Lafontaine et Laurier [microforme]
L'histoire présente de singuliers rapprochements, et il y a, à diverses époques dans la vie d’une nation, des évènements et des hommes qui offrent une si notable ressemblance que l'on pourrait presque s'imaginer que la Providence, dans ses desseius insondables, s'est plu elle-même a démontrer cette anslogie, L'un des plus curieux rapprochements que nous fournit notre propre histoire, est, sans contredit, dans mon humble opinion, la carrière politique de Lafontaine et de Laurier. Les évènements auxquels ils ont tous les deux été mêlés, à cinquante années de distance, les opinions et les tendances politiques qu'ils ont proclamées, la tactique parlementsire qu'ils ont mise en pratique pour l'obtention ou la conservation des droits qui leur étaient chers, les réformes pour lesquelles ils ont voué leur carrière, les principes libéraux qu'ils ont professés et lés alliances politiques qu'ils ont favorisées, m'ont paru tellement dans le inême esprit, dans la même ligne de condn . «x de direction, que j'ai cru devoir en démontrer toute l'étendue et le parfaite ressemolance, en acceptant la bienveillante invitation de venir vous donner une conférence.
Parler de Lafontaine et de Laurier, c'est faire le portrait de deux grands patriotes, de deux hommes d'Etat distingués, de deux législateurs éclairés, de deux chefs illustres de parti, qui pendant un quart de siècle ont fait l'admiration de leurs concitoyens et ont eu l'entière adhésion de leurs compatriotes dans la politique par eux suivie, dans l'administration de la chose publique.
Comme tous les hommes instruits de son époque, Lafontaine est entré jeune dans le mouvement politique, Les questions brûlantes qui agitaient alors notre pays, devaient nécessairement passionner une âme généreuse et patriotique comme la sienne, Elu député, en 1830, à l’âge de vingttrois ans, pour le comté de Terrebonne, il se rallia carrément à la politique de Papineau. Il fut alors l'an de ses plus fer vents admirateurs, l'un de ses partisans dévoués et l’un de éeux qui poussa le grand tribun populaire dans la voie des révendications nationales. Avec Papineau, Bour. dag's, Morin, Panet, Girouard, Bédard, De Bleury, Vanfelson, Viger ete il refusa, à différentes sessions, de voter les subsides, tant que les griefs et, les abus dont on se plaignait, ne seraient pas redressés. Il endossa le programme politique contenu dans les fameuses quatre vingt douze résolutions, vota pour l'abolition du Conseil Législatif, ete, et telle était alors la confiance qu'il avait en Papineau, que ce fut lui qui, en 1835, appuya la proposition de Bédard de le nommer président de l’Assemblée Législative. M. Gvgy proposa Lafontaine lui-même en opposition à Papineau afin d’essnyer de diviser le parti des patriotes. Lafontaine déclara, sans hésitation, que s’il était élu, il résignerait plutôt son siège, Papineau et Lafontaine étaient à cette époque, parfaitement d'accord, comme ou le voit, sur les questions publiques.
Pour bien juge: sur quel terrain se faisaient alors les luttes politiques, quelles étaient les aspirations de nos hommes publics, et les raisous de leur opposition constante, je ne dirai pas au gouvernement, car virtuellement il n'existait pas, dans le sens du mot que nons l'employons aujourd'hui, mais au gouverneur qui représentait et mettait à exécution les instructions qu'il recevait de Downing Sreet, il faut nécessairemer 8# demander ce dont se plaignaient ceux qui sur le parquet de l’Assemblée Législative, se faisaicat les champions et les défenseurs des droits et des prévilèges que réclamaient leurs électeurs,
En 1791, l'Angleterre avait réellement voulu nous concéder le système représentatif, avec les immunités qu'il comporte en lui-même, et tel que la Chambre des Communes d'Angleterre l'appliquait ; mais, malhenreusement pour la mère-patrie, nlus malh-ureusement encore ponr nous, nous fûmes livrés, dans son application, comme le furent d'ailleurs les autres colonies américaines, au mauvais vouloir de ceux qui Gsvaient le mettre en opération.
La conititution de 1791, en dépit des nombreux défants que je vais énumérer, aurait pn nous mettre à l'abri de la révolution de 1837 ; au lieu de cela, elle l'a fatalement, mais nécessairement précipitée.
Le 10 Juin 1791, une nouvelle constitution était octroyée aux Canadiens, expressément pour remédier aux injustices et étouffer les plaintes qu'on ne cessait de manifester contre le régime établi par l'Acte de Québec de 1774, et qui avait été loin, d’après l'opinian d'un écrivain conservateur, M. Christie, ancien député de Gaspé, adversair+ déclaré de Papineau, “ d'assurer la paix, de contribuer au bonheur et à la prospérité de la population de la province,”
Eu divisant le Canada en deux provinces distinctas, par l’Acte de 1791, l'Angleterre nons aceorda le système représentatif basé sur nn suffrage presque universel, et sur l'égalité de tous les citoyens devant la constitution. Les idées qui ébranlaient alors l'Europe, eurent un effet salntaire pour nous. L'’Angleterre, en eff:t, ne voyait pas avec indifférence, le souffle de la révolution, renverser la puissante monarchie française, et disperser aux quatre vents du ciel, les fragments du trône le plus solide de l'univers.
L'Angleterre chercha alors à gagner l'affection de sa colonie du Canada, en lui accordant le gouvernement populaire. En présentant à la Chambre des Communes le nouveau projet de loi, Pitt disait : “ Pour “ imiter la constitution de la mère-patrie, je propose pour chaque provin- “ ce, un Conseil et une Chambre d'Assemblée, L'Assemblée sera coni1ti- “ tuée de la manière ordinaire, et les memtres du Conseil seront nommés “pour la vie, Sa Majesté se réservant la prérogative de conférer le “ droit héréditaire de siéger dans le Conseil.
CCOECEEECE CELLIER CPEEETE ET COPLTEC TEE TEL ECC TEE)
Ge “ Pour prévenir des difficultés comme celles qui déjà séparent les treize
“ Etats de la mère patrie, le Parlement Impérial n'imposera aucune au- “ tre taxe que celles qui seront nécessaires pour le trafic et le commerce. “et afin que l'exercice de ca pouvoir ne devienne pas un abus, ces taxes “ seront prélevées par la Légslature de chaque province.”
Fox s'opposa à la mesure ; 1l suggéra que le C vil Légisiatif fût électif, en exigeant toutefois qu ::« qualification fonce re de ses membres fût plus élevée que celle des membres de l’Assemblée Législative.
Cette charte politique devait être, dans l'esprit de ses auteurs, comme une transition entre les Inttes que les deux races avaient faites depuis la cession du pays. Elle avait également pour but de satisfaire aux exigences de denx paitis, de deux nationalités, de deux religions.
Examinons donc si elle pouvait réaliser les espérances et répondre aux désire des intéressés, et pour cela, pénétrons plus avant, et essayons de découvrir les intérêts et les passions qu'elle renferme ou qu'elle ménage.
La division da Canada en deux provinces distinctes, la nomination des Conseillers Législatifs par la Uouronne, le soutien du clergé protestant’ par l'Etat, per l'octroi de terres publiques, et le pouvoir de désaveu réservé à Sa Maiesté, étaient autant de dispositions propres à calmer les colères et apaicer les clemeurs du parti tory, qui devait voir, naturellement d’un meuvais œil, la majorité de la Chambre d'Assemblée composée de Canadiens français capables maintenant de passer les lois qu'ils voudraient.
La division du Canada en deux provinres %istinctes était faite dans l'unique but de soustraire les Anglais du ; : Canada à la majorité d'une Chambre où l'élément français devait avoir la majorité. En effet, en 1791, la population du Bas-Cnnada se chiffrait par 135,000 habitants, dont 15,000 Anglais, et celle du Hant-Canada par 10,000 habitants de race anglo-saxonne.
Et cependant, malgré cette dispropartion énorme des deux races dans le Bas Canada, et bien que la po; : lation anglaise du Haut-Canada fut soustraite à la dumination française du Bas-Canada. lu nouvelle constitution consacrait en principe la domination du parti tory qui avait À sa disposition les trois pouvoirs supérieurs : le Gouverneur, le Conseil Exéentif et le Conseil Législatif.
Ce dernier fut surtout la pierre d’achoppement de la constitution de 1791. Qui ignore les misères, les tracasseries, les injustices causéés par le Conseil Législatif à l’ancienne Assemblée législative ?
Le Conseil Législatif ne levait-il pas, dans l'esprit des anteurs de la constitation, contrebalancer, ou plutôt anéantir l'influence dont pouvait disposer notre race, à la Chambre d'Assemblée, en le :ettant à la dispo-
sition du parti tory qui avait fait les jours sombres du régime militaire, emprisonné de Calvet, fermé les portes du barreau aux Canadiens instruits, voulu nous imposer le serment du TEST, proscrire notre langue devant les cours de justice qi'ils avaient accaparées pour les donner même
à des chirurgiens fanatiques et qui voyaient partout, toujours, comme leurs ennemies invétérées, la race française et la religion catholique,
La nomination des conseillers législatifs par la Couronne, et surtout la partialité révoltante qu'elle devait y mettre pour en assurer la majorité à ses dociles partisans, —le Conseil fut composé d’abord de la plupart des anciens conseillers du gouverneu: qui s'étaient le plus violemment opposés au système représentatif —, étaft bien de nature, sans doute, à mécontenter les Canadiens, mais, dans mon humble opinion, il y eût quelque chose de plus réprochable, dans les clauses de la nouvelle constitution, et ce fut le caractère donné au Conseil Législatif ; il était censé représenter au Canada, la Chambre des Lords en Angleterre ; or, la création du Conseil, dans ce but et avec ce caractère, était pour nous une grande faute, et quand Fox, lors de la discussion, aux Communes, du projet de la constitution, disait que les honneurs héréditair-s ne devaient pas être admis au Canada, ces paroles étaient celles d'u” homme d'État à luiges vues, non dominé par l'esprit de caste ou de préjugé, et voyant avec ce coup d'œil sûr et curtain qui distingue les grands politiques, le flot toujours montant do la démoc:atie, envahir et courber sous sa domination irrésistible, les institutions politiques du Nouveau Moride,
La ré’2lution américaine et le triomphe qui s’ensuivit, la déclaration
de son indépendance et la constitution qui en fut le résultat, avaient fait comprendre à Fox qu'on ne pourrait faire accepter des princi. pes aristocratiqnes par des hommes comme ceux qui étaient venus se tail. ler, par leur travail, un domaine dans les forêts vierges du Canada Von. loir asseoir une aristocratie héréditaire sur les bords du St. Laurent, était méconuaître étrangement les sentiments et les aspirations du peuple Ca. nadien, Adam Lymburner lui-même, envoyé en Angleterre dans l'intérêt du parti tury, pour s'opposer à la nouvelle constitution, ne put s’empêcher de déclarer que c'était dépasser grandement les vœux du peuple Canadien que de vouloir former une espèce de noblesse dans cette province.
Tel que constitué, nommé et gouverné, le Conseil Législatif devait nécessairement exciter les défiances et mécontenter les Canadiens-français qui voyaient en lui la représentation du parti oligarchique. Je n'ai pas à ma disporition le temps nécessaire pour démontrer ici la réalisation des funestes pressentiments de nos pères ; je me contente de dire que presque constamment les représentants du peuple furent en butte au mauvais vouloir du Conseil qui ne cessa de rejeter leurs mesures, ou de s'opposer à la passation dos réformes que l'opinion publique réclamait vivement.
Trente années nous séparaient déjà de la cession du Fays à l’Angleterre, et cependant, la nouvelle constitution ne tenait aucun compte des transformations opérées, de l'accroissement de la population, des besoins rouveaux apparus, et des progrès accomplis.
Il y eût, :l est vrai, une Chambre d'assemblée dont la majorité était
française et catholique, mais il y eût audessus d'elle, —épée de Damoclès suspendue sur sa tête, —le Conseil Législatif dont la majorité était anglais4 et protestante,
Il y eût, ilest vrai, une Chambre d'Assemblée dont {a majorité était française et catholique, mais audessus d'elle, un Conseil Exécutif dont la majorité était encore anglaise et protestente,
Lin'y ent pas de ministère respoumble au peuple, et ce fut un mal. heur, eur dans le pouvoir, tel que constitué, il ne pouvait ÿ avoir de vuu d'ensemble, de direction commune, dans un moment où l'aurait fallu, pour apuiser les has, étoutfer les rivalité nationales, éteindre où diminuer les préjugés religieux, donner aux actes de la constitution une harmonte complète, et aux esprits ane même impulsion, Une politique égois- Le, etluite, partiale, présidait donc à la base même de la constitution, Eu voulant rendre justice aux nlaintes des Canadiens-français, on devait accroître leur mécontenteme par la mise en opération de la nouvelle machine gouvernementale, car on s'aperçut bientôt qu'on avait été mystitié, et que la nouvelle chambre d'assmbiée était virtuellement une chambre sans pouvoir, Une constitution semblable ne pouait enfanter que des abus, des maladresses, des injustices. Elle sombra dans la tourmente qui amena définitivement la révolte d 1837, car outre les défunts organiques que je viens de démontrer daus constitution, soi upplicatenu en fut arbitraire et partiale,
Ausst subit-elle de rudes assauts de la part du parti des patriotes, dans la presse et à là tribune populaire. Et cet endant, aux yeux du gouvernement, au Canada, sette opposition devint, comme elle l'éte't en Pologne à cette même époque, aux yeux du Czar Alexandre, sinon? de révolte et de rébellion, Le conseil exécutif fut dénoncé parce qu'ii ® fût composé, à certain moment, à l’exception d'un seul membre, que de personnes nées hors du pays. Il fut désigné avec raison, “comme un pouvoir oc- “ culte et intangible doué du privilège extraordinaire de faire le mal sans “ être tenu d'en répondre, Jamais uous ne pourrons espérer de paix et “ d'harmonie dans le gouveruement, disait le “Canadien,” le 7 Nov. 1832, “ tant que la constitution n'entourrera pus le représentant du Roi d'hm- “ mes responsables de tons les actes administratifs, et jouissant de la con- “ fiance des chambres comme c'est le cas daus tout gouvernement repré- “ sentatif bien organisé.”
La nomination des conseillers législatifs et surtont leur conduite intolérable relativement à toutes les demandes populaires, créèrent dans ie Bas- Canada, un vif mécontentement, Ecoutez, à ce sujet, la pétition que présentèrent à ln Chambre d'Assemblée, à la session de 183%, les habitants des comtés de Richelieu, St-Hyacinthe, Louville, Chambiy et Verchères :
“Le conseil législatif lors de su première formation sous l'opération de “ la présente constitution fut rempu de l'anci-n conseil légr tant, qui vres- “que Louus avaleul ele fortement et ouvertement opposés ä son octrol ;qui
“étaient les ennemis avoués et connus de l'introduction du système re- “ présentatif dans ce pays ; et qui alors se trouvaient organisés non pour “ tendre au même but et coopérer avec les représentants du peuple, à pré- “ server et défendre ses libertés et ses privilèges, à réprimer les abus, à “ punir les délinquants, à faciliter la diffusion des lumières et de l'instruc- “ tion, pour que le peuple fut plus jaloux de ses .droits, plus capable de “ les protéger et de les défendre, mais au contraire pour contrarier en tout “ 1.8 mesures libérales, et laisser le pays stationnaire au point où ils l’a- “ vaient trouvé en 1792.
“ Que depuis cette époque le plus giand nombre des aggrégations qui ont été d? temps à antre ajoutées À ce corps ainsi viciensement constitué, ont été des personnes qui, partageant les mêmes préjugés et les mêmes vues, s'amalgamant et s’identifiant avec la majorité qui avait recommandé leur nomination, se sont placées dans un état constant de “ collisions, d'animosités, l’incriminations contre la Chambre d'Assemblée “et le peuple q’elle représente, ont entrainé la plupart des Gouverneurs “ à se liguer avec eux, et leur ont fait remplir presqu'exelusivement tons “ les départements, par leurs parents et leurs créatures, à donner ainsi “ dans tous les emplois une vréférence calculée et systématique aux étrangers, sur les naturels, à ceux qui étaient odieux au peuple, sur ceux qui avaient sa confiance, à profiter de cette concentration entre leurs mains de tous les pouvoirs, pour susciter ds persécutions et ex- ‘ercer des vioiences cntre les hommes les plus populaires,
“ Que les maux que nous avons souftert par le passé, nous menacent “ dans l'avenir, si nons n'obtenons pas nn changement radical dans la ‘constitution même du Conseil Législatif, Nous rappelons à votre ho- “ norable Chambre qu'il n'a jamais existé un tel corps pour aucune autre “ colonie anglaise que pour les deux Canadas ; qu'il doit donc n'être re- ‘“ regardé que comme une expérience nouvelle, un essai funeste qui n'a “ produi: que du mal sans aucun mélange de bien.”
On aurait tort de croire que le projet de représentation du Canada au Parlement Impérial est tout récent, car dès 1831, P. de Sales Laterrière le précomisait déjà ; mais le “ Canodien ” qui était à Québec l'organe des patriotes comme la “ Minerve ” l'était également pour le district de Montréal, s’y opposa énergiquement, et pour en démontrer l'impossibilité, un correspondant écrivait que l'Angleterre se serait déjà décidée à émanciper ses colonies, “ si le parti dominant n'y enttrouvé, dans leur état nc. “ tuel, un moyen d'appui et de patronage.” Et l’auteur ajoutait :
“ Patronage ! Nous voilà rendus à une antre source abondante de iné - “ contentement pour les colonies, et d'un mécontentement d'autant plus “ vif qu'il se fait sentir tous les jours, qu'il a son siège dans les senti- “timents les plus susceptibles dun cœur humain, Le système de patrona- “ ge fait refluer dans les colonies une fonle d'hommes, que le besoin a ex- “ patriés, qui y vieuuent avec l'esprit de retour, qui u'ont aucuns com-
ni
“ munauté de sentiments et d'intérêt, auenn point, aucun rapport d'affec- “ tion avec les culonies, qui y entrent avec des idées de maîtrise et de “ supériorité, qui y débarquent comme des triomphateurs dans un pays “ conquis, dont ils vont partager les dépouilles, Comment supposer main- “ tenant que de tels hommes, dans de telles circonstances, sous de telles * impressions, avec de tels préjugés, ne rendent pas insupportable, ou tont “au moins très pesant, un système colonial dont le principe est éminem- “ ment vici-ux et injuste ? Supposons que cette élite rencontre dans une “ colonie, une population dont les mœurs, les usages, la langue, les lois, “ la religion, etc., diffèrent des siens ; elle voudra uatt rellement que tout “ s'accommode à ses goûts, à ses préjugés, à sa manière de voir, s-mbla- “ ble à ce géant de la fable qui, forçant tous les passagers à se coucher “ sur un hit d’une’ certaine longueur ; s'ils étaient trop-grands ils les mu- “ tillaient, et s'ils étaient trop petits, ils leur disloquaient les membres, “ pour les mettre jusqu'* la longueur de son affreux chevet. C'est cu “ qui est arrivé dans le l':8-Canada que l'on veut faire parler anglais, “ faire plaider anglais, mettre sous les lois anglaises et envoyer à la prè- “che?
Le 25 juillet 1831, M. Labouchère rappelait à la chambra des Communes, lors de la demande d’un erédit de £296,000 pour les travaux publics de notre pays, les mécontentements des provinces du Canada et de la Nouvelle- Ecosse, et prenait la liberté d'y attirer spécialement l'attention du Roi, parce qu'on lui avait confié une pétition d’une importance majeure relative à ses mécontentements, Les deux branches de la Législatu- 1e, disait-il, quoiqu’unanimes en agissant séparément, étaient en opposition, et avaient causé tant de désordres politiques, tant de malaises publice, qu’il était devenu du devoir indispensable du Parlement d'interposer son autorité d’une mauière vigoureuse et saus perdre de temps. “ La “ législation de la colonie, dans l'opinion de M. Labouchère, ne marcherait “ jamais sur un système politique omplet et satisfaisant sans l’infusion + d’un principe d'élection étendu, libre et juste dans sa masse ; et s'il + n'y avait pas un gouverneur et une Chambre d'Assemblée senlament “ sans aucun autre corps législatif intermédiaire, ce corps intermédiaire “ s'y trouvant, on devrait de suite y introduire un principe d'élection tel “ que proposé originairement par M. Fox. M. Labouchère appela aussi « l'attention da Comité sur le plan qu'avait sufvi le parti du gouvæne- * ment par le moyen duquel, il réunissait en Ini-même tous l-s emplois ‘et charges à la disposition de l'exécutif. “Qu'un homme soit populaire “ où non, ajoutait.il, on le pou«se aux emplois, seulement s’il est lié avec “ tette petite oligarchie. Que penserait on en ce pays, si le Souverain “ poussait sa prérogative jusqu'à ne vouloir que des ministres de son “ choix, qu'ils fussent bien où mal avec la Chambre et le pays. En con- “ séquence serait que tout le puys serait en tumulte, Et cependant, ce
“plan dans le choix des personnes nommées aux charges avait été prati- “qué dans le Canada depuis les dernières dix à quinze années,”
Le 17 septembre 1831, la “Minerve” commentaic ainsi le discours de M. Lubouchère et la réponse du gouvernement anglais :
“ Les réflexions de Sr Grorges Murray dont nous avons parlé plus “haut, font voir que l'administration du duc de Wellington avait donné © pour règle de conduite à sir James Kent, l'injonction de ne donner “ gain de cause à aucune des branches de la législature, ni à aucun purti, “mais de les amuser et de les neutraliser également, san égard bien enten- “du, à la justice ni à la vérité. Et ce Mmachavélisme s'appelle le gouver. “nement ! Encore sil eut été vrai qu'il y avait dans ce pays deux par- ‘Us, cette politique qu décèle la tublesse où la crainte aurait été adimig-
sible jusqu'à un certain point eu supposant ces moufs Mais les qe “ histres avaient amplement su, ou n'avaient pas voulu savoir, qu'il y “avait, au lieu de partis en Canada, d'un cêté la pouulation entière, “ éclairée sur su position et ses droits, ferme et énergique, inais loyaie ;
de l’autre, quelques ambitieux ec quelques hommes à gages excitant an ‘fanatisme politique et à la vicitle intolérance, une fraction abusée des "nouveaux colons, C'est ainsi qu'au moyen de l'appui illégitime prête à ‘la bureaucratie par le gouvernement de Sa Majesté, elle s'est élevée, de
l'insignifiance où, laissée À ses propres forces, elle serait inévitablement “ jusqu'à être mise de pair avec la masse du peuple et ses représentants, “’etelle a réussi à les rassembler cusemble, jusqu'à une commune appel- “ lation des “ partis ” que pour elle, elle ne méritait même pas, et a ob. “ tenir une égale prépondérance dans les conseils de l'Empire, et une “ égale attention de la part de l'autorité déléguée de la Mère-patrie,”
Le 21 Mai 1832, avait lieu à Montréal, dans le quartier ouest, une élection partielle, entre Bagg, bureaucrate, et Tracy, rédacteur du Vindicator, l'organe irlandais de la cause libérale, Catte élection fut certaine. ment la plus violente, la plus chaude et la plus contestée que nous n'ayons jamais peut-être eue au Canada, Le sang coula, trois Canadieus- Français furent tués, mais Tracey, qui avait été l'objet de procédures arbitraires de la part du Conseil Législatif, ce dernier l'avait tenu en pri. s6n pendant plus d’un mois, parcequ'il avait traité le même conseiller 16gislatif de nuisance publique, Tracey, dis-je, l'emporta par trois voix de majorité. Des assemblées nombreuses eurent lieu dans une foule de comtés pour demander la punition de ceux qui avaient tiré sur la foule le jour de la votation, Des résolutions y furent passées demandant l’intervention de la Chambre d'Assemblée, en un mot, d’un bout à l’autre de la province, l'exaspérution fut à son votuble, Appréciant cette élection, le Cunadien disait :
“ Les atrocités du 21 mai découlent du principe même de notre ma-
“ chine Souvernementaie, Si des trois branches de notre £ouvernement, “il ne s’en fut pas trouvée une destinée à représenter ui intérêt hors du
ratirs de
plus né ner arti, tenver.
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“ pays et ennemi du pays, l'intérêt des possesseurs et chercheurs de pla- “ces et des coureurs de fortune, ce corps ne fut pas tombé dans l'insi- “ gnifiance, n'eut pas excité la méfiance du peuple, et n'eut pas été en “ but aux attaques de la presse libre.”
L'auteur de cet article le signe : “ Pour l'Histoire.” Voilà pourquoi j'ai cru devoir le citer,
Le 20 juillet 1832, après s'être plaint de la réserve des deux-septièmes des terres non concédées. des actes du commerce du Canada et des Tenures, de la concession et de la régie des terres, le Canudien ajoutait:
“ La puissance législative pour le Canada n'est pas de ce côté-ci de * l'océan, mais en Angleterre. Depuis plusieurs années, il n’y a à peine “ que les bills qui regardent les intérêts purement locaux qui soient sanc- “ tionnés ici ; encore, én 1827 et même en 1831, il en a été réservé plu- “ sieurs de cette nature. Tous les au.res sont pour ainai-dire refusés jus- “ qu'à ce que les volontés des Ministres soient connues. Ces bills restent “ dans la poussière du bureau colonial souvent au-delà des deux ans fixés “ par l’Acte constitutionnel, reviennent après ce terme avec une sanction ‘illusoire propre à appeler la déconsidération sur les ministres, et à jeter “ notre législature coloniale dans l'incertitude.”
Un mois plus tard, le même journal résumait dans les lignes suivantes, tout le programme dn parti libéral de l'époque :
“ Les prétentions des patriotes Canadiens n’ont jamnis été au-delà, ja- “ mais ils n’ont demandé, jamais ils n’ont voulu autre chose que la con- « duite de leurs propres affaires et la part qui leur était lue dans les fa- “ veurs et les pouvoirs du gouvernement.”
Les faveurs du gouvernement ! Certes, les Canadiens-français n'en ont jamnis été comblés par les officiels soudoyés, envoyés ici par l'Angleterre, tunt que l'égalité politique, sociale et religieuse, de toutes les races et de toutes les croyances au Uanada n'a pas éte loyalement reconnue.
Pour se justifier des accusations portées contre lui dans les 92 résolutions relativement à la distribution du patronaga, lord Aylmer télégraphiait à lord Aberdeen, en 1855, que sur "nt quarante-deux personnes qu'il avait nommées à des fonctions publiques salariées, quatre-vingt étnient d'origine française ; que toutes les places dans l'Eglise catholique, comme les curés, dont les appointements excédaient £25,000 sterling étaient entre les mains des Canadiens.français ; qu'il en était de même des emplois de maîtres d'écoles de campagne, dont les salaires et les nliocations s'élevaient à £19,000, “Mais la purtialité avait été si grande avant “ lu, dit Garneuu, et l'abus était encore si enraciné, que s'il était vrai “ qu'il eut donné quatre-vingts places aux Canadiens, qui faisaient les “ trois-quarts de la population, il en avait aussi accordé soixante-et-deux “aux Anglais, qui faisaient l'autre quart, et que les salaires et les émo- « juments attachés à ces soixanie-et-deux offices excédaient de beaucoup
“ ceux des quatre-vingts. D'après la liste civile déposée en 1834 et ©“ d’après d'autres documeuts, les fonctionnaires recevaient £71,500 dis-
“ tribués ainsi : aux Anglais £53,000 aux Canadiens-français £13,500.
“Ceux-ci étaient exclus des départements de l'exécutif, et, en outre, du *“ bureau des terres, des douanes et des postes ; dans l'administration de “ la justice, qui coûtait £36,000, £28,000 étaient partagés entre les An- “glais et £8,000 seulement entre les Canadiens.
Tels étaient les griefs et les plaintes des Cinadiens, lorsque Lafontaine se jeta dans l'arène politique, avec toute l'ardeur de la jeunesse, Il supporta, tel que je l'ai dit déjà, toutes les mesures extrêmes, et il fut, aux Yeux du pouvoir, tellement vivlent dans la revendication de nos droits, qu'il mérita, avee d’autres patriotes, les honneurs ds la prison. Des ar. ticles qu'il publia dans la « Minerve ”, alors l'organe de la cause liberale, lui valurent ce témoignage éclatant de son patriotisme, mais comme pour Bédard, Viger, ete, il n'eut jamais l'occasion de se disculper devant les tribuuaux de son pays.
L'on ne peut aujourd'hui s'empêcher de sourire, lorsque l'on sait que le motif et la ruisou de ces arrestations tyrauniques était la crainte de voir le parti libéral Canadien-français, faire un massacre général d4 nus conéitoyens Anglais, dans le genre de la St-Barthélemi ou des Vêpres Siciliennes !
On voit comment s'accomplissait les piophéties de Pitt qui, en pré-
sentant l’Acte de 1791, au parlement anglais, disait que cette constitution devait étabiir la paix et l'harmonie parmi les nouvenux sujets du roi d'Angleterre,
Eutin, comme vous le savez tous, 1837 arriva, et Lafontaine se sauva en Augieterre, et de là, en France, où il attendit le dénonement inévitabl. de la révolution qu'il avait Iuimême préparée et précipitée avec’ses ch#fs, Papineau et Bourdages principalement, Lorsqu'il revint “'Europe, en mai 1838, la constitution de
1791 avait été suspendue et un Conseil Spéeral administrait les affures de Ja Province :
les événements se précipitèrenr ,
“ Nous traversions alors une époque néfaste ; “ Dans les cercles du soir, Le peuple enthousiaste, En silence, pleurait de glorieux proscrits.
Nous venions de Passer ces long: jours de tempêtes, Jours de gloire et de deuil, où les plus nobles têtes “ Sans honte, étaient mises à prix !
« mn
L'échafaud qu'entourait, une foule rampante, Dressait encore au loin sa hideuse charpente ; “ Du sang de ses enfants, le sol était bruni ;
“ Papineau, de l'exil, vidait la coupe amère,
“ Et l'enfant apprenait, des lèvres de sa mère, “À tépéter son nom béni,
— ler
L'on respirait partout comme un Vent d'épopée, Dans son manteau de deuil, la nation drapée, Ecrasait ses bourreaux d'un mépris souverain, Et le patriotisme, archange aux traits de flamme, * Electrisait les cœurs et soufllait daus les ânes “ Comme dans des clairons d'airain ” !
A oette époque, tous nos hommes publics Cauadiens-français étaient des libéraux. Réunis en phalanges serréus autour de L. J Papineau, nos pères ne voyaient qu'un ennemi, le torysme !
Le torysmne ! qui dominait en Angleterre et qui résistaic, là-bas comme ici, à toutes les revendications populaires, à l'émancipation des catholiques eu à la réforme parlementaire !
Le torysme ! dont on voulait implanter pour toujours les mauvais prineives dans le sol canadien ; principes se résumaut dans la uégation du suffrage universel, dans la centralisation administrative, les privilèges, les abus, les combinaisons destinés à servir l'ambition, à satisfaire les convoitises de quelques personnalités, au détriment de l'intérêt publie !
Le torysime ! avec l'arbitraire, l'injustice et la tyrannie qu'il à vonstamment mis en pratique à l'égard des volontés du peuple !
Le torysme ! dont le gouvernement à toujours été par l'aristocratie et la propriété foucière !
Le torysiue ! qui, pour me servir du langage du * Canadien ”, de 1831 “ tonjours Oppusé aux réclamations des peuples, ayant poussé les uations “ à bout, à fait de l'Europe entière, un vaste théâtre de révolutions et de * guerres.
Le torysme ! dont les influences étaient alors si néfastes dans notre pays, car c'était les joars entin, où il régnait en maître dans les sphères aduinistratives, bien qu'il fut en minorité dans l’Assemblés Législative, comme il règne encore aujourd'hui, imrlheureusement, au Sénat, pour contrecarrer les mesur-s de la majorité libérale de la Chambre des Communes.
N'oublions jamais cette époque, mis pénétrons-nous bieu des enseignements qu'elle compnrte, atin de rester dignes de nos pères, en suivant k lignes politiques qu'ils nous ont alors tracée,car :* Derrière les généra- “ ions qui descendent, dit Emile Souvestre, viennent les jrunes généra- “ tions ; à elles appartient de ressaisir l’action à l'heure et dans les con- “ conditions fixées par les grandes lois qui régissent le monde, social, et “ de reprendre courageusr ment les étapes vers l'avenir. On l'a dit avant “ nous, le progrès ressemble à ce flambeau que les inities se passaient de “ main en wain dans les mystères antiques ; le bras qui le porte peut, “ chauger, mus le flambeau avance toujours.”
Un denm siècle avait déjà été employé parmi nous à foudre dans une même existence soviale, politique et religieuse, là race conquérante et la
race conquise, La division primitive avait traversé le cours de ces cinquante années en résistant Victorieusement à lenr action. Dans l'esprit de nos ennemis, une senle ressources restait encor r pour l'obtention de leur triomphe, et ce fut l'Union du
Ce projet n'était pas nou veau ; vaat l'attitude fer soixante mille si
gré l'injua-
comportait à l'égard des Canadiens.français, l'Uet reçut la sanction royale le 23 juillet 1840, en des lords Wellington, Ellenborongh,
nt de Lord Gosford, ancien gouverneur
& capable de porter sur une semblabie matière,
dans «on rapport, l'Union de- On, et la confédération de toutes Nord, le dernier FO parveuir Gaise en Amérique. Mais l'hom-
dans son
qu'elle nous est elle prive la Bas-Canada du présentants ; en ce qu'elle nous prive de l'ueaans les procédés de la Législature, contre la foi des ( ; eu ce qu’elle nous fait ‘sans notre consenteme “ ce qu'elle “ liste civile, “ énorme des
€8 COnCessions nécessaires aux Mœurs, aux idées, at quis dee premiers occupants du sol, Elle devait done soutenir le même assant qe celle de 1791. Lafontaine crnt néanmoins Pouvoir en tirer tout le bina possible, et au lieu d'en demander le rappel, il fut d'opinion d'en faire l'essai, Voici ce qu'il disait À ce sujet, dans l'adiesse que je viens de citer :
« S'en suit.il que les représentants du Bas-Canada doivent s'engager « d'avance, et sans garanties, à demander le rappel de l'Union ? Non, ils “ ne asivent pas le faire. Ils doivent attendre, avant d'adopter une déter- “ mination dont le résultat immédiat serait peut-être de nous rejeter, “ pour un temps indéfini, sous ia législation liberticide d’un Conseil Spé- « qal, et de nous laisser sans représentation aucune,”
L'Union fut acceptée, comme bien on pense, par la Législature du Haut Canada, et même on la tit voter—farce ridieule—!—par le Conseil Sp‘cial où MM. Cuthbeït, Neilson et Quesnel enrégistrèrent cependant jeurs votes contre son adoption.
Aux élections de 1841, Lafontuine fut battu à Terrebonne, par les menées les plus indignes et les plus violentes ; le comté fut virtuellement défranchisé, et Lafontaine accusa publiquement lord Sydenham d'être la cause de sa défaite, Chargé de mettre l'Acte d'Union en opératiun, ce gouverneur prit tons les moyens possibles pour y réussir. Ii lui fallait l'approbation da l'électorat. Voilà pourquoi il fit battre Lafoutaine, parce qu'il était réellement alors reconnu comme le chef politique des Canadiensfrançais opposés a l'Union ! Voilà pourquoi i: furma son premier miuistère, non-seulement sans le concours d'un seul Canadien-français, mais de manière à soulever l'indignation de notre race, en prenant trois anglais pour représenter le Bas Canada, et surtout M. Ogden, “ l'avocat de Col- “ borne et du Conseil Spécial, l'homme qni, dit M. David, aux yeux de “ Ja population, portait la responsabilité des exécutions de 1838.” Il avait bien, 1l est vrai, offert un pitefeuille à Lafontaine, mais ce dernier avait noblement refusé, parce qu'il n'avait aucune confiance dans lord Sydenham, pour concéder sincèrement et faire de bon cœur, l'application du gouvernement responsable, D'ailleurs, les collègues qu'il aurait eus dans le : abinet, étaient tous des torys, opposés à ce principe, à l'exception de Baldwin qui avait accepté le portefeuille de Solliciteur-Général, pour le Huut-Canada, avant les élections, mais qui démisstonna dès l'ouverture de la session de 1841, pour se ranger du côté de l'opposition.
Le principe de la responsabilité mimistérielle fut discuté et accepté par 1: gouvernement, dès cette première session ; des résolutions le sanctionnant, furent proposes et uanuimenent votées au milieu des applaudiss#ments des libéraux qui s'écrièrent : “ Nous avons enfin le gouvernement responsuble !” Quelques années devaient cependant s'écouler avant que le gouvernement responsable ne reçut, ici, son applicatiow, tel qu'on l'entendait en Angleterre.
Battu à Terrebonne, comme nons l'avons vu, les libéranx ‘anglais élirent Lafontaine à York, dans le Haut Canada, atin de démontrer leurs symputhies à leurs alliés Canndiens-français. Sentant qu'il ne pouvait gouverner Sans le concours de ces dermers, Draper tit des ouvertures à Lafontaine que celui ci refusa ; et dès l'ouverture de la session de 1842, Lafontaine reprocha amèrement au gouvernement de vouloir adininistrer saus la coopération ‘de ses couipatrioles, cuopération si juste et si néces-
saire, d'après l'esprit de la nouvelle constitution. Il avait, à] est vrai, äjoutait-il, refusé Jes Propositions qu'on lui avait faites, parce que les Conditions que l'on rcttait à «on entrée dans le Ministère, Jui étaient inucceptables, Le BoUvernement Draper allait être battu sur l'adresse m4. te, lorsque Baget, qui avait dyjà prouvé sa bienveillance envers les Ca. nudiens français, et recurnu par Lafontaine comme Un gouverneur aniiné
des meilleures intentions, tenta un nouvel effort auprès de Lafontaine, On parvint à s'entendre, et le 15 Septembre 1842, Je Premier ministère Lafontaine-Baldwin était formé, Lafontaine devenait Ja tête de la non velle adininistration ; i
Les membres de l’ancien cabinet l'accaptaient com. mue chef et allaient le Suivre dans les réformes politiques et &iministrat:- Ves qu'il allait préconiser,
Tous les ministres furent réélus, À l'exception de Baldwin, Mais les libéraux Canariiens-franç sis de Rimouski firent pour lui ce que les libé. Taux anglais avaient brecédemment fait pour Lafontaine, et afin de lui dé. Montrer la reconnaissance qu'ils lur dévaient Pour avoir fait elire leur chef
dans un conté du Hant-Canada, ils l'élirent eux-mêmes comme enr représentent, par acclamation, ;
nt un bureau ds vo.
Pour chaque cointé, te] qu'était la loi Auparavant ; il avait rappelé le système judiciaire créé par le Conseil Spécial ; il avait alfirmé le principe qua la Chambre
trôle des subsides ; il avait passé une loi relative à l'ir ges et des députés, en déclarant inéligibles la plupart blics, une réforme demandée des années et des ann Constitution de 1791 ; il avait a i etc.,
et tout allait pour le mieux lorsque, pour sauver avant tout le principe
même du gouvernement respousable, Lafontaine et Baldwin reprirent le chemin de l'opposition.
Les torys faisaient bien, de temps à autre, des embar ment ; ils auraient bien désiré entraver nne administra laire, mais leurs efforts étaient Vains, car leur nombre de celui que forme aujourd’hui ja la Lésislature de Québec !
Le ministère Lafontaine-Baldwin était fort, parce qu'il représentait ré. ellement l'opinion qui prévalait dans ln Chambre et le PAYS ; sa politique avait été ferme, Sage, progressive, libérale ! Toute Population en était entente et satisfaite, lorsque, à la Surprise générale, le 23 Novembre
Ta au gouverne.
tion #ugsi popuétait en Proportion Loyale Opposition de Sa Magesté dans
vrai, 10 les taient e mê.
s Ca.
niiné Aine, stère non OUT rati-
les libé.
dé.
chef ‘re-
1843. après dix-huit mois d'une administration réellem ent sans reproche, le cabinet Lafontaine-Baldwin remit sa résignation entre les mains de Sir Charles Metcalfe, parce que ce dernier, réclamait pour Ini seul, la responsabilité de la nomination de certains fonctionnaires publics, Les ministres réclamaient le droit d'être consultés. D'après eux, les résolutions passées, dès la première session de 1841, reconnaissant le gouvernement responsable, les justifiaient—et ils avaient grandementraison—dans leurs prétentions constitutionnelles.
s C'est sur cette question que Denis Benjamin Viger se ‘sépara de Lafontaine, et qu'avec MM. Draper +t Daly, durant neuf mis, sans avoir la majorité de la Chambre, il consentit à aviser le Gouverneur,
Uette alliance de Viger avec les torys, était des plus malheureuse ; c'était une grande faute politique au point de vue parlmnentaire, et de nature à diviser le parti hbéral. [Il n'en fut rien, heureusement, car aux élections d'Octobre 1844, le Bas-Cannda appronva en masse la conduite de Lafontuine. Viger, lui-même fut battu et le cubinet qui avait enfin eté formé le 3 Septembre, ne sorti de l’urne électorale que par une faible majorité, et encore, grâce à l'intervention de Sir Chs. Metcalfe qui descendit dans l'arène, dans le Haut-Canada, pour faire approuver sa conduite, comme l'avait fait lord Sydenham, en 1841, dans le Bas Canada, afin de faire approuver l’Acte d'Union.
Lafontaine et Baldwin, etles autres libéraux qui avaient accep” té franchement l'Union de 1840, prirent place à la gauche de l'Orateur: Iis luttèrent vaillamment pour l'affermissement du gouvernament respon sable menacé par Metcalfe. Dans l'opposition, Lafontaine fit voter une adresse à la Reine, demandunt l’amnistie pour toutes les offenses commiges en 1837-38 ; il demanda une répartition plus équitable des faveurs ministérielles entre les deux provincss, l'application des revenns des bien des Jésuites aux fins de l'éducation dans le Bas-Canuda, ete., etc.
Metcalfe, et Cathcart, son successeur, comprenant tous denx la faiblesse et l'impopularité du cabinet Draper-Viger, surtout dans le Bas-Canada tirent des ouvertures à MM. Caron et Morin qui les communiquèrent à Lafontaine, Mais sous Metcalfa. Catheart ou lord Elgin, comme sons Bagot, Lafontaine ne voulait entrer dans le cabinet qu'avec ses coudées franches et les mains libres. La fermeté et l'indépendance de son caractère ne lui permirent pas d'accepter.
En juin 1846, Viger résigna, et À la session de 1847, Draper donna également sa démission ; les torys conservèrent cependant le ponvoir en s'attachant aux débris dn eabinet Draper Viger qui se transforma en cabinet Sherwood-Daly. L'élément Canadien-françris n'y fut reprégenté que par Denis B, Papinenn. Le cabinet subit de rudes assants. Lafontainé l'accusa de sacrifier les Canadiens-français et en donna des preuves nombreuses. Le ministère alla clopin clopant jusqu'aux élec-
tions de 1848 Battns devant le peup ortefouilles Jusqu'à leur défuite de 3 + e À r. C'est cet ex-
ble, que suivit, ince, le cubi i, :tnbre 1886, devant le pe se cramponna U pouvoir jusqu'en Janvier 1887, alors qu'il fut défait sur le choix de l'Orateur,
Le 11 murs 1848, Lafontaine et Baldwin revenaient an pouvoir,
Les premiers actes du Lafontaine furent de rendre justico à ses c:mpn triotes Quatre Canathiuns-françuis formèrent Partie de son cab'net, et atin de rétablir l'équilibre entre les Lux races nn Conseil Législatif, it fit plu. sieurs nonvelles nominations, cm qu lui assurait également une majorité libérale dans la Chambie Haute.
Ce second ministère du Lafontaine —Balwin fut des plus fécond en réformes administratives : 1] fit la refonte de In loi électorale ; s'enquit des causes de l'émigration qui, depuis 1830 surtout, voyait, tous les ans, une foule de nos GCompatriotes traverser la ligne 45” ; il ouvrit étrangers, la navigation du St-Laurent ; vota pour les canaux ; amenda le tarif ; abolit la faculté du théologie de l'Un dapuis longtemps par Les libé tement des anglicans, pr ors ; il Ecoles du Bas-Canada ; loi muni la construction des che amenda le système juit tains produits, avec les Province abolit la loi de primogéniture, quelle lorsqu'un père 1m pourvut au rece 52, 1861
belles et bonnes ré éritent une mention 8 de cette époque sécularisation des réserves tenure seigneuriale,
A la session de 1844, sous le cabinet Draper-Viger, £40,000 furent votées pour le Haut-Canada Comme indemnité des pertes subies lors des troubles de 1837. Lafontaine réclum s le même AVantage pour le Bas.Cu. nada, mais le cabinet répondié par D. B, Papineau que le S0nvernement allait nommer une Commission pour établir le montant des pertes, s’en. Sageant virtuellement à donner plus turd la même mesure de justice et de générosité au Bas-Canada,
Lorsque Lafontaine revint “8 Commissaires, il
ittns qu'à , Xxnsa-
Canada des pertes subies en 1837. L'opposition composée de fanatiques torys du Haut-Canada, au nombre desquels se trouvait celui qui fat plus tard Sir John A. McDonald. fit feu et flammes contre le gouvernement- C'est en vain que le ministère et ses amis rétorquaient que le cabinet Draper-Viger avr zoté une mesure semblable pour le Haut Canada ; qu'eux-mêmes, les torys, s'étaient engagés et avaient promis oette mesvre pour le Bas-Canada, rien y fit. Uroyant avoir trouvé une excullente‘nccasion pour renverser les libéraux, les torys tonnèrent contre le projet de loi, prêchant la guerre sainte de race et de religion, faisant app#l à tontes les mauvaises passions, aux préjugés religieux et nationaux, criant à la loyauté, dénonçant les rebelles et inscrivanc sur leur programme “ mort aux Cunudiens français ; no french domination ! L'acte fut voté, mais au milien des scènes les plus tumultueuses, et lorsque lerd Elgin vint à la Chambre pour le sanctionner, il fut assailli par ces bons torys, à coup de pierres et d'oeufs pourris. Lafontaine fut menacé, mais ces vandales d'un nouveau genre, assouvirent définitivement leur vengeance en incendiant les bâtisses parlementaires. Montréal perdit, dès lors, pour toujours, grâce aux torys, le siège du gouvernement.
La clause 36 de l’Acte constitutionnel de 1791, avait autorisé ls souverain a réserver dans los futures concessions de terres dans les provinces du Haut et du Bas-Canada, un septième des terres ainsi onncédées. Cette réserve était faite pour le bénifice et l'entretien d'un * clergé protestant.” Les terres devaient alterner sur de grandes superficies avec celles des culons. Le système devait bientôt causer du mécontentement, car l'Eglise d'Angleterre voulut en avoir le contrôle exclusif, alléguant qu'elle était le seul “clergé protestant” reconnu. '
Lèe le commencement du siècle on avait songé a nine réforme et l’Assemblée Législativo du Hant Canada avait adopté certaines mesures afin de vendre l moitié de ces terres et en convertir les racettes à des fins s6culières. Ce projet n'eut pas de suite. Plus tard, les ministres de l Eglise d'Écosse et ceux d'autres sectes vinrent compliquer la question et réclumèrent une partie des réserves en contestant à l'Eglise d'Angleterre le droit exclusif au titre de “ clergé protestant.”
Au milieu de ces difficultés, les libéraux du Haut-Canada demandèrent ln sécularisation des réserves. On voulait vendre les terres et consacrer l'argent à ouvrir des écoles et a améliorer le système municipal. Les réformistes furent heureux, à chaque session, duns l'Assemblée .Législative, mais, comme toujours, pour tontes les grandes mesures libérales et populnires, ils se heurtèrent devant l'hostilité du Conseil Législatif. Sous l'Umcn, ea continua a demander avec persistance la séculurisation des résarves, Daus la session de 1850, le cabinet Lafontaine. Baldwin, pressé de résoudre la question, hésite, Il y avait divergence d'opinions entre l+s ministres, Lafontaine consentit à faire déposer par l'un du ses collègues, M. Price, un projet de loi dépouillé de tout caractère ministériel. Cette loi
devait autoriser Je BouVernement à vendre Jos terres en accordant ne indemuité aux Possesseura, MM. Lafontaine, Taché, et L, M. Viger, combattirent timidement le Projet, —ils hésitaient à sacrifier les réserves pour des objets séculiers tandis Que leur collègue, M. Diummond, le Solliciteur Général, combattit éuergiquement l'opinion d: son chef, Lafontaine, #8 Propositions de M, Price furent adoptées et transmises en Augleterre ; en 1854, la réforrr » était accomplie, et les réserves du c'ergé auglican sont aujourd'hui l'une des Vieilles iniquité tombées sous ls coûps du li
Une autre grande réforme sociale s'agitait encore depuis longtemps dans notre oays ; l'abolition de la tenure selgncuriale, En 1850, Lafontaine UVAI it consacrer, Par une résolution, lu principe de son abolition, en donnant Compensation aux seigneurs, A là sesst'on de 1851, la Question fut renveyée"à un comité,
Depuis quelques années, il Y avait des dissentions dans le parti libéral ct même au sein du cabinet, comme l'avait prouvé l'aititude du M. Drum. onda sur ]x Question des réserves du clergé,
Papineau, 'éVenu au pays, élu Pour St-Muurice, avait fait une opposi. tion presque Constante à Lafontaine, Ji AVRIL peu de partisans dans ln chambre, Mais à Montréal et à Québec, il AVait de fervents disciples dans Une pléinde de jeunes gens de tulents, hardis et bouillants, lnprégnés des idées démocratiques qui, de Ja vicille Éurope, se faisait sentir daus notre pays.
Le parti grit an berceau, grandissait rapidement, M. William Lyon
ackspzie, M. George Brown, M. Malcolin Cameron, f“ppuyaient en Mirmurant le cabinet Lafonturne Buliwin. On dem indait nno politique Plus tranchée, plus radicale, les libéraux du Hant-Canada sur celle de la sécularisation (les 1ésurves du clergé protestant et ceux dn Bas-Can it sur l'abolition de la tenure seigneuriale, M. Baldwin se rétira devant leg signes précurseurs de ln tempête qu'il croyait voir venir, durant la ses. siou de 1851, sous prétexte qu'il n'avait pa* en la Majorité de ses parti- . San: du Hant-Canain sur la question de l'abolition de la Cour de Chan. cellerie, En octobre Suivant, Lafontaine le SuUIVIL dans sa retraite, et remit sa démission entre les mains du SouvVerneur
8 libéraux de Ma génération, ne Contaissent de Lafontaine que ce que l’histoire à PU nous fournir de lenseikhements sur ga carrière publi. que, tandis que le Premier Ministre actuel nous est parfaitement connu,
OUS assistons tous leg jours, au développement gr'aduel de sa politique ; NOUS Connaissons ses opinions et ses tendances, et Personnellement, il “NOUS inspire autant de confiance que de respect, car On peut lut appiiquer À juste titre ce qu'un auteur français, franc Monarchiste, disait de Louis
VIIL, et dont “ Ja bienveillance, Suivant Jui, se manifestait dans sa pa “ role et la grandeur de sa race, dans son regard.”
Comme Lafontaine, Laurier est entré jeune dans lé Mouvement politique, Né à St Lin, le 19 Novetwbre 1841, au oMent même où l'on ve-
16 incompour aine, ère ; lican u li-
lans
din en
lun
nait de proclamer le gouvernement responsable, il -mbrassa fièrement, à sa sortie du collège de l'Assomption, les idées libérales de l'époque. Avec ia très grande mnjorité du parti qui avait à sa tête Sir A. À. Dorion comme chet et le Pays pour organe, il Aënonça le chargement constitutionnel de 1867. Comme l’Acte d'Union de 1841, l’Acte de l'Amérique Britannique du Nord nous fut plus ou motns imposé, et comme lui, dans l'opinion des chefs de notre parti, il fat conçu dans le but de noyer l'éléméut canadien-frauçuis. k
Quatre ministères étaiont tomhés dans l'espace des trois dernières années du régime de l’Union et deux élections généralesavaient été rendues nécessaires, sans pouvoir rétablir l'harmonie, Dans l'esprit de ses anteurs ln Confédération était done absolument nécessaire comme remède on paliatif aux difficultés administratives de l'époque. Elle avait pour bat, elle aussi, eomme tous les changements constitutionnels onérés dans notre histrire, de faire disparaître les préjugés religieux et na‘ionaux. D'un côté, elle donnait satisfaction aux fanatiques du Hant-Uanada qui récln- “aquent à grands cris depuis qu'ils avaient la majorité, la représentation asée sur la population, par l'établissement d'une Chambre Fédérale, mais d'un antre côté, elle donnait compensation au Bas- Canada et permettait aux Canadiens français, la minorité dans la Confédération ainsi créée, de conserver lenr autonomie, comme Catholiques et Français, par la création d'une législation locale, À laquelle était réservé le controle absolu de leurs droits civils et religieux.
Il y a des gens qui onÿ reconnn, à l'origine, la nécessité du la Confédération, et qui, anjourd'hui, pour des motifs aw'il serait impolitia ni? pentêtre d'exmminer iei,se refusent à en acëmpter la réalité Le temp’ seul peut guérir ces terreurs, cemine il a guéri celles de enx qui, à l'origine, niniant lu nécessité de la Confédération, en proclamaient l'impossibilité et -prédisaient 14 proscription de la race française, dans les choses et le domaine de la politique fédérale, ne se doutant pas qu'an jour viendrait où, sous le régime de cette mème Confédération, un des plus nobles raprés-ntants de leurs légitimes aspirations, deviendrait Premier Ministre, daus la personne de Laurier, co:nme Lafontaine l'avait également été sous l'Union,
Tout-en blâmant les clanses injustes qui proscrivaient l'usage de la augure françus- cuinme hugne parlementaire, l'égiité de la représentation populaire, le pai-ment de la dette du Haut par le Bas-Canndu, Lnfontaine : isolut de tirer néanmoins, tel que nous l'avons vu, le meilleur parti possible de l'Acte d'Union de 1840, Partisan dévoué du gouvernement responsable, 11 travailla sans relâche à en asseoir les principes sur des bases véritubles, et à obtemr de la mère-patrie, par la modération, la prudence. la diplomatie et la conciliation, les concessions nécessaires At bon fonctionnement de la nonvalle constitution.
Lorsque l'Acte de 1867 nous fut douné, le parti libéral du Bis Cana-
se sont opposés À Ja Confonctionnement, Mais du
)pposés ont été défaits en 1867, ils se ible,”
Flus heureux que Lafontaine, qui fit en 1842 som Premier discours en français, sons le régime de l'Union, justement PONT protester contre les Clauses injnstes de la constituti i ne, Laurier
i à :8, d: L ue ‘érnelle, à la Chambre
7 que ln constitu-
7 nous a accordé, rer “a constitution anglaise, faisant
le tour du monde, portée de tule, sur leg ailes de Ju lib-.r. té,”
noncé le gouv 0 Avril 188] 116, “La cuvane oleurs,” et : “L'histoire se ré " Voyant la dette Proportions alarmuntes, dans nos finances, notre crédit : 4 i écessité di
da honte Nordattachuit t. Le jury ne pouvant SAIS ont toujonrs trouve dans Lafontaine, nn vail. lant défenseur de leurs droits, "ValL comme après 1837. C'estau nom des Principes de Ja tolérance et de la liberté qu'il a constamment réclamé Justice pour sea CO patrintes, Auimé des mê mes o des i he » Coins ceux de 1837, de lev t», pour |’ > leurs dioits 14 gitimes, 74, Laurier avait réclamé l'amnistie pour Riel, comme Lefontaine l'avait fait pour les exilés des troubles de 1837 38,
* et O'Donohue, bannis pour cinq aus des domaines de.
Lafontaine avait refusé de faire partie du cabinet Draper, paree qu'il ae partageait pas sa politiqne et qu'il désapprouvait les opinions de certains de ses membres. Comme lui, Laurier refusa un jour, d'enirer dans le gouvernement Mackenzie, parce qu'il comptait au nombre de ses membres, certaine individualité politique dont il n'avait jamais partagé ni les opinions, ni les tendances religieuses et sociales,
La place de Laurier était toute marquée dans le cabinet Mackenzie. Lorsque l'Hon. M. Fournier s'effaça, en 1875, la presse libérale était unanime à désigner Laurier comme son successeur. M. Cauchon lui fut préféré, parce que Mackenzie croyait obtenir ainsi le concours de l'élément que le rédacteur du * Journal de Québec ” était censé représenter,
En 1876, Laurier refusa encore le portefeuille de Letellier, mais l’année suivante, M. Cauchon fut effacé et Laurier lui succéda.
La conduite de Laurier dans ces circonstances, prouve la fores de caractère et l'indépendance dont Lafontaine avait également douné l'exemple à deux ou urois reprises diftérentes.
Comme Lafontaine, Laurier a toujours préféré rester dans l'opposition, plutôt que de sacrifier à ses idées et à ses principes, car tous deux ont toujours également regardé le pouvoir, nou pas comme une faveur, mais comme un moyen de faire triompher les idées et les principes qui leur étaient chers “ Pour moi, disait Laurier, au banquet du club National, en ‘ murs 1883, je suis prêt à passer toute ma vie dans l'opposition si pour “ arriver au pouvoir, il nous faille faire le sacrifice de nos principes.”
Le gouvernement Mackenzie dont il fit partis, signala son passage aux affaires par des réformes vraiment libérales. Nous lui devons la loi éleetorale, passée dans le but de mettre un frein à la corruption . dans nos luttes politiques. Il « donné à l'étectorat le serutin secret, réclamé déjà par Papineau sous l'Union, afin de lui assurer ln liberté de voter suivant su conscience, en mettant l'électeur à l'abri des menaces, de. l'intimidation ; il a trouvé et donné la solution de la difficulté manitobaine de cette époque, par une amnistie complète accordée à toutes les personnes. compromises dans les troubles du Nord. Ouest, à l'exception de Riel, Lépine
Sa Majasté ; il a adopté une politique rationelle pour la construction du chemin de fer du Pacifique Canadien ; il a modifié la politique des gouvernements conservateurs relativement aux soumissions pour les contrats publics ; il a passé une loi de faillite, établi la Cour Suprême, et combattu les , princips protectionnistes outrés: de nos adversaires.
Dans l'intérêt de ses compatriotes, Lafontaine fit alliance avec les ré- £orimistes du Haut-Canada, parce qu'il voyait en eux l:s véritables amis des Canadiens-français, et qu'il partageait également les mêines opinions relativement au gouvernement responsable. Draper, MeNab, John Macdonald, étaient alors les chefs du parti tory. et avaient à notre égard les
mêmes idées étroites et fanatiques que les chefs torys actuels Wallace, Foster et Haggart.
Laurier a toujours considéré, conime Lafontaine, que nulle alliance n'é. tait plus politique que celle des libéraux Canadisns des autres Provinces, parce que, an milien des questions diversas qui surgissent nécessairement duos an pays mixte Conine le nôtre, ils se sont Montrés eonstamment beaucoup plus généreux et tolérants que Les torys. Jd'avrier d'ailleurs, en Agissant ainsi, n'est que le continnateur des tralli. tions vraimeut libérales, Le 20 S2:ptembre dernier, À Montréal, à l'onver. ture de la campagne électorale qui devait se terminer par le triompha si éclatant de son S0UVernement, Liurier défen fait su Dolitiqie raiativement à l'envoi des | ontingants an Transva 2, et disait : “ Je suis de l'école de Lafontaine, En 1841. lorsqu'on nous imposn l'U. “ hion, à ceux qui prétendaient qu'on ne devait Pas aceepter le nonvenx “ régime, parce qu'il avait été conçu dans une perisée d'homicite, M. Lifon- “ taine répoudit : Acceptons l'Union qui à été conçue d “ micide ; nous en ferons l'instrument ‘de notr: liberté. “ dans l'alliance avec les réformistes dn Haut Canada. “* Il est de l'intérêt des réformistes des denx “ terrain législatif, dans an esprit de paix, d'union, d'amitié et de frater. “ nité, L'effet de cette alliance est d'obtenir pour nous, Canadiens.français, “ Tes droits qui nous ont été evlevés par l’Acte de l'Union. Par cet acte, * “la langue française a été Proscrite, Mais, an 1849, g'âce aux efforts de “ Lafontaine et de Baldwin, des libéraux anglais et franç . “ française a été reconnue par Le parlement du Canada com “ fitelle. Eu 1849, grâce à l'alliance de Lafontaine et de “ chefs des réformateurs du Haut Canada, présentaient un bill
français nvee ceux Ç
ans une pensée ho.
Notre avenir est
uour in.
“* demniser ceux dont lea propriétés avaient été détruites en 1837.
ei Messieurs, je vois ici, devant mor des Vieillards qui se rappallent
“ peut-être du jour terrible: où les ennemis de la liberté “onstitutionnelle
* “’incendièrent }s parlement canadien, Pourquoi ? Parce qu'un gouverns.
‘ment canadien réformiste avait Passé nine musure de justice en faveur
: “de ceux qui avaient été victimes de l'insurrection,
“ Au moment on le fon Consumait l'éditice, un homme se levait pour
“ défendre cette mesure de justice, Etait.ce nn Canadien français ? Etuit.
“ ce Lafontaine? Etait.co Viger ? Non, luessieurs, c'était un canadien an- “ glais, Samuel Hugh Blake, père illustre d'un fils plus illustre encore,
“ Telle a été aussi ma politique, et je répète que le salut du P'ys, an-
“ jourd'hui, comme en 1847, repose dang l'alliance des libéraux anglais
“et des libéraux français, Messieurs, st nous voulons avoir justice ce
“n'est pas assez Pour nous de donner on simulacre de justice.
“ faut être généreux et respecter les sentiments de Ceux dont nous vou.
“ Jous être respectés ;, quend nos concitoyens anglais nous demandaient
“ d'envoyer des troupes au Transvaal, j'ai crü de mon devoir d'agir comme
ciation de mes concitoy-
E nous
je l'ai fait, et je soumets ma conduite à l'appré
“ ens, À quelque religion ou quelque nationalité qu'ils appartiennent.”
Et lorsqu'on sait qu'en parlant ainsi, Laurier représente les pensées, les sentiments, les aspirations des intelligsuces les plus brillantes et les plus distinguées qu'il y ait dans la population Canadienne-frauçaise de la confédération, n'y a:t-1l pas dans l'alliance intime qui existe aujourd'hui entre tons les libéraux du Canada, partout où on les trouve, une uouvelle garantie de la stabilité des institutions de notre commune patrie ?
En 1841, Lafontaine fut battu et éloigné du pouvoir par la conduite anti-constitutionnelle du gouverneur Sy.lenham, par le mensonge, la calomnie, le défranchissemant direct et indirect de plusieurs divisions électorales, et } la corruption la plus monstrucuse.
Comme Lafontaine, Laurier fut battn et longtemps éloigné du ponvoir pat les mêmes armes. L'histoire des monées indignes du parti tory, pour conserver le pouvoir, vous est familière comme à moi, mais Lafontaine n'a pas connu, lui, du moins, la guerre déloyale et injuste que l'où à faite à Laurier et au parti libéral, au nom de la religion. Dieu merci ! Ues temps sont passés ! Nos amis torys peuvent en faire leur deuil, car jamais ils ne les reverront, Et si aujourd'hui, la lutte politien-religiense qté l’on peut à bon droit appeler fratricide, est enfin terminée, nos le devons aux idées libéiales prêchées par les Mercier, les Langelier et les Laurier, i , On ne saurait nier qu'il ait fallu à Laurier un grand courage, un courage extraordinaire, pour résister À toutes les épreuves dont la politique l'a abreuvé, eu égard à la sensibilité de son âme, et à la nci-asse de son caractère, Entré dans l'arène parlementaire, en 1871, pour la Législature de Québec ; élu pour 44 Chambre des Communes, en 1874 ; batbu en 1897, dans Drummond et Aithabaska, comme ministre du gouvernrment Mackenzie ; battu avec Blaku, en 1886, canupe chef libéral de la. Province de Québec ; batui en 1891, comme chef libéral de la Confédération, Laurier ne s'est jamais découragé, et jusqu'à son triomphe définitif, iln persévéré, droit et ferme, sans peur et sans reproche, dans le droit chemin qu'il s'était tracé dès ses premières années, Ni les outrages, ni lesin- sultes d'une presse adverse, ni les p“rsécutions, ni les calomnies de tout genre dont il a été l'obj-t, n'ont pu, un seul instant, le faire dévier de son but, :
: Animés, saus doute, par les principes dé la charité chrétienne dont ils se targuent d'être les‘svuls défenseurs, sas alversaires ont été un jour assez maihontrêtes, comme en 1877, pour lancer contre lui le er1 qu'il était “ MINISYRE PROTESTANT ”. : Durant la campagne électorale de 1896, à ma Connaissance personnelle, les bonnes et saintes âmes torys se voilaient ja tigtre en disant msgolemment de Launer qu'ils n'étaient pes surpris de Vavoir vu tuer le famenx bill remédiateur, parce que c'était un catholi-
que de nom seulement: ‘IL NE FAISAIT PAS: MÊME HBAPTISER SES EN-
Rien de tout cela, cependant, n'a pu le faire dévier de son chemin, 11 s’est contenté de rester sur le terrain politique, assez grand, d'ailleurs, © pour y développer sa vaste intelligence.
Laurier n'a jamais songé à limiter les droits qui que ce p anti-libérale ‘ais songé, Mais les exagérations 0 es mensongères ”<ontre un hotnme comme Ini, qui n'a jamais connu dans la vie privée, qué son dévouement à la religion 1 à sa famille, et dans la vie publique, que son dévouement à son PAy5.. ‘Que le jour se fasse sur n'importe laquelle de ses actions, il n'aura jamais à en rougir.” Ainsi parlnit Ten. - Dyson, de l'illustre duc de Wellington, mais on Peut en dire autant de Lanrier, La différence entre Ja conduite de Laurier, comme chef du ral, et celle des chefs torys canadiens-françai voulu faire l'étal i religieuses, afin
ne n'attaque, et qu'il fait la lutt tique, définie par la mise à exécütic
Il'laisse crier les hypocrites et les turtuffes, et il. continne à respecter la religion de ses pères, sans ostentation, mais comme un bon citoyen, D il croit être les v
des athées, des suppots de
les libéraux seuis t idées politiques, I:
Il est avant re indépenctuelles qu'il
glaise, :l profite
8 l'administration de la
Pport avec notre état 50-
u'il n'était pas un nive-
que anglais. Il appartient par
le qui a marché sur les brisées
n et des Holton, 11 eat comme
son prédécesseur, B! Prog'essiste et novateur sous la constitution anglaise,
Au Canada, pour les catholiques comme Lafontaine et Laurier, être libéral, a toujours voulu dire, être en faveur de toute la somme de liberté compatible avec l'orire dans la société ; être contre le despotisme et l'arbitraire; vouloir l'égalité devant la loi ; et en général, des institutions et un gouvernement qui assure le plus grand bien-être possible,au plus grand nombre possible,
En Octobre 1895, Laurier écrivait à “La Patrie” : “ Depuis que j'ai “ pris la direction du parti, je me suis constammant appliqué à le tenir “ dans les grandes lignes de l'école libérale d'Angleterre, et je ne sortirai “ pas de œtte vois, aussi longtemps que je continuerai d'occuper le poste “ où je suis.”
Ces grandes lignes, il les a lui-même énoncées dans son discours mémorable sur le libéralisme canadien, en 1877.
Permettez moi de résumer,ici, en quelques mots, les principes de os libéralisme éciairé que nous professous, st si faussement et volontairement coufondu pat l’école ultramontaine de notre province, avec le libéralisme religieux condamné par l'Eglise, dans le but unique de soulever le sentiment religieux de notre religieuse population, au bénifice du parti tory, à tel point que le 13 seutembre 1881, à la demande des libéraux canadiensfrançais catholiques, le préfet de la Propagande, le cardinal Simeoni, a été obligé de mettre à la raison, ces catholiques plus catholiques que le pape, en leur déclarant que le parti réformiste du Canada n'était pas, et n'avait jemais été condamné par l'Eglise,
Catholiques, soumis aux enseignements de l'Eglise qui n'a jamais ni prescrit, ni proscrit, ni adopté, de préférence, aucun régime politique, qui ne s'est jamais inféolée à aucun parti dans aucun pays du monde, nous nous réclainons, nous, les partisans et les aduwniratears des Lafontaine, des Dorion, des Mercier, des Marchend et des Laurier, de lu cause libérale qui a toujours été celle du peuple, de celle que nous avons vu se manifester, en Angleterre, aux jours de Hawpden et de Somers, sous l’antocratie mal déguisée de Guorg-s LIL, dans la période de graude réaction qui a suivi la révolution française, et qui s'est coutinuée, depuis lors, ou plutôt, qui s'est incarnée, durunt près de cisquante ans, dans la grande persounalité de Giadstoue. Le L'béralist » anglais que nous professons est celui des politiciens distingués que j: viens de nomuuër, et il peut se résoudre en quelques principes incontustables, Nous croyons d'abord au progrès comme à la loi de toutes les institutious, tandis que le conservatisme semble considérer les codes ct les coutumss comme ayaut une vitalité ct une autorité par eux mêmes ; nous croyons à l'amour impérissable de la liberté qui a produit la liberté de ln presse, la liberté personelle, l'abolitiou de la traite des nègres, la réprobation de l’erclavag, la liberté du culte, l'indé-. pendance d::4 électeurs, l'éligibilité des catholiques romains aux fonctions publiques, la liberté du cominerce, le FREB TRADE, que le parti conserva-
CC | eee
ps combattu en Angleterre et dont d KR :
que les citryans d'une république grecque, race ou de uationalité, Uu autre principe revendiquer comme lui étant propre,
et de la nature humaine, et comme
aux intérêts nationa dualité. C'est ce achat des grades d forme du systèine judiciaire, l'expropri ation ae, etc, 8, la bâse du libéralisme politique ; telles sont 'école libérale d'Angleterre ” dont parlait Laurier Nous ponvons nous en réclamer avec orssance à toutes les grannteu lieu dans note publics Canadiens. français té perpétués parmi nons,
t quels furent les appels des torys à la loyauté, et contre la domination française de Lafontaine, lorsqu'il donnait pour le Bas-Cinaure de justice que Les torys avaiunt donnée an Hautnuisant ceux qui avaient i 1 Neles ea.
rendez-vous pas rs dans leurs organes accrédités, dénoncer le french Laurier et la french domination, comme ils le disuient sous l’Union de 1840 ?
C'est au nom du vieux drapean de loyauté qu'ils incenlièrent le parlement en 1849 !
C'est au nom de ln loyauté et en exploitant contre Lanrier le cri de ra ce et de religion, que les torys ont pu obtenir, dans Ontario, une faible majorité, lors des dernières élections générales ! Aujourd'hui, comme en 1849, les chefs torys anglais partagent les idées et les principes de Me- Nab avec qui Morm tien 1854, l'alliance Monstrueuse qui a donné naissance au parti consertateur de nos jours. Les alliés actuels des couserva -
‘teurs Canadiens-français, sont des torys de la pire cspèce, désirant l'abolition de la langue française et de nos institutions religienses, nous détes . taut souverainement, et nous méprisant avec dédain, et nous considérant,
nous, les Canausens-français, en 1901 comme en 1819, comme des rébelles, des vraîtres, des déloyaux et des étrangers. Je pourais citer, si j'en avais le temps, pour appuyer cette affirmation, des cer. saines d'articles de journaux torys et de déclarations publin es frites par leurs véritables chefs ; je pourrais citer également les de onciations patriotiques—mais sans résultat pratique—de la presse conservatrice canadienne-française contre leurs alliés. Mais la chose est inutile,car vous les connaissez comme moi, À la mort du vieux chef tory Macdonald, le groupe fanatique des orangistes refusa de se soumettre à la direction de Sir John Thomson parce qu'il était catholique, et ce dernier dût céder le pas à Sir John Ahbat, précisément parce qu'il était protestant ; il ne put lui sucoéder qu'en se mettant lui-même, avec sex collègues cauadiens-francais, à la remorqus de la sucte intolérante des orangistes, en prenant avec lui, Clark Wallace, son Grand Multtre, comme Commissaire des Douanes du Uanada !
Il ne taut pas oublier qu'à Toronto, en avril 1893, Dalton McCarthy qui s'était séparé de Sir John Thompson. mais qui se proclamait encor: et toujours tory, fit des déclarations telles, qu'elles ont levé un coin du voile de l’histoire du parti conservateur. Accusé de chercher à fomenter une guerre de race et de religion et d'ameuter, l'un contre l'autre,les deux principaux éléments qui composent la grande famille canadienne, Dalton MeCarthy déclara qne c'était conformément aux intentions et aux désirs de Sir John Macdonald, qu'il avait annoncé, en 1886, dans le comté ds Haldimand, que le domination frauco-cauadienne ne devait plus gouveruer ce pays.
Après l'exécution de Riel, Sir John était prêt à jeter pardessus bord tous ses partisans catholiques français, s'il eut pu s'assurer l'alliance des libéraux anglais. C'est ainsi que le vieux brulot de 1849 se préparait à récompenser le servilisme des lâches qui avaient Livré la tête du chaf des Métis, pour assouvir la haine orangiste. Les luttes que l'avenir réserve aux catholiques du Canada, et particulièrement aux Canadiens-français, leur seront livrées par cet élément politique fanatique et intolérant que représente l’orangisme. Quand donc nos compatriotes conservateurs Canadiens-français comprendront-ils, qu'en appuyant Clark Wallace comme l’un des chefs de leur parti, et en muntenant leur alliance politique actelle, 1ls contribuent à rendre plus furt le bras qui les a tant de fois maltraités, et qui menace constammnt la liberté et les droits de notre race ?
Combien plus large est la conduite du parti libéral anglais ! C'est à sa demande réitérée que Laurivr a accepté d'être son LEADER, et quand, après la mort de Sir John Macdonald et de Sir John Thon son, le mo: vemsnt de cohésion se tit tellemant fort antour de Laurier, que la presse tory croyaat l'eurayer, dans notre provinces, du mins, prédisait que si le parti libéral revenait victorieux dus élections de 1896, Laurier serait pres“ tement jeté pardessus bord pour faire place à un anglais, le Globe, de To: ronto, Le plus grand organe de l'opinion publique anglaise protestante et
libérale de notre P«Ys, repoussa cette imputation Outrageante et fit cette uoble réponse :
“ Le Globe est entièrement à la dévotion de M. Laurier dans l'opposi- “ tion ou au pouvoir, Il réprouve comme nne absurdité, un outrage, une e les libéraux pourraient faire porter à M, mettre à un autre le prix de la voir, à la convention d'Ottawa, et plus dans Ontario, du Dominion.
avoir M. Laurier pour re, tant qu'il voudra bien conserver la éprouvent pour lui, rappelle à lieus-françuis é “ les torys anglais é i
St l'on
de la charge
6, 1 plus qu'à
fédération est un désaatreux échec. Mais non, l'une tales de la Confédération, c'est l'égalité do tous les
“ Canadiens de chaque province, de chaque nationalité, de chaque roy - “ ance. Jamais Québec n'aurait accepté d'entrer duns l'Union, sous la con- ‘ dition, même implicite, que la race canadienne.fr.
“ l'infériorité, à pérpétuité,dans cette union,
“ pourrait aspiter aux plus hauts honneurs
luistre, à cause doué de talent et de caractère
C'est avec le concours des libéraux d'Ontario que Lafontaine et ses suc- Cesseurs, sous l'Union, ont pu voir s'évanouir la tenure seigneurinle qui n'était tombée en Europe que sous le glaive sanglant de la révolution ; laristocratie terrienne du slergé anglican emportée par le souffls de n0s
lées démocratiques ; la réforme du Conseil Législatif 4e notre langue française comme langue officielle subsides donné définitivement aux représe été l’une des causes de la révolution de 1 entièrement changée ; ln deux races et abandonné reclimée Ne cessons done pas dues critiques de notre existanion de 1791, et de 1837 à nos
jours, nous avons eu constamment avec nous, l'opinion libérale protestante Dans la question des écoles du Nouveau Brunswick ; lors des deux insurrections du Nord Ouest ; dans les assauts des torys contre l'autonomie des provinces ; lors de l’incorporation des orangistes ; sur la question du maintien de nes écoles séparées, dans Ontario ; lors de l'agitation Riel ; du règlement de la question des biens des jésuites ; du mouvement equalrightisle; en un mot, à toutes les grandes étapes de notre existance nationale et religiuse, Les libéraux anglais out été manifestement avec les libétaux cauadiens- français.
“ Dès le début du gouvernement constitutionnel, dit Garneau, les hom- ‘ mes et les partis se dessinent assez pour qu'on en aperçoive leur carac- “ tère, leurs tendances et leur esprit.”
Il est donc très-important de bien faire connaître et apprécier les opi-
nions et les principes des deux partis en présence sous la constitution d”= 1791 et celle de 1841,
D'un uôté, le pouvoir, appuyé sur une infime minorité, comptant sur la métropole, réclame l'autorité, la direction, parceque cette minorité était descendante de ceux qui avaient fait la conquête du pays. Toutes les vieil. les doctrines de l'absolntisine étaient dans son programme ; la Couronne était tout ; le peuple, corvéuble et tuillable a merci, était bon, tout au plus, à voter et payer les subsides. Il fallait, dans un pays soumis au régime constitutionnel, n'avoir aucun des droits.aucune des libertés du sujet anglais. Notre couronne datait de 1648. La liberté, dans la réalité de la constitution, était chose condamnuble, contraire à la vérité qui, d’après le pouvoir, ne devait découler que de sa volonté et de sa suprématie.
De l’autre côté, on réclamait la constitution avec les privilèges et les irnmunités qui en découlent néc-ssairement. Le peuple voulait la Couron. ne telie que la révoiution de 1688 l'avait faite : “ The King can do no “wrong, is under no man, ya in subjection to God and to the Law, “ for the Luw makes the King”.
Le peuple voulait le contrôle sur les subsides, sur le gouvernement, sur l'administration, sur la société civile et politique ; par l'esprit de la constitution, il était tonte l'antorité, et cependant, il était véritablement sans pouvoir, Tout ce que voulait la société, à l'encontre de l’arrogance et des injustices du gouvernement, c'était la vondération des pouvoirs et la justice envers tous, J1 n’y avait rien dans cette demande qui ressemblât À la rébellion et à des idées subversives de l'ordre ; elle découlait, au contraire, de la vérité politique, sans laquelle il ne peut y avoir ni juetice, ni ordre, parce que la liberté qu’elle engendre est toute d'origine et de sève chrétienne. L'appellation des partis était donc une juste qualification de leurs principes et da leurs tendances : Patriotes et Bureaucrates,
D'un côté, la Patrie, s'appuyant sur la constitution, réclamant ses immunités et ses priviléges, invoquant ses libertés, et voulant créer un ré-
gime de jnstice et d'égalité qui pertmit à la socité de se gouverner pour elle et par elle !
De l'autre coté, la tyrannie d'un conquérant, divenant la cnsts oMciel. le du gouvernem nt, méprisaat les étarnels principes d: la véritabiu ds. Mocratie politique, foulant aux pieds la justice, l'égalité et la libarté ot désirant gouverner au bénélice de ses intérêts particuliers, au décrimont de ceux de ln société en général ! C'est ce qu'on a apptié, à bon droit, le parti du “Family Compact”, la lutte pour la possession du pouvoir an faveur de certaines familles influentes composés surtout des fonctionnaires publics, et marchands angl is auxquels so joignirent lus loyalistos américains, établis dans notre province, Aussi, Papineau dénonçait-l ce parti, comme voulant tout avoir ‘ le pouvoir, les places et l'or.”
Voilà le passé des partis, sous la constitution de 1791, jusqu'à 1837.
Après 1340, sous l'Uniou, on les retrouve dans l'arène politique, aves d'autres désignations, d'autres appellations, mais avec les mêmes tenlances, les mêmes principes, et par conséquent, avec les mêm :s divergencss,
La différence est dans les idées de la métropole qui, désirense d'éviter une nouvelle révolution, veut et entend que la constitution soit uu fait, une réalité, et que la Couronne ne serve plus d'écrans à une race ou à uns classe de la société, pour dominer l'autre, La canse du mal et du désordre qui existait sous la constitution de 1791, allait ainsi disparaître, car la lutte se confinait dorénavant entre des natiouaux, et la colon e allait se sauver par la métropole.
La vie politique de l'Angleterre allait s'ilentifier à celle de la colonie, la diriger par ses théories, par ses enseignements, par ses précédents, par ses pratiques séculaires, par je jeu de sus partis politiques.
Par l’Union de 1840, la caste officielle se trouva nécessairement plus nombreuse : ponssée par le même égoisme qu'elle avait montré, sous la cunstitutron de 1791, elle réclama le pouvoir «de par sa loyauté, Dans Les deux provinces, elle avait marché d'après les mêmes idées, par et pour les mêmes intérêts, Il y avait mépris égal pour tout ce qui n'était pas elle
Sydenham disparut après une administration qui paraissait satisfaire les appétits voraces de la bureaucratie. Bagot, sou successeur, fut l'homme chargé, par les instructions positives qui lui furent données par le bureau colonial, d'inaugurer ve ‘tablement le nouvel ordre politique. [l fut l'homme du peuple, de la constitution, et non des castes et des Bureaucrates, Maigré l'opposition de ces derniers, il incarna dans les faits du mouvement politique, les conséquences de la liberté constitutionnelle. Les Bureaucrates, suivirent, mais en trainant, la nouvelle voie que l’Angleterre, dans une sagesse digne de tout éloge, voulait ouvrir, sous les anspices de l'Acte d'Tlnian, Cette s- sse 80 glorifiait, plis cri, dans ces belles et nobles paroles de lord Shantesbury :
La gloire de l'Angleterre dans l'histoire ne sera pas d'avoir jeté des
« colonies sur tous les points du globe,mais d'avoir fondé partout des em- “ pires qui maintiendront, en les propaguant, la liburté ot la grandeur des “ honmes.”
Les Burcaucrates, que cette liberté déplaçait, s'appelèrent conservateurs où torys. Ils voulurent, sous l'Union de 1341, le despotisme de l'ancien ordre de choses qu'ils avaient fait régner sous la constitution de 1791, Ils représentaient le droit de leur caste à être l'autorité, le pouvoir, l'influence sociale,
Les Patriotes, anciens reb-lles pour la plupart, devinrent ls défenseurs de l'autonté, du gouvernement, [ls demandèrent la réforme des abus, la concession «+8 tendances libérales qui sont la bâse de la constitution anghuse ; ils étaient ln majonté, c'était donc le peuplé qui devait avoir ka régie et l'administration de la chose publique, dans les limites de la constitution, dans les vérités de la loi politique. Ils s'appe!èrent les libévaux, le parti hbéra!, et s'abritèrent sous la direction de Lafontains et de Baldwin.
Lord Metcalfe essaya de reprendre, au bénéfice des Bureaucrates, la politique d'avant 1837, sous la direction des Lraper et des MeNab. Sa conduite eut pour effet de mieux faire définir et comprendre les princips, comme la vratique des hbzrtés constitutionnlles, sous un gonuverusment responsable,
Daus cette lutte de près d'un siècle, les conservateurs n'ont pas été, pour me servir du langage de Laurier, dans son magrifique exposé du libéraligie, ‘ les amis et les défenseurs de la libarté da peuple ou des individus, mais 1ls ont oublié la vrate notion de la liberté ” ; ils ont arboré et pratiqué la ‘ licence ” d” tout faire contre le peuple et les individus, parce que le peuple et les individus ne voulaient pas leur voir conlisquer le pouvoir, l'administration, la libuté, à leur protit personnel,
Laurier a dit un jour, que si Cartier revenait sur notre swène politique, il ne recounaltrail pas son parti. Nous pouvous dire sans crainte de nous tromper, qu'en 1851, lorsqu'il abaudonna la vie publique, cafontaine aurait rougi de honte d'être appelé conservateur, lui qui, pudant vingt ans, avait constamment proclamé et défeudu, avant comme après 1837, les principes des Patriotes et des libéraux,
Lafontaine fnt, sous l'Union, jusqu'en 1851, le chef des libéraux Canadiens-français, Toute la popuiation du Bas-Uanada, le supporta loyalement, Li fut cependant abandonné par Uenis Benjamin Viger, un respectable vieillard qui avait rendu d'immenses services à ses compatriotes et passé sa vie à parler de liberté. Mais Viger, trop honnête pour être accusé de trahison, n'en fut pas moins unanimement blâämé,
Quant à Paçineau, il ronna contre l'Acte d'Union, blâma Lafontaine de l'avoir accepté, demant: le scrutin secrrt, la représentation bâsée sur la population, ete. Mercier a fait à Lafontaine le reproche de ne pas avoir
offert au grand tribun, le fauteuil de l'Oratour lorsqu'il revint sur la scène politique.
Il u'y a aucun doute que Lafontaine, comme chsf de parti, n'avait ni la souplesse de Mercier, ni l'envergurs et l'éloquence si souvent sublime de Laurier, [1 n'était pas, non plus, un menour d'hommes, car il ne possédait pas ce magnétisme personnel qui a fait de Msrcier et de Laurier, chez les masses populaires, les deux chefs politiques Canadiens-français les plus sincèrement aimés que nous ayons eu depuis Papinsau,
Lorsque le parti libéral choisit Laurier comme ch:f, en 1887, les cons-rvateurs Canadiens-français furent cont:nts et satisfaits, mais pour des raisons bien différentes d« celles des libéraux : ils so dirent : “ Tant que Laurier sera chef, nous sommes certain de rester au pouvoir”, car, pour les conservateurs de nos jours, comma pour les membres du Family Compact d'autrefois, le pouvoir, avec ses jouissances et ses faveurs, n'a jamais été le morceau le moins dédaigné. [ls croyaient qua Laurier, tout en étant l'orateur éloquent que nous connaissons, et tellement éloquent que l'Hou, M. Mousseau «isait un jour, “ une race qui produit un orateur comme Laurier, n'est pas uns race prâts à s'éteinlre”, ils croyaient, dis-je, que le nouveau chef ne serait jamais, comme tasticien parlewentaire, à la hauteur de lu position.
Ajoutons également que tous ces grands patriot:s étaient encore fiers de le voir choisi comm: chef, parce qu'ils se ‘lisaient en eux-mêmes, l'élément protestant, formant l'immense majorité de la Coufédératicr, n'accepterait jamais un Canadien-français, comme Premier Ministre.
Aujourd'hui, toutes les préventions que l'on sonlevait contre Laurier, comme chef et tacticien parlementaire, se sont dissipés. Le parti tury n'a jamais pu le prendre par surprise ; toujours prudent, usant d'un lungage diplmatique toujours convenable, pour exprimer sa pensée, il fait le désespoir de ses adversuires qui ont été jusqu'à l'accuser, comme M. Foster l’a fait ‘“ De rester dans les lignes de Torrès Vedras.”
Ea arrivant au pouvoir, Mercier voulut tout faire par lui-même. Laurier ne parait pas vouloir réduire ses collègues et ses anis au sumple rôle de machines à voter les mesures ministérielles. Aimant le talent, orgueilleux du succès de son plus modeste partisan, il ch-rchs à s'entourer de tous les esprits supérieurs de son parti—la formation de sun cabinet, en 1896, en est la preuve évidente—coutrairement à ca que nous avons vu, sur certains anciens ministres conservateurs dont toute l'ambition paraissait. se complaire à s'entourer de nullités politiques, pour pouvoir sauvegarder plus sûrement leur propre infériorité.
Vous conuaissez ses réformes administratives et son succès diplommatique, en arrachant à l’Augleterre, qui nous l'avait constamment refusé, la dénonciatiou des traités belges st ailemands,
“ Quand l'itlustre chef du parti libéral, M. Laurier, nous rapportait de “ l'Angleterre, la dernière de nos grandes libertés politiques, le droit pour
‘le Canada, de faire lui-même ses traités de commerce, droit qu'il avait
‘“ conaais par sa diplomatie et sou éloquence, j'ai été le premier, disait “ l'Hon, M. Chapleau, à Salem, à l’acclamer, parce qu'il avait bien tra- ‘‘vaillé pour son pays ",
Son gouvernement, les amis qui le supportent, et au nombre desquels je suis heureux de me trouver, n'a eu, jusqu'ici, qu'un seul but : gagner l'affection de l'électorat, par une politique de justice et de progrès, de modération et de conciliation. Cumme celui de Lafontaine. Baldwin, il ne désire favoriser aucune race, ni aucune religion, au détriment l’une de l'autre, mais les mettant toutes devant la loi, sur le même pied d'égalité, et ayant pour elles le même respact, la même bienveillance, il travaille à cimenter la concorde ét l'harmonie qui doivent exister dans un pays composé, comme le nôtre, de nationalités et de croyance différentes. L'ancien gouvernement lui a légué, comme vous le savez tous, des embarras affreux,des lois iniques à faire disparaître, des insjuatices révoltantes à redresser, Aussi, sa politique, depuis son avènement au pouvoir, a-t-elle été de réparer les abus des administrations précédentes ; d'adopter toutes les lois utiles répondant aux besoins les plus urgents du pays ; de faire les réformes les plus pratiques et les plus progressives ; de chercher dans leur application la force ct la grandeur du gouvernement constitutionnel, sous lequel nous vivons ; de donner un nouvel essor à notre commerce, à notre industrie, à notre agriculture.
Le gouvernement Laurier nous à donné une adiministration intègre, active et honnête, après laquelle le parti libéral soupirait depuis longtemps ; il s'est montré, l'ami dévoué et le bienfaiteur des classes ouvrières et agricoles ; sa politique a été, avant tout, celle d’un gouvernement qui veut le progrès, la grandeur et la prospérité du pays,
Dans l'application de cette politique qu’il a inaugurée, avec les résultats bienfaisants qui se sont manifestés d'un océan à l'autre, Laurier a dû, nécessairement, dépenser une somme énorme de travail, Homme d'Etat, soucieux des grands intérêts confiés à sa garde, ne désirant que la sa. tisfaction du devoir accompli et l'approbation de ses concitoyens, il s’est mis à l'œuvre avec courage, aplanissant toutes les difficultés qui se sont présentées, satisfaisaut, autant ga'il le pouvait, à toutes les exigences politiques, faisant droit à toutes les demandes légitimes, multipliant son dévouement, sachant comprendre et mettant en pratique ces paroles sévères mais juste de Royer-Collard : “Les constitutions ne sont pas des ten- “tes dressées pour le sommeil, Les gouvernement sont placés sous la loi
‘universelle de la création, et sunt condamnés au travail ; Comme le la- “boureur ils vivent à la sueur de leur front.”
Le peuple a su comprendre ce travail incessant, ce dévouement patriotique, ot Laurier possède aujourd'hui pour récompense et remerciement, cotame Lafontaine autrefois, l'entière confiance, la plus profonde estime
et l'admiration la plus sincère de tous les véritables patriotes du pays, Il
a constamment cherché à convaincre les libéraux que nous étions les continuateurs de l'œuvre politique de Lafontaine. Ils'est lui-même d'ailleurs, plus d’une fois, comme chef du parti libéral, réclamé des idées précunisées par Lafontaine. Lorsque les torys Canadiens-français voulurent, après le règlement qu'il avait fait de la question scolaire du Manitoba, soulever ses compatriotes contre lui, en exploitant les préjugfs religienx et nationaux. Laurier défendit courageusement, au banquet du club National, le 30 Décembre 1896, au nom de la liberté civile, la politique vonciliante qu'il avait adoptée et suivie, Quelques jours plus tard, à Québec, au milieu de ce foyer du libéralisme, il défendait de nouveau son action en s'appuyant de l'autorité du nom et des principes de Lafoutaine,
‘# M. Lafontaine avait compris, disait Laurier, il était persuadé, écrit « Turcotte, que les Canadiens, sortis des malheurs de 1837-38, et après « les tempêtes soulevées pour la conquête du régime constitutionnel au “ sein de la Chambre, avait besoin de calme et de repos. L’agitation « était, à son avis. inopportune, il avait donc acsepté la Constitution tout “ en cherchant à l’amenuder à l'avantage de ses compatriotes : il voulait «“ obtenir avec le concours de ses collègues, tous les avantiges possibles “ du nouveau régime de gouvernement, qui avait comm':ncé la régénéra- « tion de ses compatrintes, les avait placés dans uns position plus avanta- “ geuse, et avait déjoué les desseins pervers des ennemis de leur nationa- “lité. Déjà, cette conduite, approuvée par le Bas-Canada, avait eu de “ magnifiques résultats. On espérait qu'avec le temps, viendrait le re- « dressement des autres griefs auxquels la conititution avait donné nais- “ gance”, Moi aussi, coutinne-t il, comtn: Lafuntains, je crois que le « pays a besoin de paix pour les grandes réformas que nous avons à opé- “rer, Je crois qu'il vaut mieux accepter ce règlement là pour obtenir “ le redressement. Voilà les raisons qui m'ont inspiré pour demander à “ mas compatriotes d'être modérés dans leurs demindes, comme nos pè- “ res l'ont été en 1849, Et quand js disparaîtrai de la scène, je ne de- “ mande pas autre chose qu'on grave sur ma tomb:: “ Que je périsse “ plutôt, mais que ma patrie soit sauvée ! ”
Laurier est arrivé au sommet d« l'échelle sociale par un noble chemin : la voie droite, la route da l'honneur,
Comme Lafontaine, il doit l& position honorable qu'il occupe, la plus haute que nous paissions lui douner, à la largeur de ses vues, à la nobles- 8e de son caractère, à l'intégrité de sa conduite politique, au désinéressoment dont il a toujours donné l'exemple parmi nos hommes publics, à cette grande éloquence parlementaire qui l'a fait surnommer “ la. bouche d'argent,” et surtout, à cette idée véritablement nationale dont il s’est fait l'incarnation politique en voulant faire de notre beau Canada, un pays uni et prospère, sous un même drapeau.
Grâce à son prestige, notre race qui avait tant perdu de son influence dans les conseils de ia uation, par la politique maladroite des ministres
conservateurs canadiens-français, dans la question Riel, et des écoles du Manitoba, s'est relevée, s'affirmant digae da la liberté dont elle jouit en ce pays, digne de ses ancêtres et d: ses britiantics destinées.
Comme Lafontaine, Laurier :st le chef recurnu, respesté et aimé de tous ceux qui veulent le progrè : dans l'ordre, la liberté daus la paix !
Comme Lafontaine, Laurier & rénri aïtour de lai, la presque totalité de ln députation canadienne-française, et i! commande une d votion personnelle que peu de chefs politiques ont pu obtenir,
Qu'elle est belle, cette époque à laquelle appartient Lafontaine et dont je viens, a grands traits, de rappeler le souvenir !
« C'était celle, ou, pour me servir du langage du poète. L'on n’écoutait “ que la voix de nos droits outragés !”
C'était celle ou les patriotes libéraux donnaient leur vie à la Patrie, sur les champs de bataille de St-Denis, de St-Charles et de St-Eustache ou, montaient à l'échafaul, pour l'obteation des libertés dont nous jouissons maintenant !
C'était celle ou Lafontaine donnait, comme Laurier le fait aujourd'hui, l'exemple de toutes les vertus publiques !
C'était celle vù Etienne Parent, faisant les bons combats du parti libéral, rappelait dans “Le Canadien” :
à Tout ce monde de gloire où vivaient nos aïeux !
C'était l'époque où tous les Canadiens-françuis étaient de bons, de sincères et d'ardents libéraux, regardant le passé avec fierté, les torys avec mépris, l'avenir avec confiance et luttant vaillamment pour le triomphe de nos libertés politiques et civiles !
Aimons à rappeler le souvenir de ces évènements historiques, à les perpétuer parmi nous, afin d'entretenir toujours vivace, l'amour de la Patrie, le sentiment des principes libéraux, les dévouements patriotiques et la reconnaissance inaltérable que nous devons à ceux qui
Ont pour toujours, planté, Sur notre jeune sol, ton arbre, à liberté !
RRRETETTSRERIRTEES