ACTE PREMIER ii
ËLLEJN, lui tendant la main.
A la bonne heure, voilà une bonne parole l
FRÉDÉRIC
Ohl ces amoureux ! (a Géraid.) L'aventure, d'ailleurs, ne te déplaît pas. (a miss Eiien.) Vous ne le connaissez pas bien, miss Ellen; il aime le danger, il y met de la poésie ! c'est un rêveur de l'impossible, un enthousiaste de l'inconnu ; il se perd avec amour dans les nuages bleus...
ELLEN, vivement.
Je ne le lui reproche pas.
FRÉDÉRIC, gaiement.
Au contraire, n'est-ce pas ? C'est moi qui suis prosaïque. Je vous jure pourtant que si j'étais seul...
ROSE
Quoi ? Nous ne nous exposons pas beaucoup, puisque nous ne rencontrons personne. On dirait cette demeure inhabitée.
FRÉDÉRIC
Je vous répète qu'elle est parfaitement habitée par un brahmane fanatique qui se nomme Nilakantha. Il desservait une pagode que la conquête a ruinée, ce qu'il nous pardonne difficilement.
MISTRESS RENTSON.
Mais j'en vois encore partout des pagodes 1
FRÉDÉRIC
Dans les villes, oui ; nous aurons même demain une des plus grandes fêtes indoues. Tous les brahmanes des environs vont se réunir à la grande pagode, mais
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dans les campagnes, le culte raît peu a pou. \i-
jakantha s'est, retiré sur ce coin de terre qu'il ;) consacre à Brahma, de su p lutorité, et il vii
modestes offrandes de quelques Hindous qui lui sont restés fidèles. Il a une fille.
ELLEN
Une fille?
MISTRESS BENTSON.
Ces gens-là ont des filles?
FRÉDÉRIC
Elle se nomme Lakmé.
ELLEN
Oh 1 le joli nom : Lakmé.
ROSE
Je voudrais bien la voir
Il ne manquerait plus que cela. Mais vous ne savez donc pas, Européenne que vous êtes, que cette petite personne, née dans une pagode, vouée à quelque Dieu ou à quelque déesse du c'el indien, se croit elle-même d'essence divine. Elle méprise tout ce qui se passe en dehors de cette enceinte et elle ne se montre pas.
ELLEN
Et vous croyez qu'elle est belle?
FRÉDÉRIC
Ravissante, dit-on.