‹ LacordaireChapitre 25 sur 48 · PORTRAIT DE SAINT DOMINIQUE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE SAINT DOMINIQUE

Voici le portrait qu'en a tracé Guillaume de Pierre, abbé d'un monastère de Saint-Paul, en Prance, l'un de ceux qui l'avaient particulièrement connu pendant les douze années de son apostolat en Languedoc, et qui fut entendu comme témoin, à Toulouse, dans le procès de sa canonisation. « Le bienheureux Dominique avait une soif ardente du salut des âmes et un zèle sans bornes à leur égard. D était si fervent prédicateur, que. le jour, la nuit, dans les églises, dans les maisons, aux champs, sur les routes, il ne cessait d'annoncer la parole de Dieu, recommandant à ses frères d'agir de même et de ne jamais parler que de Dieu. Il fut l'adversaire des hérétiques, auxquels il s'opposait par la prédication et la controverse et en toutes les choses qu'il pouvait. Il aima la pauvreté, jusqu'à renoncer aux possessions, fermes, châteaux et revenus, dont son ordre avait été enrichi en plusieurs lieux. Il était d'une frugalité si austère, qu'il ne mangeait qu'un pain et un potage, sauf en de rares occasions, par égard pour les frères et les personnes qui étaient à table ; car il voulait que les autres eussent tout en abondance, selon qu'il était possible. Je n'ai pas vu d'homme aussi jiumble, qui méprisât davantage la gloire du monde et tout ce qui s'y rapporte. Il recevait les injures, les malédictions, . les opprobres avec patience et joie, comme des dons d'un grand prix. Les persécutions ne le troublaient point ; il marchait souvent au milieu des dangers avec une sécurité intrépide, et la peur ne le détourna pas une seule fois de sa route. Bien mieux, quand il était pris de sommeil, il s'étendait le long" du chemin, ou proche du chemin et donnait. Il surpassait en religion tous ceux que j'ai connus. Il se méprisait grandement, et se comptait pour rien. Il consolait avec une bonté tendre les frères malades, supportant d'une manière admirable leurs infirmités. Savait-il quelqu'un d'entre eux pressé par le poids des tribulations, il l'exhortait à la patience et l'encourageait de son mieux. Il aimait la règle, et reprenait paternellement ceux qui étaient en faute. Il était généreux, hospitalier, donnait volontiers aux pauvres tout ce qu'il avait. Je n'ai pas ouï dire ou su qu'il eût un autre lit que l'Église, quand il trouvait une église à sa portée ; si l'église lui manquait il se couchait sur un banc ou par terre. Je ne l'ai jamais vu qu'avec une tunique, et encore toute rapiécée. Il portait des habits plus vils que ceux des autres frères.

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