‹ La vraie Jeanne d'ArcChapitre 173 sur 296 · Mémoires de la Société archéol, de V Orléanais y t. XI · texte numérisé non relu

Mémoires de la Société archéol, de V Orléanais y t. XI

2. Godefroy, p. 907. Denys Godefroy dit tenir ces lignes de sire Yvon d’Hérouval. auditeur des comptes, qui les a relevées au huitième compte de Guillaume Charrier.

COMPTES DU ROI ET DU DUC D’ORLÉANS

<jui ou [au) mois d’avril MCCCCXXIX après Pasques, de l’ordonnance et commandement du roy nostre sire, a esté payée et baillée par ledit trésorier; c’est à savoir ;

« A Jean de Mès, pour la despence delaPuce)le,200 livres tournois ; — à maistre armeurier pour ungharnois complet pour ladite Pucèle, 4 00 livres; —audit Jean de Mès et son compagnon, pourluy aidier à avoir des harnois pour eulx armer et habiller pour être en la compaignie de laditte Pucelle, 425 livres tournois, — et à Hauves Poulnoir, paintre demeurant à Tours, pour avoir paint et baillié estoffes pour ung grant estendart, et ung petit pour la Pucelle, 25 livres tournois ; — comme il appert par lettres patentes du roy nostredit seigneur, données à Chinon le X* jour de mai oudit [audit) an MCCCCXXIX, adressantes à maistre Regnier de

Boiillegny, général conseiller sur le fait et gouvernement de toutes les finances, et par luy expédiées le XV® jour dudit mois de May oudit an, aux capitaines et chiefs de guerre ci-après nommés. Lettres patentes du dit seigneur, données au château de Gien-sur-Loire le vingt-deuxième jour du mois de septembre ou [au) dit an 1429, adressées à maître René de Roulégny, général conseiller sur le fait et gouvernement de toutes linances.

«A Jeanne lu Pucelle, la somme de 243 livres tournois forte monnoye, et trente ducats d’or, qui ès moy d’aout et septembre 1429, de l’ordonnance et commandement du roy nostre seigneur, lui a été plusieurs fois baillée et délivrée par le dit trésorier, pour commettre [pourvoir) au fait delà despensc ordonnée par elle faire au voyage fait parle dit seigneur à Reims pour le fait de son sacre et couronnement; comme il appert par lettres patentes d’icelui seigneur, données au châtel de Gien le 22® jour dudit mois de septembre au dit an 1 429, adressantes à maître Jean Regnier de Boullégny, général conseiller sur le fait et gouvernement de toutes finances, et par lui expédiées le 23® jour du dit mois de septembre cellui an ; par lesquelles il est procédé par le dit seigneur, que en les rapportant ou [ù la) quittance sur ce de Mathelin Raoul ordonné à faire la dépense de la dite Jeanne tant seulement, la dite somme soit allouée ès comptes et rabattue de la recette du dit trésorier par messieurs des comptes, sans aucun contredit ou difficulté ; nonobstant que la dite quittance précède en date lesdites lettres, et quelsconque ordonnances, mandements et défenses à ce contraires. Pour ce, par vertu des dites lettres et quittances ci-rendus, la dite somme de 242 livres tournois et trente ducats d^or, dont faut rabattre 131 livres tournois, forte monnaie, trente ducats d'or.

« A Jehanne la Pucelle la somme de 236 livres tournois forte monnoye, quiès mois d’août et de septembre 1429, du commandement et ordonnance du roi nostre seigneur lui a été baillée et payée par le dit trésorier. C’est

à savoir pour un cheval que le dit seigneur lui fit bailler et délivrer à Soissons ou dit mois d^août trente-huit livres dix sols tournois; pour un autre cheval que semblablement ledit seigneur lui fit bailler et délivrer à Senlis ou dit mois de septembre, six vingts dix-sept livres dix sols tournois.

« Et à Reims que icelui seigneur lui fit bailler et délivrer pour bailler à son père soixante livres tournois, comme il appert par lettres patentes du dit seigneur données au chastel de Gien le 22* jour du dit mois de septembre, ou dit an 1429, adressantes à maître Regnier de Boullegny, général conseiller sur le fait et gouvernement de toutes finances, et par lui expédiées le 23* jour du mois de septembre cellui an, etc., deux cent trente-six livres forte monnoye. »

Ce n’est là qu’une faible partie des sommes allouées à la Pucelle. Elles eussent été insuffisantes pour soutenir le train de sa maison, et pourvoir aux nécessités auxquelles elle avait à faire face. On a vu comment, interrogée, dans la séance du 10 .mars, sur ce qu’elle avait reçu du roi, elle répondit en tenir dix ou douze mille écus; ce qui, ajoutait-elle, était peu pour mener la guerre.

Charles VII, sur les dernières années de son règne, et Louis XI ont payé une pension aux deux frères de la Pucelle, et môme après la mort de Pierre, à Jean, fils de ce dernier.

Cela résulte des citations suivantes empruntées à Quicherat

Extrait d’un registre de la chambre des comptes de Paris, et imprimé par de Laroque au chapitre xliii de son Traité de la noblesse :

(( A messire Pierre du Lis, chevalier, frère de la Pucelle, six vingt et une livres pour sa pension de Tan MCCCCLIV.

« A Jehan du Lis, frère de la Pucelle, escuier, bailly de Vermandois et capitaine de Chartres, pareille somme pour sa pension de l’an MCCCCLIV. »

Extrait d’un compte de l’an 1468, conservé dans le manuscrit 772-3 de Gaignières :

« A Jehan du Lys, frère de feue Jehanne la Pucelle, 25 livres en récompense de la capitainerie de Vaucouleurs, que le roy a bailliée à Mgr de Calabre. »

Extrait d’un compte de Gilles Coron, changeur du trésor, et cité par Godefroy {Histoire de Charles F7/, p. 890) :

« A Jehan de la Pucelle, filz de feu Pierre du Lis, en son vivant chevalier, frère de feue Jehanne la Pucelle, la somme de six vingt et cinq livres tournois, sur la recette ordinaire de Vitri, pour sa pension, pour l’année CCCCLXXIII (1473), ainsi que Ta eue le dit feu Pierre du Lis jadis, son père. »

i. ProcèSy t. p. 279.

COMPTES DU ROI ET DU DUC D’ORLÉANS

Extrait du registre original des comptes du 1" janvier au 31 décembre {hn^[Arch. nat,^ p. 290) :

« A Jehan de la Pucelle, lilz de feu Pierre du Lis, en son vivant chevallier, frère de feue Jehanne la Pucelle, la somme de six vint et cinq liv. tournois, à lui ordonnée par le roy nostre sire, pour sa pension de Tannée, finissant à la feste de la Magdeleine CCCCLXXVIII (1478). »

M. le mareschal de Beauvais possédait en 1846 les originaux en parchemin des deux pièces suivantes. Communication en fut donnée à Jules Quicherat qui les publia dans la Bibliothèque de VÈcole des chartes (2® série, t. I), avant de les insérer dans le Double Procès, Il les accompagne de plusieurs remarques dont on trouvera ici la substance.

La Pucelle portait constamment des vêtements virils, soit qu’elle fût parmi les hommes d’armes, soit qu’elle fût dans sa demeure privée. Le costume viril, chez les hommes des hautes classes, comprenait un long vêtement assez semblable par sa forme aux robes de chambre modernes. La huque était une cotte plus courte, plus ou moins ample, que Ton portait par-dessus l’armure, ou quelquefois sous le vêtement. Le mois de juin 1429 est le mois de la campagne de la Loire. Le cadeau a-t-il été fait avant ou après la bataille de Patay? La pièce ne le dit pas. Il est certain que Tenthousiasme inspiré par Tenvoyée du Ciel était alors au comble. Une des expressions de ce sentiment, ce furent les riches habits dont on crut que Théroïne devait être revêtue, et que nous avons vu lui avoir été reprochés au procès de Rouen. D’après Quicherat, les sommes qui vont être énumérées représenteraient 600 francs de notre monnaie actuelle. La Libératrice crut devoir accepter et porter ces vêtements; Notre-Seigneur, dont elle était Tenvoyée, loua Magdeleine du parfum si précieux répandu sur sa tête. L’incrimination des Pharisiens de Rouen est la reproduction des murmures de Judas et de ses complices, plusieurs inconscients.

En délivrant Orléans, elle délivrait la capitale de Tapanage du duc Charles, prisonnier à Londres, et elle donnait, nous Tavons vu, la délivrance du captif comme Tun des objets de sa mission. Jacques Boucher, trésorier du duc, interprète des intentions de son maître, lit faire le riche vêtement aux couleurs de la maison d’Orléans, qui étaient le vermeil, ou cramoisi, et le vert. Après l’assassinat de la rue Barbette, le vert, d’abord clair, se rapprocha du brun, et après Azincourt fut plus sombre encore, il fut le vert perdu, La maison d’Orléans avait des orties dans

ses armes. Les Orléanais en ornèrent les vêtements de la Pucelle, comme on le verra au chapitre suivant.

Voici, à l’orthographe près, avec la quittance des fournisseurs, la pièce par laquelle le duc ratifie le présent de. son trésorier.

« Charles, duc d'Orléans et de Valois, comte de Blois et de Beaumont, et seigneur de Coucy, à nos amés et féaux les gens de nos comptes, salut et dilection. Nous vous mandons que la somme de treize écus d’or viez (vieux) du poids de soixante et quatre au marc qui par notre amé et féal trésorier général Jacques Boucher a été payée et délivrée ou (au) mois de juin derrenier (dernier) passé, à Jehan Luillier, marchand, et Jehan Bourgois, taillandier (tailleur), demeurants à Orléans, pour une robe et une huque que les gens de notre conseil firent lors faire et délivrer à Jeanne la Pucelle, étant en notre dite ville d’Orléans, ayant considération aux bons et agréables services que ladite Pucelle nous a faits à l’encontre des Anglais, anciens ennemis de Monseigneur le roi et de nous ; c’est à savoir au dit Jean Luillier, pour deux aunes de fine brucelle vermeille * , dont fut faite la dite robe, au prix de quatre écus d’or, l’aune, huit écus d’or; pour la doublure d’icelle, deux écus d’or; et pour une aune de vert perdu, pour faire la dite huque, deux écus d’or, et au dit Jean Bourgois, pour la façon des dites robe et huque, et pour satin blanc, sandal *, et autres étoffes, pour tout un écu d’or ; vous, icelle somme allouez ès comptes de notre dit trésorier et rabattez de sa recette, sans aucun contredit ou difficulté, par (en) rapportant ces présentes et quittance sur ce dessusdits tant seulement, nonobstant ordonnances, restrincions, mandements, ou défenses quelconques à ce contraire. Donné au dit lieu d’Orléans, le dernier jour de septembre, l’an de grâce mil CCCC vingt et neuf.

« Par Monseigneur le Duc à la relation de vous à ce par lui commis. Signé Labbé : »

« Jean Lullier, drapier et bourgeois d’Orléans, et Jehan Bourgois, taillandier du dit lieu, confessèrent avoir eu et reçu de Jacques Boucher, trésoriergénéral de Mgr le duc d’Orléans, la somme de treize écus d’or viez du poids de soixante et quatre au marc, pour une robe et une huque que les gens du conseil de mondit seigneur le duc firent faire et délivrer, dès le mois de juin CCCC vingt-neuf, à Jehanne la Pucelle, étant lors au dit lieu d’Orléans; c’est assavoir, le dit Luillier pour deux aunes de fine Bruxelles vermeille, dont fut faite ladite robe, huit écus; pour la doublure d’icelle deux écus; et pour une aune de vert perdu pour faire ladite huque, deux écus d’or; et ledit Bourgois, pour la façon des dites robe et

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