‹ La vue (volume 2)Chapitre 17 sur 23 · MERS · texte numérisé non relu

MERS

, par le bon temps qui court est trop mince,

icule pour rendre amoureux un prince;

e chez les moins éclaboussants bourgeois

Sous le dessin la date

S épanouit complète; elle me fait songer; | Le millésime écrit me force à prolonger … | À : Ma rêverie; enfin, d’un coup d’œil, j'examine 4 Me a très chère écriture aisée et féminine; | Puis, tout bas, je relis pour la centième fois, , es ssayant d'évoquer, à chaque mot, la voix. + ni

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RER on +

Occupant une place en angle, un couple jeune

LC huchote avec finesse et gaieté; l’entretien,

L ein de sous- -entendus, de rires, marche bien.

Seul, appuyant ses bras noblement sur sa table,

‘1e “Un homme, dont la barbe est blanche et respectable,

'éternise dans la lecture d’un journal.

Un grand américain fadasse se tient mal Nr

Et se renverse sur sa chaise qu’il balance.

Un vieux ménage bien calme mange en silence.

Impatient, j'attends un plat long à venir

Et que j'ai réclamé déjà sans l’obtenir.

Sur ma nappe est posée une haute bouteille | D’eau minérale en vogue; on la vante, on conseille 5. Son usage abondant et surtout incessant

Sur un large papier d’un rose caressant Entourant fixement la bouteille à sa base;

Un dessin y figure où du monde s’écrase

Aux abords d’une source; une donneuse d’eau En tablier, ayant en guise de chapeau

Un nœud de ruban dans les cheveux, sert la foule; Elle tient par le fond un grand verre qui coule,

Tant il est plein de l’eau divine qui guérit.

: La femme, en présentant le liquide, sourit, $ | Mettant une fossette à ses pommettes grasses.

2 Elle est habituée à faire force grâces,

& Souhaitant avec des manières le bonjour

| # A tous les buveurs qu’elle abreuve tour à tour.

| Elle ressasse deux ou trois phrases banales

Qui s'appliquent à tous les cas, très générales, À Et qu’elle ne tient pas à varier beaucoup,

Sur la grosse chaleur ou sur le froid de loup.

Dee Un homme tend la main pour atteindre le verre;

Fe C’est un butor, un gros ignorant terre-à-terre. Il ne pense qu’à son ventre, qu’à ses repas

Engloutis ou futurs; il ne s’enflamme pas

4 Pour le théâtre, pour la prose ou la musique.

fe Il attache de prix qu’au bien-être physique,

Qu’à l'appétit comblé; la grosse question

Pour lui, c’est le manger et la digestion :

- L'univers passe après. Contre lui se tient coite

Une jeune personne indéchiffrable et droite.

Elle baisse les yeux froidement; elle sort

Du couvent, n’a jamais rien entendu de fort Et garde une réserve assidue et farouche.

Elle rougit pour un mot, n’ouvre pas la bouche,

Ne tourne pas la tête, endigue son maintien, Ne répond que par oui, par non, ne touche à riens a

Elle possède sa grammaire et son histoire.

Des gens, en attendant leur tour avant de boire, Forment des groupes. Deux ménages s’abordant Comptent patienter mieux tout en bavardant.

Un des maris est vieux mais cambré; sa moustache Retombe fortement sur sa bouche et la cache;

Il la tripote; c’est un brave général Entiché de ses longs exploits, peu cérébral, Piétinant dans un cercle étroit; il ne discerne

Pas grand’chose en dehors des faits de la caserne. Il a, même en civil, un parler sec et bref, Conservant ses façons tranchantes de grand chef. Il adore qu’on le traite de dur-à-cuire.

D’après lui le duel est fait pour se détruire;

ei = D magichonne et ue fluette,

le [ui conte, avec un luxe approfondi

ee tails sur l'emploi de ses après-midi,

Profitant de ce qu’il s’y prête à l’ Mara

L'autre me est plus sincèrement uni, Poe

SG

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Ne re jamais sur rien ; il est l’esclave 3 Des Li reçus, de la tradition,

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Il est étroit d’esprit et de cœur, encroûté.

Hypnotisé par sa crainte, il est dérouté

Par une vérité neuve, même criante.

Une invention qui prend le désoriente.

Dans son entêtement fixe de routinier,

Il se cramponne à toute erreur, est le dernier À conserver intacte une vieille habitude

Qui pour chacun est en pleine désuétude.

Il boude à son premier lancement tout progrès Et ne l’adopte avec soin que longtemps après. Sa femme a des bandeaux plats; sa mise dénote Un esprit timoré, rigide, de dévote;

Elle tremble en songeant au fritôt éternel

De l'enfer et voudrait monter tout droit au ciel Sans quarantaine, sans stage préparatoire | Au milieu des tourments vexants du purgatoire. Elle se cherche noise en tout; son confesseur À fort à faire avec elle; il est possesseur

De ses secrets les plus privés, les plus intimes.

Elle prend des péchés usuels pour des crimes,

HS mais se voûtant beaucoup, un pauvre hère

E « pensi dans [a it côté de sa mère

| La redingote du fils, use rapée,

“Le as avec science, PR

4 Il En pour un prix grotesque, dérisoire,

| Quelques rares leçons; dans la misère noire

Au milieu de laquelle il lutte et se débat,

oi Ha pas un moment bon, délassant, béat.

| Wu passe force nuits blanches, voit le jour poindre nie. Sans avoir découvert le vrai moyen de joindre Les deux bouts ; il est si fortement endetté

ee Qu'il ne sait pas ce qu’il doit avec netteté.

Parfois découragé, défait, il se dit : « Bastel!

Advienne que pourra, bonsoir! » Forcément chaste Il voit, les bras croisés, sa jeunesse s’enfuir A tire d’aile, sans espoir de la cueillir. | Quand il rencontre dans l’ombre un couple nocturne, | Il soupire, devient renfermé, taciturne, Et même, s’il est seul, étouffe des sanglots

Qui lui montent à la gorge, déchirants, gros; Il contient ses désirs, tâche de les éteindre. Sa mère résignée, acceptant tout sans geindre, Prend mille peines pour apporter son écot Dans le maigre budget; elle fait du tricot, S’occupe seule du ménage, raccommode, | Recherche les achats au meilleur compte, brode. Elle ragaillardit son fils, lui rend l'espoir,

Quand il s’acharne trop à triturer du noir;

Elle souffre de ses longs tourments, elle l’aime, Voudrait sa joie. Ils sont tous deux du pays même | à Et contrastent avec l’élément étranger; | Ils supposent toujours que leur sort va changer,

Attendent, au milieu de leurs tracas, l’aurore

t célèbre par les cotillons qu’il conduit,

; | Lies sur le mouvement, le suit

Voulant conduire à tout prix ses filles au bal; Elle leur dicte leurs rôles, se décarcasse, | Trouve, quand il le faut, spirituel, cocasse, NN Le candidat le plus gauche, le plus serin;

Elle, ordinairement revêche comme un crin,

Découvre toutes ses dents, cajole, embobine,

Se sert de l’infaillible amour-propre, combine | De longs rapprochements qui tous sont les produit De ses manœuvres, bien que paraissant fortuits. Elle excelle à courir à la fois plus d’un lièvre

Et ménage tantôt le chou, tantôt la chèvre. | Chaque fois que ses plans avortent, sont déçus, Son caractère éclate et reprend le dessus;

Elle serre les poings, peste. Sa fille aînée

Ne respire qu'avec contrainte; elle est gênée Dans son corset, voulant au moins dissimuler Où même, si c’est en son pouvoir, annuler |

Un embonpoint qui la désole; l’épouvante

De la graisse la suit dans son sommeil, la hante.

Elle surveille son tour de taille de près,

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