‹ LakanalChapitre 19 sur 19 · M. CARNOT · texte numérisé non relu

M. CARNOT

£&ôn M. Camot, héritier d'un nom dans lequel s*incame pour ainsi dire le patriotisme de la Convention, termina, en ces termes, ces funèbres adieux :

« r«aka,nal appartenait à cette génération de courageux pionniers qui ouvrirent la tranchée dans les marais de Fancien régime et qui jetèrent les fondations du nouveau. S*il en vrai, en effet, que la base la plus solide de Tédifice politique soit l'éducation nationale, Lakanal mérite particulièrement ce beau titre de fondateur ; car nul n*a consacré à Téducation nationale des soins plus zélés et plus éclairés.

Vous venez d*entendre raconter sa vie laborieuse, cette vie si pleine de courage et de dévouement, si pleine aussi de cruels revers. Eh bien I Lakanal disait encore il j a deux jours qu'il ne ferait pas autrement s'il avait à la recommencer. J*ai vu mourir plusieurs de ses compagnons de révolution ; tous ont tenu le même langage, avec le

;• SES OBSÈQUES, LAKANAL ET LA POSTÉRITÉ ' 14i"

/même calme et la même confiance dans le jugement du pays, qu'ils savaient avoir bien servi.

• » Cette grande famille patriotique sera bientôt descendue tout entière dans la tombe. Je m'enorgueillis trop de lui appartenir, pour ne pas réclamer comme un devoir filial le triste honneur de dire adieu à l'un de ses plus dignes membres.

Adieu donc, Lakanal ! Tu auras ta part dans la reconnaissance de la patrie. Vieillard qui as vécu parmi les forts et qui as inscrit ton nom parmi leurs noms, repose en paix après tant de fatigues. Nous ne t'oublierons pas ! »

L'oubli cependant devait venir, au moins pour un temps. Douze ans après, M. Mignet lut à l'Institut un éloge historique fort remarquable où revivait Lakanal, un peu sévèrement jugé peut-être au point de vue de la conduite politique, mais dignement loué pour son caractère et son intelligence ; empruntons-lui ce portrait d'un grand style : « Il joignit beaucoup de bienveillance à beaucoup d'énergie. On était tout surpris d'entendre des paroles douces et flatteuses sortir de cette bouche sévère, et de trouver un si grand goût de plaire avec un visage si sérieux et sous un regard si défiant. L'expression contenue de son visage venait des temps terribles où il avait vécu, et ce qu'il laissait passer d'aimable ou de bon à travers sa rudesse venait de sa nature.,. »

Depuis lors et jusqu'à ces dernières années, on ne parla plus de Lakanal. La Révolution de 1848 avait accordé une bourse dans un lycée à son fils et servi à sa veuve une pension, qui, sous l'Empire, lui fut retirée ou réduite à un chiffre dérisoire. On trouvait bien de temps en temps sous la plume des historiens de la Révolution le nom sonore du grand conventionnel, mais sans détails sur sa vie si étrange et si bien remplie.

Enûn, il y a deux ans environ, sur la proposition de M. Jules Ferry, ministre de Tlnstruction publique, le gouvernement servit à la veuve de Lakanal une pension plus \ digne des immenses services rendus par son mari à renseignement, sous toutes ses formes. Madame Lakanal ne . proûta guère de cet acte de tardive justice ; elle mourut . peu de mois après.

Mais une réaction favorable s*est faite déânitivement contre Toubli qui étouffait une si glorieuse mémoire ; plusieurs publicistes éclairèrent l'opinion publique à son siget. Le conseil municipal de Paris a donné le nom de Lakanal à une rue ; celui de Moissac, à un boulevard ; la viUe de Foix lui élève une statue.

C'est qu'en effet, sous la République, il n'est pas permis d'ignorer la vie et les actes de l'intègre et utile citoyen qui avait voué à cette forme de gouvernement une foi inébranlable ; malgré tant de désillusions, dont la dernière moitié de sa vie fut abreuvée, s'il eut la douleur de mourir sans revoir la République, « Lakanal y croyait encore ; les esprits ardents gardent leur premier enthousiasme, et les cœurs généreux ne se donnent bien qu'une fois ; aussi les espérances do sa jeunesse restèrent les rôves mélancoliques de ses vieux jours ». (Mignet.)

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