‹ Labrador et Anticosti [microforme]Chapitre 72 sur 103 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

Coup d’œil sur l'avenir

La Côte Nord ne sera jamais un pays agricole. — Témoignage du R,. P. Arnaud.— L'élevage des animaux n’est guère praticable.— Culture des légumes.—Les grandes Compagnies qui exploitent les pêcheries.—Il est difficile aux pêcheurs d'acquérir de la fortune. —Les petits ‘‘ négoces.”— Quand le chemin de fer du Labrador existera...—Marine marchande et marine de guerre.— (esta Dei per Francos.

Par ce qu'on a lu précédemment sur les diverses colonies établies le long de la côte du golfe, on sait déjà dans une bonne mesure ce qu’il faut penser du Labrador comme pays agricole. Cependant il n’est pas hors de propos de présenter ici, en résumé, quelques considérations générales sur ce sujet.

Ordinairement, un pays est exclusivement ou agricole ou industriel. Quand une région est à la fois l’un et l’autre, il semble que rien ne lui manque pour qu’elle atteigne un haut degré de prospérité.

Une situation si favorable se réalise dans la Gaspésie. Les pêcheries qu'il y a là sont très riches ; le climat y est avantaceux, et l’on vante à bon droit la fertilité de cette terre, Jusqu'à présent, la population gaspésienne s’est livrée principalement à l’industrie de la pêche, Mais un jour viendra, et prochainement suivant les probabilités, où l’on donnera beau- “oup d'attention à ce sol plein de promesses ; et alors ce n' voire sera l’un des plus riches joyaux de la province de Québec.

Il n’y a pas malheureusement des perspectives aussi belles pour le Labrador ; quoi que l’on fasse pour soulever le voile de

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l'avenir, et avec quelque succès que l’on puisse distinguer ce qu'il y a dans ses obscurs replis, on ne peut prévoir de ce pays qu'il sera jamais un pays agricole, en même temps qu'industriel, si ce n’est peut-être dans sa partie extrême, du côté de l’ouest,

Il y a, de Tadoussac à la Pointe-de-Monts, une lisière de terrain cultivable, large d’une dizaine de milles, située entre les montagnes et le fleuve, Le sol est encore très propre à la culture dans les vallées des rivières Manicouagan, Godbout Trinité et Pentecôte’, Et l’on a écrit que jusqu’à la rivière à la Truite, un peu à l’est de Moisie, il est possible de faire de la colonisation, S'il n’y avait à considérer en cette affaire que la qualité du sol, cette assertion pourrait être prise au sérieux, Mais, sans contredit, la question du climat est d'aussi grande importance, pour l’agriculture, que la composition des terrains. #& l’on a vu, par ce que j'en ai dit en traitant des endroits situés depuis Godbout jusqu’à Moisie, d’abord que le sol n’y est pas beaucoup riche, et ensuite que le climat n’y est pas favorable à la culture des céréales, Même l’avoine n’y arrivera à maturité ni partout, ni tous les ans.

Betsiami. est situé à 150 milles en decà de la rivière à la Truite, et à 100 milles plus au sud. Eh "ien, qu’on lise & que m'écrivait le R, P. Arnaud, le 7 décembre 1896, sur Betsiamis et le reste de la Côte, comme pays agricole. Quand on achève, ainsi que ce vieux missionnaire, son demi-siècle de séjour en cette région, on peut en parler avec connaissance de cause, Et que l’on n'oublie pas que Betsiamis est le point le plus à l’ouest et le plus au sud de ce qu’on appelle communément la Côte Nord,

“ Nos sauvages, dit le P, Arnaud, occupent un pays impropre à la culture, pays froid, humide, montagneux (c’est de là que nos sauvages tirent leur nom). La belle saison est très courte ; nous n'avons pour ainsi dire pas de printemps. A N.-D. de Betshiamits, comme partout plus bas sur la côte, les arbres ne

1— Étude intitulée Le Nord (publiée dans l’ Électeur, de Québec, août 1881),

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