ÉTAT DE L'ÉGLISE QUAND PARUT OZANAM
Quand Ozanam entra dans le monde, plein d'ardeur et de foi, il y rencontra une question temporelle à côté de la question éternelle. S'il fut né deux cents ans plus tôt, il eut eu à choisir d'être pour la Ligue ou pour le Roi ; de suivre le mouvement populaire qui repoussait un prince hérétique, ou de s'unir à la presque totalité des évêques de France, qui demeurait fidèle à l'hérédité du sang. Venu plus tard, il lui fallait choisir aussi. Une révolution avait changé le monde, et changé dans le monde la situation de l'Église. Dépouillée de ses biens, bannie des affaires publiques, privée du bras humain pour soutenir ses dogmes et ses lois, l'Église se voyait encore refuser des libertés de l'âme et de l'intelligence, tandis que le monde, en la répudiant et en l'opprimant, proclamait pour lui le règne de la liberté la plus étendue dans l'égalité la plus parfaite. C'était là le crime du temps où vivait Ozanam. Son enfance avait grandi sous le poids de cette sanglante contradiction, et il arrivait à l'âge d'homme, à l'âge de la parole et de l'épée, en ayant devant lui la perversité d'un mensonge public et persévérant contre Dieu. Il n'y avait pas de chrétiens qui ne le ressentissent, d'autant plus à plaindre tous, que la gloire des catacombes ne les relevait pas de la servitude, et qu'un ordre apparent régulier, couvrait d'un linceul blanchi cette effroyable subversion.
Mais si l'on était d'accord sur le mal, on ne l'était pas sur le remède.