PRODUCTION ANIMALE
Sans avoir l’importance de la production végétale, l’élevage permet de mettre en valeur de grandes étendues de terrains, surtout dans les Hauts-Plateaux dont le mouton seul permet de tirer parti.
l.es Européens se livrent peu, en Algérie, à l’élevage qui est le monopole de l’indigène : ils n’achètent le plus souvent que des animaux tout élevés quais engraissent en vue de l’exportation et de Tapprovisionnement des grands centres de consommation de l’Algérie.
Le colon, en effet, trouve plus avantageux de faire consommer ses herbages et ses fourrages par des animaux tout élevés, prêts à se les assimiler, opération qui demande au plus 7 à 8 mois, que de se livrer luimême à rélevage et d’entrer ainsi en concurrence avec l’indigène. Il ne se livre à l’élevage qu’exceptionnellement , là où l’abondance des fourrages se joint à la régularité de la production, et où, par suite, on peut avec succès entreprendre l’amélioration de l’espèce indigène par des types d’un rendement supérieur en viande.
Espèce Ovine
Dans les 10 dernières années le troupeau ovin se répartissait ainsi qu'il suit entre Européens et Indigènes :
MOL'ïüNS
Européens
Indigènes
Totaux . .
Movenne. . .
La principale opération à laquelle se livrent les Européens est l’engraissement du mouton. A l’automne, époque à laquelle cessent les exportations de moutons, les colons achètent au prix moyen de 15 trancs par tête, des moutons de 18 mois à 2 ans, qu’ils font châtrer quand ils ne le sont pas déjà. Ces animaux sont pendant l'iiiver et le printemps engraissés dans les pâturages du Tell (plaines de l'Habra, région de Constantine, de Sétif) et sont bons à être livrés à la consommation dès le mois de mai. Ges moutons d’engraissement précoce sont vendus en primeurs avant que ne commencent les exportations des moutons des indigènes et bénéficient d’un prix de vente plus avantageux.
Le poids net de ces aïoiitons précoces est de 19 à 20 kilogrammes; ils sont exportés à Marseille où ils sont vendus à des prix variant entre l fr. 25 et 1 fr. 50 le kilogramme net.
Les frais s’élèvent par tête en moyenne de 4 fr. 50 à 5 francs, pour transport, commission, frais de visite, etc., sans compter les dépenses de nourriture, d’engraissement, de garde, de pertes par mortalité, etc.
Il faut donc obtenir au minimum un prix de vente de 20 francs par tête pour ne pas être en perle : le surplus représente avec le produit de la tonte, la rémunération du capital, le prix des fourrages consommés et le bénéfice de Topération.
Jndé[)endamment de la production des moutons gras précoces, l’Européen fait l’agneau de lait; pour cela il acliète à l’automne des brebis pleines dont le produit est vendu à 6 semaines aux boucliers pour la consommation locale du prix de 8 à 10 francs; les mères engraissées sont ensuite revendues.
[/expédition des moutons précoces des Européens est suivie de celle des moutons indigènes qui se continue jusqu’en septembre.
Da ns ces 10 dernières années les expéditions de moutons d’Algérie ont varié ainsi qu’il suit :
Totai 10.436.846
Moyenne décennale . . 1 . 043 . 684
Nuluns (|Lie malgré celte exporlatiuii coiisidcrahle (le moulons crAl^^érie. la France est encore tialnilaire de l'élranger pour son approvisionnement en viande de montons.
lndé|)endamment de Texportation, la consommation locale est considérahie, car c'est presque exclusivement de la viande de mouton et de chèvre que consomme l’indigène.
Cette consommation par rEuropéen et l'indigène, peut être évaluée à 1 million \h2 de tètes. Si on admet le prix de îo francs par tète j)Our les moutons exporlés et celui de 12 francs pour les animaux consommés sur place, on voit (jue le produit en viande du cheptel ovin peut être évalué à
1 . 000 . 000 à I O Iran CS = 1 o . 000 . 000 1 . oOO . 000 à 1 ,2 francs = 18. 000 . 000
Total 30.000.000
A cette valeur il faiit joindre celle de la laine (.lont la prodnclion s'élève annuellement à S à 9 millions (.le kilogiTi mines en partie exportée et en paiTie utilisée sur place par les indigènes.
Au prix de 0 fr. 60 le kilogramme, la jiroduclion lainière peut être estimée annuellement à 5 millions 400.000 francs. A ce produit il faut ajouter la valeur du lait des brebis prélevé en outre de la nourriture des agneaux et qui peut (à raison de 10 litres par tête et par an à 0 fr. 10 le litre) être évaluée cà 3 millions de francs pour les trois millions (.le brebis (|ui com- |)Osent le cheptel ovin.
Espèce Caprine
La chèvre joue un rôle considérable dans Técono- * mie rurale indigène, car elle permet de tirer parti des pacages en terrains accidentés, des massifs de mauvaises broussailles où le bœuf et le mouton ne sauraient réussir.
Cet animal est cependant dangereux pour toutes les plantations, où il broute les jeunes tiges et ronge les écorces des jeunes sujets. Pour en diminuer le nombre au profit des moulons sans danger pour les forêts défensables, rimpôt zekkat a été élevé à 0 fr. 25 par tête pour la chèvre, tandis qu’il est resté au chiffre de 0 fr. 20 pour le mouton. ^
Voici quelle a été dans la dernière décade la répartion entre européens et indigènes de l’eflectif du troupeau.
Années
Indigènes
Européens
Totaux . . .
Moyenne décennale.
Si l’on estime à 8 francs par tête en moyenne, cet effectif, on voit qu’il représente un capital d’environ 30 millions de francs.
Aux environs des grandes villes, snrtuiü dans TKsl et dans le département d’Alger, les chèvres possédées par les européens sont d’origine maltaise : elles sont entretenues presque constamment à l’étable ])Our la production du lait en vue de la vente en nature, (iràceà une alimentation abondante et à un régime spécial, on arrive à leur faii'e produire jus([u’à 4 litres de lait paj* jour. Dans la province de l’Ouest, c’est la chèvre espagnole qui prend la place de la chèvre maltaise; elle est moins bonne laitière mais est plus rustifjue et est soumise au régime mixte du parcours et de la stabulation ; (juant aux chèvres de race indigène, elles sont très peu laitières, mais donnent cependant plus de lait (|ue les brebis.
En dehors du lait nécessaire à l’alimentation des chevreaux, les ^ millions de chèvres mères peuvent produire 25 litres de lait estimé à 0 fr. 10 le litre ; ce qui représente une valeur annuelle de 5 mil Ions de francs. On compte en outre pour le poil Ofr. 75 par toison.
La consommation de viande de chèvre absorbe environ 1 million de têtes à 8. francs, soit une valeur de 8 millions de francs.
La ])roduction annuelle de la clièvrc peut être estimée approximativement à 16 millons de trancs.
Espèce bovine
La population bovine de TAIgérie se répartit ainsi tjii'il suit entre européens et indigènes.
Années
Européens
Indigènes
Totaux . .
soit un effectif moyen de 138.254 têtes pour îes européens, et de 1.001.228 chez les indigènes.
Le cheptel bovin peut être estimé à une valeur moyenne de 50 à 60 francs par fête chez les indigènes^ et à 80 à 100 francs chez les européens, car ces derniers achètent de l’indigène les meilleurs animaux pour le travail ou l’engraissement et un régime plus abondant leur donne une certaine plus value.
Le capital représenté par l’espèce bovine en Algérie se répartit ainsi qu’il suit, en chiffres ronds :
Bétail des indigènes 50.000.000
— des européens 11.000.000
Total
Ce cheptel i)ovin a tbiirni à rexportatioii. exelusivenieiU à destination de la France, les nières années les quantités suivantes :
presijue ?) dei‘-
1897 31 .-265 tètes
Comme les trais de transport, de vente et de commission évalués à 25 trancs par tète sont les memes, qu51 s’agisse d’un l)ouvillon ou d’un bœuf de 350 kilog. on conçoit que l’on n’exporte guère que les plus beaux animaux dont la valeur moyenne peut être estimée à ' environ 200 francs par tète. Beaucoup de ces animaux sont des bêtes croisées. L’exportation atteint donc en numéraire 3 millions 1 /2 à 6 millions.
Toutefois il faut constater que la Tunisie et le Maroc prennent une part importante à cette exportation. Beaucoup d’animaux originaires de ces pays ne font que transiter en Algérie et sont par suite portés au compte d’exportation de la colonie.
Nous importons aussi de France en Algérie un certain nombre d’animaux (vaches laitières, bêtes de reproduction), soit par an 6 à 700 tètes d’une valeur moyenne de 500 francs.
Au chiffre des exportations il faut ajouter la valeur des animaux sacrifiés pour la consommation locale, mais dont le nombre ne peut être obtenu que par les relevés d’abattoir.
La viande de bœuf est surtout consommée par la population européenne ; les indigènes préfèrent celle du mouton et de la chèvre.
La consommation algérienne annuelle peut être évaluée de 150 à 160.000 têtes d’une valeur moyenne de 100 francs soit environ 15 à 16 millions de francs.
Sur l’effectif ci-dessus on peut compter chez les indigènes environ 300.000 vaches laitières produisant en outre de la nourriture de leurs veaux, 50 litres de lait par an à Ofr. 10 le litre soit 1.500.000 francs.
Au total soit environ 20.000.000 de francs, produit annuel du cheptel bovin algérien (1), auquel il faut ajouter le produit du lait des vacheries exploitées par le européens dans la banlieue des grandes villes pour la fourniture du lait à la consommation en nature.
Espèce chevaline
La population chevaline de l’Algérie appartient presque exclusivement à la race désignée par le savant zootechnicien Sanson sous le nom de race africaine ^ow\. l’aire géographique comprend l’Afrique du Nord (Egypte, Nubie et les anciens Etats Barbaresques) et la partie occidentale de l’Asie (Arabie et Perse). A cette race se trouvent mélangés quelques types de la variété arabe de la race asiatique (Syriens) et que l’on trouve dans tous les pays musulmans de la Perse au Maroc.
Le cheval barbe ou berbère est le cheval indigène, autochtone, tandis que le cheval syrien a été amené dans le Nord de l’Afrique par les conquérants venant de l’Est. Le cheval barbe est au cheval syrien, au point de vue de l’origine, ce qu’est dans la population humaine le kabyle à l’arabe proprement dit.
(1) Dans son étude très documentée « Espèce Bovine », M. Bonnefoy évalue à 28 millions de francs le produit annuel du cheptel bovin.
Quoiqu’il eu soit, le cheval l)arbe esl un animal de haute valeur : il appartient au type léger de cavalerie dont il est l’iin des représentants les plu?> solides et les plus endurants : il peut être ernpluyé aussi comme hôte de trait léger. Dans ses diverses affectations comme bête de selle, de trait léger, de bât, il unit des qualités de force de vigueur et de rusticité à une sobriété à toute épreuve.
D’après les statistiques officielles, qui doivent présenter une certaine exactitude, les chevaux et les mulets étant soumis chaque année <à un recensement et inscrits sur un rôle militaire, l’effectif de la population chevaline chez les européens et chez les indigènes a présenté les variations suivantes dans les* dix dernières années :
€ii evaiix
Aimées '
Totaux .
Effectif moyen . .
Européens
Indigènes
Quelle est la production annuelle du cheval en Algérie ? Voici l’évaluation qu’en donne M. Bédouet, l’éleveur algérien bien connu :
(( L’Etat possède actuellement 800 étalons euYirou « qui, pendant la saison démonté sont disséminés sur (( tous les points de l’Algérie. En attribuant à chaque (( étalon une production annuelle égale au quart des « saillies faites, soit 15 produits, on arrive au chiffre « de 12.000 poulains et pouliches aufjuel il faut (( ajouter 8. 000 produits issus d’étalons approuvés, (( particuliers ou rouleurs, soit au total une produc- (( tion annuelle de 20.000 poulains et pouliches. En (( éliminant 10.000 pouliches dont les indigènes ne (( se défont généralement pas, il reste 10.000 pou- « lains dont 1/3 environ est susceptible de faire des « chevaux de remonte.
Ces chevaux de remonte, à 4 ans, sont payés par l’Etat 400 à 650 francs ; mais les achats ne portent guère annuellement que sur 1 700 têtes.
Si l’on admet le prix moyen de 150 francs par tête, on a pour la production annelle une estimation de trois millions de francs, en tenant compte de la mortalité.
Les faibles bénéfices que laisse l’élevage du cheval amènent de plus en plus les éleveurs à produire le mulet.
A part quelques rares européens, dit M. Bédouet : (('(|ui se livrent à l’élève du cheval barbe, beaucoup (( plus par amour du cheval que pour les bénéfices « qu’ils en retirent, l’industrie chevaline doit être « considérée comme se trouvant toute entière entre (( les mains des indigènes ». Ceux-ci depuis plusieurs années tendent de plus à produire des mulets, qui le plus souvent, laissent plus de bénéfice à l’éleveur.
L’effectif des mules et mulets j)Ossédés par les européens et les indigènes a présenté les variations suivantes :
Années
Totaux.
Moyenne décennale
Européens
Indigènes
Le mulet est employé comme bête de bàt cliez les
indigènes comme animal de trait chez les européens
pour le travail de la terre et les transports. Les
kabyles sont détenteurs de la presque totalité des
animaux possédés par les indigènes.
Le mulet est le produit de la jument barbe et de
l’âne du pays : ce produit se tnontre sobre, très
rustique, très résistant à la fatigue et supérieur au
mulet d’importation, quoique ayant moins de poids.
Chez les indigènes, les ânes servant d’étalons attei-
gnentleprix de 400 francs. C’est surtout dans la
région de Sétif et de Constantine que l’on obtient les plus beaux animaux, atteignant une’taille de l"’4o et parfois même de 1“55. Les mulets rendent de grands services à l'agriculture européenne et à l’agriculture indigène pour tous les travaux des chamj^s et les
charrois : ce sont en même temps des animaux de bât hors pair pour les transports des récoltes et des denrées de toutes sortes dans les réglons montagneuses dépourvues de routes carrossables. Us pourraient aussi être utilisés dans une plus large mesure par les viticulteurs du littoral, qui souvent achètent à grands frais des mulets de France et d’Espagne qui n’ont pas la sobriété, la rusticité et Faptitude aux durs travaux des champs des animaux indigènes.
C’est Carabe qui est le seul, ou à peu près, à faire l’élevage du mulet. Néanmoins quelques colons élèvent exclusivement pour l’usage de leurs termes.
L’effectif de la population mulassière étant de près de 150,000 têtes, il faut compter, pour que cet effectif se maintienne, une production d’au moins 10 009 mulets par an : ce qui à 150 francs par tête représente une valeur de 1.500.000 francs.
Espèce asine
La répartition de la population d’espèce asine a été
la suivante dans les dix
dernières
années :
Aimées
Européens
Indigènes
Totaux. .
Effectif moyen . .
L’àne d’Algérie est petit ; sa taille varie de 0"‘90 à : il est précieuv comme animal de bat. L’indigène s’en sert pour ses transports de grains, d’eau, de fruits, de charbon, etc... ; TEuropéen l’emploie pour les terrassements et tous les travaux de construction.
L’effectif moyen dépasse 280.000 têtes : la production annuelle movenne doit s’élever de 15 à 20.000 tètes qui, estimées à 15 francs l’unité, ^représentent une valeur d’environ 250.000 francs.
Chameaux
ISfatistique décennale
Années
Européens
Indigènes
Totaux. .
Moyenne décennale les indigènes. . .
chez
Le maintien de l’effectif au chiffre ci-dessus suppose une production annuelle du vingtième au moins, soit de 10 à 12.000 chameaux d’une valeur de 150 francs par tête, soit 1.800.000 de francs.
si au croît on ajoute la valeur du lait et du poil, qui peut-être estimée en moyenne à 10 francs par tête, on arrive à un rendement annuel de 2 millions de francs environ.
Pour mémoire il faut citer les produits de la bassecour (volailles, porcs, etc...). Tandis que la volaille est élevée en grande partie par les indigènes, les porcs, dont l’effectif moyen est de 85.000 têtes, sont exclusivement possédés par les européens. La production de la basse-cour peut être estimée à quelques millions de francs.
En résumé, la production animale peut être évaluée approximativement aux chiffres suivants :
I viande 33.000.000 j
Espèce ovine I faine 5.400,000 > 41.400.000
( lait 3.000.000 j
Espèce caprine 16.000.000
— bovine 20.000.000
— chevaline 4.500.000
— asine 250.000
Chameaux 2.000.000
Produits de la basse-cour mémoire
Total .
Produits Agricoles (Importations en Algérie)
Ce tableau est extrait de l'Exposé de la Situation générale de l'Algérie (déceml)re 1899).
Produits Agricoles (Exportations de l’Algérie)
zn
ce -J
r- O erî
-Z- CO en lo CO