L.-H. LAFONTAINE
Durant les dernières années de sa carrière administrative, son caractère parut parfois s’aigrir et céder à une impatience étrangère à ses habitudes. Il est certain que les ambitions non justifiées de quelques-uns de ses partisans, trop pressés de recueillir sa succession ; que Iles convoitises si âpres qui surgissent en politique plutôt qu’ailleurs, provoquaient dans son tempérament des accès d’irritation. Lui, le désintéressement fait homme, ne comprenait pas l'intérêt personnel chez les autres. Prétendre imposer à chacun son abnégation individuelle n’était-ce pas trop exiger de la nature humaine ? Sa tenue si correcte, son air si grave, passaient aux yeux des étrangers pour une hauteur qui n’était que de surface.
C'était, au contraire, un tempérament doux, un cœur ouvert à la pitié, à la Mmansuétude pour les petits, à la com- Passion pour les déshérités de la vie, ne pouvant être témoin de l’infortune sans la secourir, un homme qui retranchait non point du superflu ni du luxe, inconnns à ses modestes ressources, mais du nécessaire pour l’épancher sur les pauvres.
habitués Cependant, en famille, à faire le signe de la croix. 1
Quand l’apoplexie le vint foudroyer inopinément, chaque famille canadienne se sentit comme Mmeurtrie dans ses affections les plus chères. Autour de Son cercueil, sur le bord
il se faisait une gloire de faire sur lui ce signe de salut, même à la table des Souverneurs, tout exprès pour qu’on sut bien qu’il tenait à passer pour catholique. C’est aussi Pour cette raison qu’il lui est arrivé de se prosterner en pleine rue, devant le Saint-Sacrement que l’on portait publiquement pour la communion des malades,
Nous devons aussi rendre hommage à son cœur, car nous savons, de source certaine, que ce n’était Pas sans verser des larmes de compassion sur les misères qu’abritent nos institutions, et sans Y répandre les bienfaits de sa charité, qu’il faisait la visite des asiles et hospices consacrés à soulager toutes les souffrances” (Le 2 mars, 1864.)
de sa tombe, éclata soudain le concert des regrets convain- Cus, expression de la gratitude populaire, solennelle, grandiose, émouvante oraison funèbre de la nation en pleurs. Lord Elgin, si excellent juge en hommes, avait un jour dit en présence d’un groupe d’amis que ‘“ LaFontaine était vé. ritablement un grand politique et qu’il n'avait jamais, à son sentiment, commis aucune erreur grave.” Belle parole, tombant des lèvres d’un Personnage aussi-éminent ! Combattre pour {a conquête des droits les plus sacrés de loyaux concitoyens, et, ces droits une fois assurés, dépenser toutes les énergies du génie à la réforme des lois fondamentales de l'Etat, à la création d’un Organisme qui garantis-
sait la vitalité nationale, à la consolidation de l’harmonie et de la concorde entre 1
Contemporains ; l’œuvre ac- Complie apparaît comme un édifice d’une superbe ordonnance, destiné à immortaliser sa mémoire, à défaut de la statue qu’il a si bien méritée,
Chaque contrée de l’univers révère pieusement le souvenir de ses enfants qui ont Su, soit dans les combats sanglants, soit dans les luttes politiques, illustrer leur nom et leur pays. L’inépuisable activité, le dévouement inlassable et fécond de LaFontaine ont eu, il est vrai, Pour théâtre, une scène bien modeste ; mais qu’un homme de Caractère vienne à briser les fers de dix millions ou de cent mille compatriotes, le prix et le mérite de son intervention demeurent également inestimables, Aussi, le nom de LaFontaine se
doit-il inscrire à côté des grands libérateurs des peuples,
TA
I1 importe assurément, pour la gloire de la race et pour l’instruction de la jeunesse, de remémorer la fructueuse carrière des personnages illustres. LaFontaine est du nombre ; il s’est grandi, il s’est placé au-dessus de la multitude par l’élévation des talents naturels et acquis, par la hauteur du caractère, aussi bien que par le courage civique qui a porté son âme héroïque à la hauteur des périls de la patrie. Voilà pourquoi il nous a paru utile de faire quelques retouches au portrait connu de ce grand Canadien. Fallait-il craindre pour sa mémoire l’oubli, ce second linceul des mt? Non, sans nul doute. La reconnaissance unive:-lle conserve dans l’esprit national, sa forte et rayonnante figure, associée aux leçons et aux exemples mémorables, sorte de testament que lègue à la postérité ce grand serviteur de la patrie et de la religion. Ce fut la plus grande figure de la plus belle période de notre histoire !
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Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur donnant les deux lettres de LaFontaine écrites de Paris en 1838, dont il a été question plus haut. M. Ellice, le destinataire, était un personnage important à Londres. Il avait épousé en première noces une fille de lord Grey et après la mort de sa femme, il épousa la veuve du comte de Leicester, une Albemarle. Ses alliances lui valurent une grande influence parmi les whigs. On l’appelait “the bear ”, l'ours, à cause de ses relations avec le pays des animaux à fourrures. Il fut membre du ministère de lord Grey. Nul Anglais ne connaissait mieux que lui le Canada qu’il avait visité à plusieurs reprises. C’est lui qui réussit à mettre fin aux longues querelles entre les Compagnies du N ord-Ouest, X. Y. Z. et de la Baie d'Hudson, en fusionnant celle-ci avec ses deux rivales. On sait qu’il était seigneur de Beauharnois. *
Il avait favorisé le projet d’union du Canada de 1822, si hostile à nos intérêts. Plus tard on le trouve mieux disposé à l’égard des Canadiens-Français. C’est à ce moment que LaFontaine, qui l’avait connu à Londres, lui écrivit les lettres qu’on va lire et qui étaient destinées à passer sous les yeux de lord Durham.
Voici ces lettres :
Paris, 15 mars 1838.
Hôtel de Tours — Près de la Bourse.
Mon cher Monsieur,
Plusieurs fois j’ai cherché inutilement à trouver la résidence de votre frère dans la rue de Clichy. Je le regrette beaucoup, car je ne pourrai lui présenter votre lettre. Vous avez oublié d’indiquer le numéro. N’étant pas certain de retourner à Londres avant de m’embarquer pour le Canada, permettez-moi de vous écrire quelques mots concernant les affaires de mon pays, avec la même confiance qui a déjà guidé nos conversations.
Je regarderai toujours comme injuste et même tyrannique la suspension de notre Législature. Cependant la nomination de lord Durham a fait naître chez moi l’espérance d’un meilleur avenir.
C’est ainsi que j’en ai ‘crit au Canada, même dès le jour où je mis pied à terre à Liver} xl. Vous m’avez depuis confirmé dans cette opinion. Aussi, avant de quitter Londres, ai-je désapprouvé la motion de sir W. Molesworth.: Je le crois bien sincèrement ami des libertés coloniales ; mais il était impossible de ne pas prévoir à l'instant que loin de nous servir, le succès de sa proposition eût produit un résultat tout à fait contraire. Les Tories une fois au pouvoir, le discours de lord Stanley ne nous présageait (?) que des mesures de vengeance, et ne nous laissait que le désespoir en partage. Peut-être même eussent-
1 LaF\ ‘itaine lui reproche d’avoir voté contre le bill autorisant la mission de Durham au Canada, Comme le croyait LaFontaine, c'était un ami de notre Cause. Dans les discours qu’il prononça sur les affaires du Canada, à la session de 1838, il déclara odieuse, inique la conduite des gouverneurs Dalhousie, Aylmer et du Conseil législatif, Il était impossible à l’Assemblée de se résigner aux injustices qu’ils commettaient, injustices de nature à justifier une insurrection.
ils conservé, comme &ouverneur, sir John Colborne dont les Canadiens ne pourront jamais oublier le nom, parce qu’ils ne pourront jamais oublier l’incendie de leurs villages.
Il est digne de remarque que dans tout le cours des débats sur le Canada, les Tories et les Whigs, se renvoyant la boule réciproquement, s’accusent, tour à tour, les uns les autres, c’est-à-dire les différents ministères qui se sont succédé depuis 1828, d’être la cause de la continuation de nos difficultés politiques. C’est admettre un fait dont nous nous sommes toujours plaints. Et pourtant c’est contre nous que l’on sévit !
La question du Conseil législatif, dont tout le monde. condamne la composition, est sans doute devenue maintenant la question la plus délicate, “ owing to the former neglect experienced by the colony ”, suivant les expressions mêmes dont lord J ohn Russell a fait usage, en parlant de la non-exécution du rapport de 1828. Le Conseil actuel étant une anomalie en principe, et une expérience de 40 ans nous ayant démontré cette vérité, nous avons suggéré, comme remède effcace, l’application du principe électif comme étant “un moyen sûr Pour tous les partis ”, selon l’aveu même de M. John Neilson. Mais Lous n’avons jamais entendu faire, de la concession immédiate de cette demande, une condition sine quâ non à la marche des affaires. Sil pouvait y avoir des doutes à ce sujet, avant la dernière session, par suite de la fausse interprétation donnée à notre réponse de 1836, il ne pouvait plus en exister depuis cette session.
A notre adresse du 25 août dernier, un amendement fut ajouté à ma suggestion, en comité général, Pour mieux expliquer cette pensée, et conformément à lopinion de la généralité des membres, manifestée dans les débats. Cependant, l'on voit avec chagrin que dans les dépêches communiquées au Parlement, lord Gosford ne mentionne aucunement ce fait important. Deux lignes de sa part à ce sujet eussent probablement empêché le ministère de commettre l'injustice flagrante de suspendre l’Assemblée.
Même plus, si, conformément aux dépêches de lord Glenelg des 29 avril et 22 mai derniers, lord Gosford eut fait, avant la dernière session, une addition au Conseil législatif, “ by a careful selection of men Of.property, character and influence in the Province, of liberal views and entitled to the respect and confidence of the public, but not committed to the extreme opinions ”, de manière à être en état, en assemblant la Législature, “to appeal to the alteration which might have been made in the composition of the Council, as a proof of the sincerity with which His Majesty’s Government are disposed to carry into effect the intentions which they have expressed on this head ”. La Chambre d’Assemblée aurait certainement procédé à la dépêche des affaires, et voté les subsides nécessaires ; ce qui en était la conséquence naturelle. J'aime à croire que lord Gosford était disposé à le faire ; mais il n’est peut-être malheureusement que trop vrai que certaine influence étrangère, mue par la vengeance, l’en a empêché. Il a donc là perdu encore une fois l’occasion d’opérer une réconciliation qu’on lui offrait. Si j’entre dans ces détails, c’est pour prouver que la Chambre d'Assemblée n’a point mérité l’injustice dont la frappe l’acte de suspension.
Quoi qu’il en soit, je regarde le conseil actuel comme virtuellement détruit. Car, outre qu’une de vos résolutions de l’année dernière déclare qu’il faut lui donner “ un plus haut degré de confiance publique ”, le ministère, par son organe dans la Chambre des Communes, vient de confirmer ce que nous avons si souvent dit, savoir : que l’existence de ce corps, sur sa base actuelle, était une anomalie. Dans son discours sur la motion de sir Wm Molesworth, lord J. Russell, en faisant allusion à ce fait, ajoute : “ The wonder would have been if, instead, of such a collision having arisen, harmony had for any long period been observed. ”
Puisqu’il entretenait cette opinion et qu’il était ainsi convaincu d’une vérité que nous, instruits par l’expérience, ne cessions de répéter dans nos griefs, pourquoi, au lieu de sévir contre nous, parce que
nous nous plaignions d’un fait qu’il admet, n’a-t-il pas au contraire refait cette branche de la Législature de manière à lui donner la capacité “to work successfully ? ” Je dois donc penser que c’est pour parvenir à ce but qu’il a chargé lord Durham d’une mission aussi importante que celle de pacifier le Canada. Si c’est là vraiment l’objet principal de cette mission (car autrement la suspension de la Législature serait une pure moquerie, et il aurait été plus conséquent de la révoquer totalement), lord Durham trouverait plus de facilité à accomplir cet objet avec le secours des représentants du peuple; l’odieux d’une dictature ne s’attacherait plus alors à son voyage. Je prends plaisir à croire qu’à son arrivée en Canada, il sentira l'avantage qu il y aurait pour lui de convoquer l’Assemblée, et qu’il demandera, aussitôt que possible, le pouvoir de le faire. Cette mesure ferait renaître la confiance, et assurerait sans aucun doute, et mieux que toute autre chose, le succès de sa mission.
Mais une mesure préliminaire est devenue nécessaire pour les différents motifs que je vous ai déjà expliqués : c’est une amnistie générale. Il est même de l’intérêt du gouvernement de l’accorder. En donnant à lord Durham le pouvoir de la proclamer à son arrivée en Caanda, ce serait de suite ouvrir, à son importante mission, une chance assurée de succès. Je ne suis pas surpris de voir les officiels, cette faction si bien décrite par lord Sandon lui-même, dans les paroles que vient de rapporter lord John Russell, crier à la rébellion, à la révolution ! Il n’y aurait jamais eu de résistance à main armée, si le gouvernement n’avait pas eu recours à des arrestations politiques, ou même si des antécédents malheureusement trop vrais, n’avaient pas fait perdre au peuple toute confiance dans l’administration de la justice en matière politique.
J’attends beaucoup de l’administration de lord Durham ; sous ses auspices, j'attends un meilleur avenir pour mon pays. S'il en devait être autrement, je serais cruellement trompé, de même que mes compatriotes. Il peut s’attendre, aussitôt que sa nomination aura été connue en Canada, à mille injures de la part de la presse tory de ce pays,
à raison des opinions libérales qu’il a toujours professées, Et s’il ne se met pas en garde contre les intrigues des officiels de Québec (dont je dois pourtant, en justice, excepter M. Daly, secrétaire provincial), je ne crains pas de dire, à en juger par le passé, que son administration courra de grands risques, exposée à l’atmosphère de cet entourage, dont nos gouverneurs ont été, tôt ou tard, presque tous la victime. C’est vraiment imperium in imperio.
J'avais écrit ce qui précède, lorsque je reçus des lettres du Canada, à la date du 3 février. Il paraîtrait qu’un agent des constitutionnels de Montréal serait parti pour Londres, porteur de demandes extravagantes, ce qui, néanmoins, à raison des circonstances, excite une grande sensation en Canada. L
L’autre parti se préparait, en conséquence, à envoyer deux nouveaux agents en Angleterre. A cette date cependant, on ne connaissait pas encore la nomination de lord Durham ni le Bill de suspension. Je pense que si cette nouvelle ur parvient avant qu’ils fassent voile, elle aura l'effet d’arrêter leur départ. Car ils verront que la scène est de nouveau transportée en Canada, et que dans ce cas agents et pétitions seraient obligés de s’en retourner, après un échange de quelques paroles seulement.
J’ai peu visité Paris, ayant presque toujours été malade depuis mon arrivée. Dans ce moment je garde ma chambre. Vous me pardonnerez done de vous écrire une aussi longue lettre. Je partirai pour le Canada vers la mi-avril. Si le temps me le permet, je retournerai peut-être à Londres. Alors, je me ferai un devoir d’accomplir la Proinesse que je vous ai faite, même au grand risque d’être appréhendé pour haute trahison, quoiqu’un journal loyal du Canada ait déjà avoué que c’était “ une plaisanterie”. Lord Durham s’apercevra bien vite, je pense, qu’un grand nombre d’arrestations ne sont dues qu’à des “plaisanteries ” de cette nature, quelque peu agréables qu’elles soient.
J’ai l'honneur d’être, Monsieur, Votre dévoué serviteur, L. H. LAFONTAINE.
Paris, 17 avril 1838,
Hôtel de Tours, Près de la Bourse.
Mon cher Monsieur,
Ce n’est qu’après l'envoi de ma lettre du 30 mars que j'ai reçu votre
réponse du 27 ; et celle du 2 evril me fut remise peu de jours après. Faute de paquebot le 24, je m’embarque.ai certainement dans celui du 1er mai. Avant mon départ, je me fais un devoir d’accuser la réception de vos lettres. Je ne puis cependant laisser passer cette occasion sans répondre à une partie de votr- ‘remière, car je suis loin de l’approuver.
Les Canadiens sont devenus, par les trai, ijets anglais. Ils doivent donc être traités comme tels. Votre plan ñe gorveinement les exclurait de la grande famille, en agissant envers eux comme des êtres inférieurs, qui devraient toujours être regardés comme tels. Je sais que c’est loin d’être là votre pensée. Mais ce serait assurément l’effet du svtème dont vous parlez. Vouloir ne donner la prépondérance à aucun parti, ou plutôt à aucune opinion quelconque dans la colonie, c’est établir an gouvernement bâtard, contre nature, et qui n’aura d’autre résultat que d'augmenter la confusion. Soyez en sûr.
C’est une grande erreur de croire qu’il n’y a pas de moyen de rapprochement entre les deux partis. Je sais qu’il y en a, parmi les constitutionalistes, comme parmi nous, dont les caractères et la tactique ne repoussent aucun rapprochement. Mais aussi, je n’hésite pas à répéter ce que j'ai si souvent dit, en Canada comme en Angleterre, qu’il est facile de rétablir l’harmonie entre les masses des deux partis politiques, car leurs intérêts sont les mêmes. C’est même : . besoin senti depuis longtemps.
Que l’administration locale cesse, dans tous ses rapports, administratifs ou sociaux, de faire et de soutenir des distinctions de race, et aussi des actes de favoritisme envers des classes privilégiées, et qu’elle marche franchement vers une politique libérale, mais ferme, vous verrez l’harmonie se rétablir plus vite qu’on ne le pense.
Un administrateur éclairé peut parvenir à ce but. Je crois que lord
Durham peut réussir facilement à produire ce résultat désirable, en donnant par la formation du corps exécutif ou législatif, qu’il est appelé à choisir, en vertu de l’acte de Suspension, une direction effcace vers cet objet important. Mais pour cela il faut qu’il refasse tout à neuf. S'il suit l’exemple de ses prédécesseurs dans le choix de ses conseillers, s’il n’a recours qu’à unè demi-mesure, s’il conserve à la base de son édifice des matériaux usés ou gangrenés, adieu tout espoir de succès durable. L'édifice croulera comme à l'ordinaire, et lord Durham n’aura rien fait. Cette opinion est le fruit de l’expérience pratique et de longues réflexions de ma part. C’est celle d’un grand nomb. » de réformistes engagés dans la vie publique, et d’un grand nombre de constitutionalistes chez lesquels la passion ne l’emporte pas sur la raison. Dans l’état où en sont les choses au Canada, refuser d’entrer dans cette voie, c’est sûrement, comme vous dites, se briser la tête contre le mur.
La pacification de mon pays est ma première pensée ; car avec la continuation de nos troubles et d’un système de gouvernement que repoussent tous les principes, il ne saurait atteindre ce degré de prospérité auquel la nature l’a appelé.
J’ai cru devoir vous faire ces observations dans la crainte que mon silence ne put être interprété comme un assentiment à votre plan, tel, du moins que je le considère, dans ses résultats inévitables,
Si les Canadiens, en violation des traités et de la foi jurée, ne duivent être traités que comme des êtres inférieurs ou dégradés, qu’on le sache dès à présent, de manière à lever tout doute sur le sort que la politique de l’Angleterré nous destine dans notre pays natal.
APPENDIOE 197
Vous ne réussirez jamais à établir une aristocratie là où il ne saurait en exister ; et quoique fasse votre gouvernement, il n’empêchera jamais l’influence des institutions de nos voisins de réagir sur les nôtres. La plus saine politique est de nous laisser rien à leur envier.
J’ai l’honneur d’être Votre dévoué serviteur, L. H. LA FONTAINE.
Au Très Honorable E. Ellice, Londres.
Voici maintenant la lettre courageuse et digne que La- Fontaine, victime de la tyrannie de Colborne, lui adressait de la prison de Montréal. L’arrestation de ce grand citoyen
donne une juste idée de la façon dont on entendait la liberté des sujets anglais à cette époque.
Prison de Montréal, 3 décembre 1838.
À Son Excellence sir John Colborne, administrateur du Gouvernement du Bas-Canada.
Général,
Dans des siècles où le droit, la justice étaient des mots pour ainsi dire inconnus aux peupies, la tyrannie quelquefois avait au moins des bornes. Ici, au contraire, elle semble devoir durer aussi longtemps que la malice, la haine, la vengeance existeront dans le cœur de
l’homme. Voilà, demain, un mois que j'ai été, sous votre administration et par vos employés, traîné de force dans cette prison, avec plusieurs de mes concitoyens que vous savez être également innocents. Nous sommes détenus au secret, sans avoir la liberté de communiquer avec nos familles, ni avec qui que ce soit.
Sous un gouvernement si vanté, la plupart d’entre nous ont été emprisonnés comme des animaux errants dans les rues. (C’°-' le résultat de la carte blanche donnée au premier venu, d’arrête, . bon lui semblait. L’immoralité qui caractérise cette violation de tout ce qu’il y a de plus sacré : la liberté personnelle des citoyens n’était comptée pour rien par les subalternes du pouvoir, voire même s’ils n’y trouvaient pas un sujet de satisfaction. 1
Arrêté illégalement le 4 novembre, je suis détenu dans cette prison plus illégalement encore. Par respect pour votre situation, je dois supposer qu’il existe contre moi quelque accusation, peut-être formulée après coup : n’importe, l’accusation de haute trahison est à l’ordre du jour. Ce sera sans doute celle-là. Eh ! bien, je demande solennellement à Votre Excellence mon procès devant les tribunaux légaux et constitutionnels de mon pays. Je le demande comme un droit, car je crois qu’il en existe encore dans les lois écrites. Si je pouvais m’abaisser ‘usqu’à demander une faveur, encore comme telle, je solliciterais mon procès. Un gouvernement qui a tant de moyens à sa disposition, ne doit pas hésiter à justifier l’oppression dont ses employés prennent plaisir à accabler un simple individu, seul, isolé, sans force, si ce n’est celle de ga pensée et de sa conscience que, Dieu merci, le pouvoir ne réussira jamais à enchaîner, quoique la force physique puisse tenir son corps renfermé sous des VeTTOux.
Ce n’était pas assez Pour assouvir la haine et la vengeance qui ont dicté mon arrestation, de m’emprisonner moi seul ; il fallait encore pour mieux parvenir au but proposé : celui de ma ruine et celle de ma famille, emprisonner mon parent et associé dans l'exercice de ma profession d’avocat, seule ressource de notre existence. Il fallait par
là ruiner une nombreuse clientèle qui porte ombrage. S'il en faut une preuve entre mille autres, on la trouve dans le fait que de tous les avocats en société au Barreau de Montréal, nous sommes les deux seuls associés qui soyons tous deux incarcérés. Ce n’était pas encore assez, il fallait, au risque même de s’exposer à violer votre parole, donner par écrit à la population du Nord du district, ordre d'arrêter le Dr Berthelot de la Rivière du Chêne, dont le seul crime est d’être médecin, et surtout d ecre mon beau-père. C’est ce qui lui a servi de passeport pour venir habiter nos cachots. Il ne me reste plus qu’un seul membre de ina famille en liberté. Elle trouve peut-être momentanément une protection dans son sexe.
Si Votre Excellence me refuse mon procès ou ma liberté, et persiste à autoriser la continuation de notre emprisonnement, à vous, Sir, je serai forcé d’attribuer la ruine totale qui me menace, moi et ma famille, la tyrannie pratiquée envers ma personne, et la privation de ma liberté, qui m’est encore plus chère. Cette liberté, je ne veux pas obtenir sans solliciter mon procès. La force m’a traîné d- :s ce lieu, mais que peut-elle, d’une manière durable, contre la force morale de l’innocence en présence de ce tribunal qui fait, tôt ou tard, une égale justice et des gouvernants et des gouvernés !
J’ai l’honneur d’être de Votre Excellence
le très humble serviteur, (Signé) L. H. LA FONTAINE.
(DR STE Doit éeren ps nes
TABLE ANALYTIQUE
A / : Pacres ANNEXION — Mouvement annexionniste en 1849 .. NT Tr nu
Ses causes.. ..
Enumère les partis dans les deux 60 |] Fi Offre le portefeuille de solliciteur-général à C.-8. Cherrier.. .. 62 F8 Nomme Vallières de St-Réal juge en chef. a sn sr 62 L Demande à LaFontaine de former un ministère. .. . sr ri ce OÙ
Longs pourparlers à ce sujet EE, . 65-66
Son aversion pour Baldwin.. .. .. .... 65
Mort de Bagot.. .. ...
Se retire de la vie politique. . er Causes de sa retraite.. .
Son opinion de LaFontaine.. .
CARTIER (Sir Georges), un des successeurs de JaFontaine .. .. Ra: CAUCHON (| Joseph), entre au Parlement aux élections Sénérales de 1:44 89
Son opinion sur la orrespondance Draper-LaFontaine. . +... . 109 CONSEIL SPECIAL, rend des ordonnances impopulaires.. . CHAUVFAU (Pierre-J.-O.),
+ .. 25, 26, 27 entre au Parlement aux élections générales
202 TABLE ANALYTIQUE PAars COLONISATION. Lord Elgin et LaFontaine donnent leur ie au mouvement colonisateur .. .. .. : : RS |:
D DRAPEAU des Canadiens avant 1837.. .. .. .. .. .. .. .. .. ., .. ]1l DRAPER forme le premier Cabinet sous l’Union.. .. .. .. .. .. .. .. 49 Veut éloigner LaFontaine de la politique... .. .. .. .. .. .. .. .. 103 Correspondance à ce sujet entre les deux hommes, par intermédiaire de R.-E. Caron. . 105 et suiv. DURHAM (lord). Po:*rait du personnage.. .. .. .. .. .. .. . : oo Coup d'œil sur son rapport... .. .. .. ee ss Avoue que le soulèvement de 1837 æ été provoqué par le gouvernement du jour .. .. .. .. 00 Demande la responsabilité ministérielle pour = colonies.. .. .. .. 38 E ELGIN (lord). Son arrivée au Canada... .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 112 Appelle LaFontaine au pouvoir.. .. .. run immune til Appuie le projet d’indemnité de LaFontaine.. .. .. .. .. .. .. .. 124 Les Tories cherchent à l’intimider.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 131 Insulté dans les rues de Montréal .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 133 Sa conduite approuvée en Angleterre.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 140 Evince Papineau des sociétés de Colonisation.. .. .. .. .. .. .. .. 147 EMEUTE à Montréal en 1849, au sujet du Bill d’indemnité.. .. .. .. 134 Le Parlement est incendié.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 135 LAFONTAINE. Place à part qu’il occupe dans notre politique .. .. .. 1 LAFONTAINE. Son état d'esprit avant 1837.. .. .. .. .. .. .. .. .. 9 Il attaque les Mondelet ralliés au parti du gouverneur.. .. ..10 et suiv. Après l'affaire de Saint-Denis demande à Gosford de convoquer le a eee Son départ pour l’Europe.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ER, PForit-de Paris à-M. HIS... 5: 7 1 4e vence vésvs +540
Dénméde ete tre ee ee eus eee ir bl
TABLE ANALYTIQUE 203 Paces Retour de LaFontaine au Canada. .. rte ns :
Noms de quelques-uns de ses com ns de prison.. . Il est attaqué par le journal “le Fantasque ”.. RÉ ÉE ne te de pe Refuse le poste de solliciteur-généra] que lui offre Pc ilett Thompson Refuse de protester contre l’Union.. .. Es a . Son manifeste sur ce sujet., ., ., Sagesse de sa conduite. .. PER a ES mnt LE:
Accepte la mission de former un ministère, à la demande de Bagot.. Joie de LaFontaine en communiquant son succès à ses amis.. .. LaFontaine donne sa démission à Metcalfe.. . RE Te Réclame l’usage de la langue française au Parlement.. ,..., .. Demande l’amnistie des exilés de 38... PR Propose qu’une indemnité soit accordée aux victimes de la révolte de ’37 au Bas-Canada .. .. RE Attaque Draper à la session de 1848., .. . Est appelé à former un nouveau ministère., ..., ,, .. DURE Son projet d’indemniser les victimes de 1837 cause une émeute à RE Re r — Discours de LaFontaine sur cette question .
Maison de LaFontaine pue Maison de LaFontaine attaquée une seconde fois .. . et. Se rend à Washington Pour négocier un traité de réciprocité... .. Principales lois dues à son initiative (note).. ... Sa politique de chemin de fer.. ..
La tenure seigneuriale.…. = Annonce sa retraite au Parlement.. ...
Causes de sa retraite. . a —— Adieu de LaFontaine à ses em lc 7 -. 163 et suiv. Sens que LaFontaine donnait à l’acte d'Union .. .. Er seormerrnc ss 10
LAURIER (Sir Wilfrid), combat le plan d’impérialisme de Chamberlain, 5
204 TABLE ANALYTIQUE
‘A Paces MACDONALD (J. . entre au Parlement aux élections scan de 1844... LE LE .. LA LA] LA . .. LA] LA] L2 DY]
MONDELET 7 et Dosislque) < bise Las LaFontaine dans un pamphlet intitulé: “ Les Girouettes ”.. +... …. .… 10 et suiv.
MORIN (André-Norbert), ——— le mouvement de pate contre l’Union à Québec. . , : 39
METCALFE (lord), diffère dvisles « avec LaFontaine sur la manière d'appliquer la responsabilité ministérielle .. .. .. .. .. .. .. 71 et 74 LaFontaine et Baldwin donnent leur démission.. .. .. .. .. .. .. 74 LaFontaine en explique les causes .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 76 Réponse du gouverneur à LaFontaine.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 79
La Chambre condamne Metcalfe.. .. .. .. 83 Il appelle Denis- ee — à ….— une er administration.. ... 6e + … …. +. ..84 et suiv.
Son départ pour oise: a . ns sait ele ET .
Mo
MoNAB (Sir A. combat le bill d’indemnité.. .. .. .. .. .. 122 et suiv. Traite les Canadiens-Français d'étrangers .. .. .. .. .. .. .. .. 130
PAPINEAU (Louis-Joseph), chef des Canadiens avant LaFontaine.. .. 3 Sa conduite à l'égard de LaFontaine.. .. .. .. .. .. Re:
PAPINEAU (Denis-Benjamin), fait . du ministère Vague Draper 94
Refuse d’accorder l’indemnité aux Canadiens.. .. .. .. .: .. .. .. 98 PARLEMENT. (Incendie du), à Montréal.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 195 C]
SYDENHAM (Poulett ne offre le __. de solliciteur- ue à LaFontaine. . Re . 26
eee PRE De TE Son rôle en Augteterre.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. 6
TABLE ANALYTIQUE
Fait accepter l'Union par + Conseil rs
Par le Haut-Canada.
Ses idées sur la responsabilité ministre Fer Irrité nn ee
Forme un ministère en 1841.. -
Suscite un adversaire à LaFontaine à Terrobonse Tr Ouvre la première session du parlement à Sgen, 1841...
T THOMPSON — Voir SYDENHAM.
U UNION.—Les Canadiens de Québec protestent contre J’Union.. .. ..
VIGER (D.-B.), présente des résolutions à la Chambre, condamnant les idées de Sydenham sur la responsabilité ministérielle. . = Appelé à former un ministère avec Draper..
Les Canadiens le bläment. .
Défense de Viger.. ne Faiblesse de son ministère.. .. .