‹ La vue (volume 2)Chapitre 10 sur 23 · SSP TR RC LAN ON TE CES · texte numérisé non relu

SSP TR RC LAN ON TE CES

Se tient, respectueux, patient, bedonnant, Un gros maître d’hôtel au physique étonnant; Devant, on voit passer le bout de sa serviette Chiffonnée et pourtant encore blanche et nette, Qu'il serre par un geste instinctif sous son bras; Il paraît enchanté d’être imposant et gras, Ne pouvant pas trouver l’embonpoint ridicule; Il estime son ventre et ne le dissimule | En aucune façon; il a bien plutôt l’air

Dele porter avec orgueil, d’en être fier; Dans sa position immobile, il se cale Sur ses deux pieds et, sans modestie, il étale Ce ventre bienheureux qu’il rend même plus gros En unissant ses deux mains derrière son dos; La gloire d’un aspect tel l’enivre, le grise; Il goûte fortement son bonheur et méprise Les gringalets au ventre hypothétique et plat; Il est reconnaissant envers le ciel, béat; Sa satisfaction est absolue et pleine;

On l’envierait à bon droit.

Fe

Deux hommes de peine

“ Avec des tabliers longs sont postés en bas

Dhnré de l’omnibus, à trois ou quatre pas;

Tous deux attendent au on commence à leur descendre 4 Û Les malles, les paquets et les sacs pour les prendre; 208 | Car le cocher n’est plus sur son siège; debout

F Sur l’omnibus il est seul et dépasse tout;

E:, ni débute au hasard, sans idée, et se baisse

. Vers les deux angles blancs et pareils d’une caisse

| Close hermétiquement, qu’il faudra déclouer

A Et non ouvrir; il va d’abord la secouer

Dans tous les sens pour la décoller de sa place,

Puis la donner aux deux hommes postés de face

Pour mieux la recevoir dans leurs mains; le cocher Semble grand, bien qu’il soit en train de se pencher; - Il est fort et musclé; son chapeau haut de forme

Est solidement fait, large, excessif, énorme; |

Sa livrée a beaucoup d’étoffe, de longueur;

Elle peut convenir quand même, à la rigueur,

Quand il est debout; mais sa forme qui dessine : La taille et couvre trop les jambes la destine

A la position raide, assise; il lui faut,

Pour aller bien, un siège inabordable et haut. Le cocher est un gros père calme et bonasse; Sa figure placide, inoffensive et grasse, Lui donne une apparence étrange de poupard; Il raconte toujours la vérité sans fard;

Sa franchise le rend en même temps crédule; On lui dirait: « Il fait nuit » lorsque la pendule Marque midi précis, il répondrait : « Vraiment! » Car il ne peut jamais supposer que l’on ment, Que l’on déguise sa pensée ou que l’on trompe; Il n’a jamais voulu croire que l’on corrompe

En certain cas les gens par des sommes d’argent; Il est si pur qu’il en est inintelligent;

Il serait pleinement capable d’être dupe

D'un enfant de trois ou quatre ans, encore en jupe; On ne peut présumer l’exacte profondeur

De sa naïveté crasse, de sa candeur;

ai dans le dernier qui lui parle est Éiver

nl. i À

Onen 1 profite pour lui jouer tous les jours * le fâcher les plus ss tours; | | me il prend tout ce au on dit au pied de la lettre,

On peut, sans se diner grand mal, lui faire admettre pe contes les plus fous, les plus extravagants; + On lui débite des histoires de brigands

Qui vous envoient d’un coup au cœur dans l’autre monde, | J t dont la vue, au coin d’un sentier, vous inonde A. Ë De. sueur froide; dans sa confiance il croit

È DEerees que chacun sait par son petit doigt; Il ne connaît pas la malice; il exabère

La bonne qualité d’être ouvert et sincère;

Les paroles pour lui ne sont pas des rébus

Au sens caché qu’il faut déchiffrer.

L’omnibus, ; ; 1 , , > L Quoique très dégagé, n’est pas encore vide;

Une femme hésitante, inquiète, timide,

Avance sa jambe au dehors pour la poser

Sur le marchepied large; elle paraît n’oser

Que difficilement se montrer; il lui coûte D’affronter le plein air, les yeux; elle redoute L'approche de la foule et son encombrement;

En public elle assiste au brusque effondrement De sa force, de ses facultés les meilleures;

Elle reste parfois chez elle plusieurs heures Avant de s’apprèter et de prendre un parti;

Son corps pusillanime est à moitié sorti;

Elle a peur d’avancer sa figure craintive

Et fait secrètement l'inspection furtive

Des gens; elle a tendance à voir de toutes parts. Des bouches devisant contre elle, des regards

La détaillant; l’idée intime qu’on l’observe

La hante du matin jusqu’au soir et l’énerve; Toujours elle soupçonne et veut se méfier, Pensant qu’on passe dans le but de l’épier; ) Elle croit qu’on la montre au doigt ou qu’on la nomme. .

Devant le marchepied, lui faisant face, un homme

. petit, court, pour qu’on le remarque;

as bouillant, “ae quand il ts

Rice Patee doivent être RANTE sans Te

LT

1 Sans examen; il a le cou dans les épaules

n est her lui le seul, l’indiscutable maître,

Et ne perd jamais une occasion de l’être;

5 NI professe que la bonne cohésion

| ‘4 D'un groupement dépend de l’humble adhésion

| Et de l’obéissance exacte, immédiate

4 4 tous aux ordres brefs, précis, d’un autocrate; de x Il dit qu’on n’obtient rien de bon par la douceur. | Ilse tient entre deux gros enfants, frère et sœur; A sa gauche, distraite, absente, la fillette

Regarde en l'air avec suite; elle s’inquiète

Des bagages divers, multiples, s’entassant

Sur l’omnibus; elle est fixe, s'intéressant Au brave cocher dont les manœuvres futures Seront sans doute très routinières et sûres,

Car il agit toujours de la même façon.

Seul, de l’autre côté du père, le garçon

Reste à deux ou trois pas; il a les jambes nues; Toutes ces choses qu’il n’a pas encore vues L’étonnent alentour; du regard il parcourt Lentement tout ce qui l'environne; il est lourd, Solidement construit, gras; il tient de son père Et ne grandira guère; il possède une paire

De mollets dont la courbe imposante ressort; Il est, sans le vouloir, brutal, dangereux, fort;

Ses camarades le craignent dans les disputes

Qui s’échauffent et qui dégénèrent en luttes; Ils redoutent ses coups de pied, ses coups de poing “4 Qui peuvent faire grand mal, car son embonpoint N'est pas flasque ou malsain; au contraire, il résiste,

Inattaquable, dur, insensible, et consiste

SE

De voir des pièges quand d’autres n’observent rien, L \pparaît | patiente et tranquille une tête;

| est une femme grande et maigre qui s’arrète Sans se permettre la moindre hâte, attendant | Que le passage se dégage, en regardant

L. Par les vitres au loin; c’est une subalterne, nor inconnue à la personnalité terne;

| On apprend son prénom seul; sa condition

4 | La condamne : à la plus humble soumission;

F me se plie à tout sans révolte et sans rage,

Quel que soit l'ordre qu'on donne.

De l’hôtel court un long et somptueux balcon; Des gens trouvent qu’il y fait agréable et bon, Car ils y restent; toute une famille unie,

Où ne s’immiscent ni trouble ni zizanie,

Est très étroitement groupée et prend le frais: Ses membres sont nombreux et se tiennent de près Ils ont tous une vague et même ressemblance Qui prouve leurs liens et le peu de distance Les séparant en fait de proche parenté;

Ils respirent le calme intime et la santé;

Ils ont cette parfaite et régulière joie

De ceux que le sort ne blesse ni ne rudoie.

Semblant l’âme du groupe et trônant au milieu, Une femme est assise; elle sourit un peu,

Se trouvant, sans raison bien définie, heureuse;

Aucune ride trop précoce ne se creuse Dans l’ensemble de son visage demeuré Irréprochable pour n'avoir jamais pleuré;

Ses jours se sont passés paisibles, sans orages,

Sans crises, sans à-coups et sans terribles pages;

Elle n’a pas connu les longs déchirements,

Les deuils réitérés ni les revirements

De Îa fortune; sans angoisse elle se fie

A son étoile. Son bras gracieux s’appuie

Avec enlacement sur un enfant frisé

Au caractère gai, vif, au regard rusé,

A la mine mobile, éveillée, espiègle ;

Il aime rire et n’est pas fréquemment en règle Pour ses devoirs, pour ses pensums et ses leçons ; Il adore les jeux, les tours de polissons;

Il est assourdissant, incorrigible, diable,

D'une nature trop prompte, peu maniable;

Au travail il est mou, manque de bon vouloir, Cherche des faux-fuyants, paresse comme un loir,

Se refuse à trouver de l'intérêt; l’étude

Lui semble uniquement rébarbative et rude; Mais sitôt qu’il s’agit de prouesses, d’ébats, :

De bonds, il se met dans d’indicibles états,

Devient le plus ardent de tous. Il a deux frères | Plus grands que lui, qui se disent de grands mystères Et qui, debout à sa gauche, parlent tout bas: L’aîné, délicat, mince, avec des cheveux ras, Réclame du silence et veut que l’autre écoute Religieusement quelques mots qu’il ajoute

À sa tirade dont il prolonge la fin;

Il est précocement intelligent et fin;

Il sait traduire avec surabondance et verve

Les mille événements ou défauts qu’il observe; Il semble heureusement doué, spirituel,

Mais sans vengeance, sans jamais un mot cruel Dit par derrière; c’est à peine s’il débute

Dans la vie, et déjà, non sans profit, il scrute Les tendances, le moi de chaque individu, Qu'il retrace sans qu’un détail en soit perdu,

Sans qu'il omette ou passe une seule nuance;

F este plantée avec assurance, debout,

| Les bras inertes et droits, derrière la chaise 4 De la femme qui, bien que sa bouche se taise . Laisse s'épanouir tant de félicité

Sur son visage; la plus grande qualité

De la fillette est sa radicale franchise;

A la sensation passagère, à l'effet, Dans les mots qu’elle dit, les gestes qu’elle fait;

Elle n’est et jamais ne sera cachottière;

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