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IX. — GROUPE DES CARBURES MITO-INHIBITEURS

Nous ne tenons pas à entrer dans des détails de technique au sujet de ce groupe de corps, dont l’action, étudiée généralement chez les Végétaux, n’a encore fait l’objet que d’applications très peu importantes au règne animal. Il nous semble cependant indispensable d’en connaître le mode d’action, d’abord en vue de recherches ultérieures, ensuite en raison des clartés qu’ils apportent sur le mécanisme des troubles obtenus. De l’étude faite par Dusrix de corps cycliques, tels que le benzol, on est arrivé à une longue liste de substances, extraites ou synthétiques, dont le mode d’action a été analysé en se basant sur des analogies de formule chimique. Leur gamme est très variée et leur nombre s’accroît chaque jour.

À) Bexzoz (Dusrix)

C’est une notion déjà ancienne que l’action énergique du benzol sur les organes hématopoïétiques; son utilisation dans certaines maladies du sang (leucémie) est bien connue; il provoque, comme d’ailleurs la colchicine, une leucopénie suivie de leucocytose. Son action, considérée comme différente à doses faibles et à doses fortes, demanderait à être précisée. Déjà, SELLING, outre la leucopénie, l’atrophie de la moelle osseuse et l'action élective sur les cellules de la lignée myéloïde, notait la présence de quelques noyaux en caryorrhexis dans les organes lymphoïdes. Dusrin, tout en poursuivant son étude des effets toxiques sur les organes hématopoïétiques, avait constaté que le benzol se comporte comme

un caryoclasique énergique, avec prédominance d’action sur la moelle osseuse, mais efficace aussi sur les centres germinatifs lymphoïdes, la pulpe blanche de la rate, les plaques de Peyer, le cortex thymique. Son action sur la mitose reste un peu vague. L’auteur remarque en passant qu’il est moins actif à l’état pur qu’en solution huileuse (l’huile ralentit son élimination); il souligne le caractère différenciel de la sensibilité des éléments blancs (la leucopénie porte surtout sur les polynucléaires) et fait observer que l’arsénobenzol, au double titre d’arsenical et de benzol, doit être un agent caryoclasique et agit peut-être en thérapeutique par mise en liberté de radicaux benzoliques (hypothèse de FarzeY) ou d’arsenic (V&æTLIN).

De Laer a fait les mêmes observations que Dusrin.

Mais, dans tous ces travaux, il est question surtout de son effet sur les pycnoses, très peu des troubles de la mitose. On ne peut donc se prononcer d’une façon définitive sur l’intérêt qui s’y attache. Il n’en est pas de même des corps suivants.

B) ACÉNAPHTÈNE

Déjà, en 1936, Luprorp avait émis l’hypothèse que la grande activité de la colchicine était due à ce qu’elle possédait un noyau phénantrène, qui lui est commun par ailleurs avec les substances œstrogènes et carcinogènes. En 1938, ScHmMucx, partant de cette similitude de structure, s’est demandé si d’autres composés, possédant le même noyau, n’auraient pas une action analogue; il considérait que l’action des carcinogènes et de la colchicine était plus ou moins comparable, ce qui est encore incomplètement prouvé aujourd’hui. Il a étudié depuis

divers dérivés du naphtalène, et particulièrement l’acé-

naphtène, dont l'effet macroscopique sur la germination est analogue à celui de la colehicine. Son activité serait due, d’après l’auteur russe, à l’adjonction d’un cyele 5 à deux cycles 6. NavascxiN a décrit la formation de cloisonnements cellulaires aberrants et de divisions anormales sans fuseau; Kosrorr, l’inhibition du fuseau, qui entraîne la formation de noyaux monstrueux et polyploïdes, mais ne gêne pas le clivage des chromosomes. Contestée par Nese, qui n’a pu obtenir de résultat sur les poils staminaux de Tradescantia, cette 'découverte a été confirmée par P. et N. Gavaupax et J.-F. Du- RAND, en 1938. Ces auteurs on analysé l’inhibition du fuseau, ses conséquences : blocage à la métaphase, avec chromosomes déjà clivés (ceux-ci se trouvant dans une gangue de substance fusoriale amorphe correspondant à un fuseau sans fibrilles), évolution vers la polyploïdie.

C) NAPHTALÈNE (GaAvauDaAN et DURAND)

L'étude systématique des dérivés du noyau naphtalène aurait dû commencer par celle de ce dernier.

L’ingestion de naphtalène par des Lapins en gestation cause chez les petits une cataracte qui peut se transmettre héréditairement. Ce corps était donc connu comme lésant électivement certains tissus (cristallin et cornée du Lapin). Gavaupan et ses collaborateurs ont retrouvé pour lui des propriétés semblables à celles de l’acénaphtène, avec une toxicité plus grande que pour ce dernier corps et une activité en apparence moindre. Ils ont observé toutes les transitions entre les mitoses normales et les mitoses anormales, selon que l’altération du fuseau a été plus ou moins discrète : les eloisonnements obliques par modification de l’axe divisionnel,

LES AUTRES TOXIQUES DE LA DIVISION CELLULAIRE not

la pluripolarité, les ponts internucléaires, les noyaux irréguliers et découpés sont dus à une action plus ou moins ménagée. Rappelons qu’on les obtient aussi par l'effet du chloral et de la colchicine à doses faibles.

Dans des travaux ultérieurs, les auteurs ont pu voir que de faibles doses ou des expositions courtes et répétées aux vapeurs de naphtalène peuvent cependant induire la polyploïdie, comme le fait la colchicine.

D) DiPényze (Gavaupax et Duranp)

Son action, analogue à celle du naphtalène, est cependant beaucoup plus faible. Or, le diphényle, bien que comportant deux noyaux cycliques, n’a pas la même structure que le naphtalène. Donc les ressemblances de Structure chimique sont insuffisantes pour expliquer les analogies d’action.

Æ) ParapicHLoroBenzèNe (Simower et Guinocuer)

Ce corps, utilisé en Agriculture contre certaines maladies des arbres, pour tuer les parasites, a montré une action particulière. On sait, en pharmacodynamie, qu’il lèse la cellule hépatique et peut aussi provoquer la cataracte. Chez les Végétaux, il laisse évoluer normalement le mécanisme de la mitose, mais produit un désordre de la cytodiérèse et du cloisonnement, de telle sorte que la membrane ne se forme pas et qu’on obtient des cellules bi, tri, ou pluri-nucléées.

Les auteurs opposent deux types d’action:

a) Le type colchicinique (colchicine, acénaphtène, phényluréthane, «a monobromonaphtalène), qui est dû à une action sur le fuseau, d’où cinèses déformées, bloquées et accroissement du nombre de chromosomes, donc de la taille des noyaux.

b) Lie type paradichlorobenzénique (que donnent aussi le monochlorobenzène, les ortho, méta et para-dichlorobenzène, le monobromobenzène, les ortho et méta-chlorotoluène) qui est dû à une action sur le cloisonnement et la formation de la membrane, respectant le mécanisme de la mitose et aboutissant à des cellules plurinucléées.

Mais ce qui devient intéressant, c’est que GAVAUDAN et Duranp ont pu obtenir par une action plus massive et plus prolongée du paradichlorobenzène des caryocinèses anormales, soit pluripolaires, soit de type nettement colchicinique. Mieux encore, un même corps chimique peut produire l’un des deux types, sur un matériel et l’autre sur un matériel différent.

Nous donnons ci-dessous la liste des corps déjà étudiés, liste qui ne peut être que provisoire, en raison des nombreux travaux qui paraissent chaque jour sur cette

question:

Toluène ou méthylbenzène.

Phénol.

Phényluréthane (ester éthylique de l'acide carbanilique).

Phénylacétamide.

Citrate d’oxyéthylphénylacétamide.

Phényléthylm alonylurée.

Méthylphénylacétamide (0,5 %).

Ethylurétane (1 cgr. en vapeur).

Oxyéthylparaphénylacématide (sol.

aqueuse saturée).

Salicylate de phényle 0 gr. 01 à O0 gr. 1).

SIMONET et GUINOCHET

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