Jean Biaüharnays, cinquante ans, de môme
Les deux témoins, et ceux qui précèdent, fréquentaient souvent Jeanne, pendant qu’elle était à Orléans. Ils ne virent jamais en elle rien de répréhensible; ils n'y observèrent qu’humilité, simplicité, chasteté et dévotion envers Dieu et l’Eglise. Ils disent enfin que c’était une grande consolation de converser avec elle^.
Les deux Orléanais suivants, hommes de jusiice, habitaient Paris au moment des informations, à cause de leurs fonctions au Parlement. C'est à Paris qu’ils furent entendus le il mai 1456.
23. Maître Aignan Viole, licencié ès lois, avocat à la vénérable cour du Parlement, cinquante ans, a prêté serment devant nous archevêque, en présence du sous-inquisiteur et du greffier^ Examiné, il a répondu aux questions posées ainsi qu’il suit. — Je n’ai connu Jeanne la Pucelle qu’à l’époque du siège d’Orléans, durant lequel elle vint dans cette ville, et fut logée dans la maison de Jacques Bouchier. Je me rappelle bien qu’un jour, c’était le jour où fut pris le fort Saint-Loup, comme elle dormait après le dîner, elle s’éveilla soudainement en s’écriant : « En nom Dé (Dieu), nos gens ont bien à besogner^ apportez-^moi mes armes^ et amenez-moi mon cheval, » On se hâta d’amener son cheval, et revêtue de ses armes, elle sortit de la ville et rejoignit les hommes d’armes au fort Saint-Loup. Peu après le fort fut pris, et les Anglais vaincus.
Avant la prise de la bastille du pont, elle avait annoncé que cette bastille serait emportée, et qu’elle reviendrait par le pont ; ce qui semblait à tous impossible, ou du moins fort difficile \ Bien plus, elle avait prédit qu’elle serait blessée devant la bastille du pont; ce qui se réalisa.
Un dimanche, après la prise des bastilles du pont et de Saint-Loup,
1. In hoc conveniunt omnes quod nunquam perceperunt, per quascumque conjecturas, quod ipsa Johanna sibi attribuerei ad gloriam quæcumque facta sua probiiatis ; imo adscribebat omnia Deo, et resistebat quantùm poterat quod populus honoraret çam, vel daret sibi gloriam, quia plus diligebat essesola et solilaria quam in societale hominum, nisi dum esset opus in societale guerne.
2. Affirmantque ambo similiter et ceteri præcedentes, qui sæpè frequentabant ipsam Johannam, dum esset Aurelianis, quod nunquam viderunt in eâ quidquam reprehensione dignum, sed in eâ perceperunt tantum humilitatem, simplicitatem, castitatem et devotionem ad Deuin et Ecclesiam. Dicunt denique quod erat magna consolatio conversari cum ipsà.
3. Aignan Viole et Pierre Millet ont déposé à Paris, en présence de Tarchevéque de Heims. F® lxxx, 123. 189; ainsi que Colette, femme Millet.
4. Quod videbatur omnibus irnpossibile, saltem rnultum difficile. .
LES BOURGEOIS D’ORLÉANS
les Anglais se rangèrent en ordre de bataille devant Orléans. A cette vue, plusieurs guerriers, la plupart, voulaient les combattre ; ils sortirent delà ville; Jeanne était parmi eux vêtue d’un jaseran, elle les ordonna, en leur défendant cependant d'attaquer les Anglais. C’était, disait-elle, le bon plaisir et la volonté du Seigneur, que s’ils voulaient se retirer, on leur permît de s’en aller, et dès lors les guerriers sont rentrés dans Orléans.
On disait alors qu’il n'était pas possible de se montrer plus expert que Jeanne dans la disposition d’une armée; un capitaine blanchi et formé au métier de la guerre n’eût pas su se montrer si habile, ce qui jetait tes caplaines dans un merveilleux étonnement*.
Pourriez-vous nous parler de sa piété -? — Elle se confessait fréquemment, communiait très souvent; dans tous ses actes et toute sa conduite, c’était l’honnêteté môme. Dans tout le reste, en dehors de ce qui regardait la guerre, elle était d’une simplicité qui étonnait. Aussi, quand je considère ce qui se passa et ce qui suivit, je suis .persuadé qu’elle était conduite par l’esprit de Dieu, et qu’il y avait en elle une vertu non humaine, mais divine. Je ne sais pas autre chose.
24. Pierre Millet, clerc ou greffier des élus de Paris, soixante-douze ans, a été produit comme témoin, admis, a été examiné par nous après serment prêté, le 11 mai, en présence du sous-inquisiteur et du greffier susdit. Aux questions posées, il a répondu ainsi qu’il suit:
Je n’eus connaissance de Jeanne la Pucelle que durant le siège d’Orléans, où j’étais enfermé avec les autres habitants. Elle y vint durant ce temps, et fut logée dans la maison de Jacques Boucher. Justice, sainteté, sobriété, parfaite honnêteté, c’est ce que l’on voyait en elle. Elle entendait chaque jour la messe avec la plus grande dévotion, et recevait très souvent le sacrement de l’Eucharistie ^
Peu de temps après son arrivée, elle envoya des messagers aux Anglais ; elle leur faisait une sommation par écrit. C’était un billet composé en termes bien simples, que j’ai lu, moi qui vous parle. Le fond était qu’elle leur notifiait la volonté de Dieu, leur disant dans sa langue maternelle : « Messire vous mande que vous en alliez en votre pays ; car c'est son plai-
1. Tune dicebatur quod ipsa eral ità expers in ordinalione armatorum ad hélium quantum poterat; imù capitaneus nutritus et eruditus in bello ità expertè nescivisset facere; undè capitanei erant mirabiliter admirati.
2. Dixit ulteriùs super hoc inlerrogatus quod ipsa fréquenter confitebatur, sæpissimè recipiebat sacramentum Eucharistiæ, et in omni gestu et conversatione se portabat honestissimè, et in aliis extra factum guerræ erat ità simplex quod mirum erat. Et ob hoc crédit, attentis eis quæ facta et subsecuta sunt, quod ipsa Dei spirilu ducebalur, et quod in eà erat virtus divina, non humana.
3. In quâ domo juste, sanctè et sobriè et cum maximà honestate frequentabat, missam quotidiè devotissimè audiebat, recipiebat siepissimè sacramentum Eucharisliæ.
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sir y ou sinon je ferai un tel hahay,.. (Lacune dans tous les manuscrits). »
Quant à la prise de la bastille Saint-Loup, elle dormait dans la maison de son hôte, lorsque, s’éveillant soudainement, elle dit que ses gens avaient à faire, se fit armer et sortit de la ville. Elle fit proclamer que nul ne se permît de prendre quoi que ce soit dans l’église.
Quant à la bastille du pont, je m'en rapporte à ce qu'a dit ma femme*. Elle reprenait ceux qu’elle savait en faute, principalement les hommes d’armes, ceux qui blasphémaient, juraient, ou disaient quelques paroles injurieuses à Dieu. Elle chassait les femmes qui se glissaient dans l’armée, et leur faisait force menaces pour les en faire retirer.
Je crois fermement que ses œuvres et ses faits étaient le fait de la divinité plus que de l’humaine nature. J’ai entendu le seigneur de Gaucourt et les autres capitaines proclamer qu’elle excellait dans le métier des armes ; tous admiraient l’habileté dont elle faisait preuve *. Je ne sais pas autre chose.
Il ne semble pas que la bourgeoisie d’Orléans pût être mieux représentée que par les vingt-quatre témoins que l’on vient d’entendre. Et comme on vient de le voir, la sainteté de l’envoyée du Ciel était à leurs yeux aussi manifeste que la divinité de la mission. Ils constatent aussi la supériorité de la Libératrice dans l'art militaire en môme temps que sa simplicité en tout le reste. Les chroniqueurs n’ont pas parlé autrement, et nous entendrons bien d’autres témoins signaler pareil contraste. Les dignitaires ecclésiastiques qui furent entendus après Jean Beauhamais s’approprient les dépositions des bourgeois en ajoutant quelques détails. Ils comparurent à Orléans.