes, et enfin Texposé des châtiments qui frappèrent les principaux auteurs du drame scélérat. Il y intercale le récit de la résurrection de l’enfant de Lagny :
Postremo eniluit pielas in morle Puellæ,
In cinerem cunclos dum fiamma resolveret arlus, lllæsas cor habet venas (mirabile dictu],
Nec sincerianimi lemerant incendia sedem ;
Albaque tum visa esl igni prodire columba,
Et petere Ælhereos mullis spectantibus orbes.