LETTRE AU P. FABER
temps pour me livrer à ma douleur. Ceux qui m'entourent, et dont je partage le travail, sont, pour la plupart, étrangers à cette autre phase de mon existence où la joie et Tangoisse ont été si étrangement confondues!... Je n'entends plus jamais maintenant parler de lui, et il y a des moments où il ne me semble plus être la même personne. Toute ma vie a été transformée. Le but spécial vers lequel tendent aujourd'hui toutes mes actions et toutes mes pensées est différent et nouveau ! Mais /à, là, au fond de mon cœur, demeurent ensevelis plus profondément que jamais mon amour et ma douleur, et aussi la détermination qui fut arrêtée dans mon esprit pendant les premiers jours d'angoisse, où vous, mon très bon et très cher P. Faber, fûtes mon asile et mon soutien ! Jamais je ne pourrai oublier ce que vous avez été pour moi pendant ces jours-là ! . . .
Aujourd'hui, je vois, avec une clarté singulière, combien en m'enlevant mon fils, la main de Dieu a été paternelle ! combien étaient redoutables les dangers qu'il eût rencontrés sur sa route. Quelles souffrances, plus affreuses que celles d'aujourd'hui, j'aurais moi-même connues si je l'avais vu trébucher, et peut-être tomber comme tant d'autres!... Oh! Dieu a été bien bon pour moi !... Priez-le pour moi! demandez que je puisse ne plus être, à mes propres yeux, un sépulcre blanchi,,. Demandez que je devienne moins indigne, que je ne le suis, des leçons et des exemples que je reçois constamment. Demandez pour moi à saint Philippe la grâce d'une parfaite pureté d'intention. Donnez-moi votre bénédiction, et croyez moi pour toujours,
Votre très reconnaissante et affectueusement dévouée,
Georgiana Fullertox *.