‹ Labrador et Anticosti [microforme]Chapitre 1 sur 103 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Il y eut un temps, qui n’est pas encore bien éloigné,

“où un Canadien ne pouvait sortir de son village pour voir un peu de pays, sans être saisi d’étonnement à l'aspect des choses admirables qu’il rencontrait à chaque pas, tellement que, dès son retour, son premier soin était é : d’en communiquer la nouvelle à ses compatriotes. à À ces expansifs promeneurs, notre littérature nationale Ï est redevable de toute une bibliothèque de récits de voyage,

dont plus d’un lui fait honneur.

Je confesse sans détour que j'ai commis le même crime, si c'en est un, que les voyageurs à qui je viens de faire allusion. Et j’ai pensé, moi aussi, que j'avais l’impérieux devoir de raconter à notre public tout ce que j'ai vu d’étonnant dans un voyage qu’il m’a été donné de faire.

Ce n’est pas que j'aie été jusqu'aux extrémités de l'univers.

Je n'ai pas visité les Indes, le meilleur endroit du monde ?

| pour lier connaissance avec tigres et panthères ; ni l’Aus-

tralie, que les lapins, comme on sait, achèvent de dévorer ;

ni même l’Europe, où l’on n’avoue pas sans confusion, aujourd’hui, qu’on n’a jamais voyagé. Je ne suis pas sorti Ne | des limites de la province de Québec ! C’est tout simple- ‘ « ment la côte nord du bas Saint-Laurent que j’ai parcourue ; he

| et ce que j’y ai vu m’a semblé si nouveau, qu’il m’a paru

viii AVANT-PROPOS

que ce pays doit être totalement ignoré de presque tous les Canadiens.

Pourtant, je croyais en connaître quelque chose. Hôte fréquent du palais épiscopal d’où l’on dirige l’administra-

tion spirituelle’ de cet immense pays du Labrador, rencon-

trant chaque année presque tous les missionnaires — mes anciens élèves — de cette vaste région, et causant longue-

ment avec chacun d’eux, il me paraissait que j'avais au moins quelque idée des gens et des choses de là-bas.

Or, en 1895, sous prétexte qu'un voyage à l’eau salée, comme on dit, m'était quasi nécessaire, Mgr l’évêque de Chicoutimi voulut bien m'inviter à l'accompagner dans la première visite pastorale que Sa Grandeur faisait dans cette partie de son diocèse.

Eh bien, dès les premiers pas que nous fîmes sur cette côte du Labrador, tout me fut sujet à surprise : aspect de cette contrée, caractère, langage et mœurs de la population qui l’habite, importance et procédés de l’industrie de la grande pêche que lon y exerce.— En un mot, pour employer une expression usitée parmi nous avec quelque malice, je découvrais le Labrador !

Je me dis alors : voilà une partie très considérable de la province de Québec dont l’on ne sait à peu près rien ni à Québec, ni À Montréal, ni ailleurs. Qui a la moindre idée de l’intéressante population qui travaille, là-bas, à accroître les ressources du pays, et qui se prépare, sans en souffler mot, à fournir d’excellentes troupes de marine les bâtiments de guerre du Canada — quand il faudra en avoir ? Qui est au fait du genre de vie de ces pêcheurs canadiens et acadiens ? Qui sait — À part les gens de Terre-Neuve

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AVANT-PROPOS ix

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“étendue de côtes où les pêcheries sont d’une richesse pie À j Er presque inépuisable ? Qui n’ignore absolument que, sur

» ces rivages septentrionaux du golfe, agonisent les derniers

restes d’un peuple sauvage jadis puissant, qui fut constam-

“ment le fidèle allié de nos ancêtres les Français, dont nous

avons payé la dette de reconnaissance en convertissant à la à

raie foi tous ces descendants des guerriers d'autrefois ?

Et ce n’est pas la faute des Canadiens s'ils ne sont pas ‘ . , e

plus renseignés sur ce grand pays du Labrador. Que trouve-t-on, en effet, dans nos bibliothèques au sujet de ce territoire ? Depuis quarante ans, on relit le court récit du voyage de l'abbé Ferland au golfe Saint-Laurent, récit où il n’est question que du Labrador de l’est, qui ne comptait

"0 pas alors le tiers des hameaux que l’on y voit aujourd’hui.

7 Depuis vingt ans, Faucher de Saint-Maurice nous parlait

de ses promenades dans le bas du fleuve ; mais ce conteur agréable, occupant assez peu du Labrador d’aujourd’hui, | se bornait presque à puiser dans les annales du passé et à rappeler le souvenir des expéditions navales et des naufrages célèbres des siècles précédénts. Il y avait encore quelques rapports de peu d’étendne, comme ceux de MM.

re idée de Re J.-U. Gregory et D.-N. Saint-Cyr, qui ne traitaient que d’un accroître L petit nombre des localités du Labrador.

n souffler L C’était là toute la littérature labradorienne.

les bâti- à D’autres territoires, importants et peu connus, de la en avoir ? M province de Québec,avaient cependant trouvé leur historien,

canadiens

rre-Neuve

leur panégyriste, leur peintre. 11 est bien interdit, n’est-ce pas ? d'ignorer désormais l’histoire et les ressources du

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