SCÈNE X
LAKME, GERALD.
Lakmé, dès qne les deux serviteurs sont sortis, va droit à Gérald qui a fait un pas vers elle et qui la regarde avec ravissement.
LAKMÉ, courroucée.
D'où viens-tu? Que veux-tu? Pour punir ton audace
On t'aurait tué devant moi.
Mais je rougis de mon effroi,
Et je ne veux pas qu'on sache, Que le pied d'un barbare a souillé d'une tache La demeure sacrée où mon père se cache, Oublie et pour jamais ce qui frappe tes yeux. Va-t'en! je suis fille des Dieux l
GÉRALD
Oublier que je t'ai vue Te redressant tout émue Sous un geste triomphant?
De colère frémissante, Inflexible, menaçante Avec ce regard d enfant?
Jamais le plus téméraire, Jamais un Hindou, mon frère* N'oserait parler ainsi.
Et le Dieu qui me protège Punira ton sacrilège, Va-t'en 1 va-t'en! sors d'ici!
GÉRALD
Oublier que je t'ai vue, Et cette grâce ingénue, Et ce charme pénétrant?
Ah! tu veux que je t'oublie Lorsque je sens que ma vie A tes lèvres se suspend?
LAKMÉ, nn pen radoucie.
Tu ne savais pas, sans doute, Quel danger tu courais. Maintenant, suis ta route, Va! c'est la mort dont rien ne saurait te garder, Va!
GÉRALD, sans bouger.
Laisse-moi te regarder.
LAKMÉ, à part.
C'est pour moi dont il sait la haine Et c'est pour me voir un instant Qu'il brave la mort, qu'il l'attend?
Quelle force vers moi l'entraîne?
Rien ne l'épouvante?
A Gérald.
D'où te vient Cette audace surhumaine?
Quel est le Dieu qui te soutient?
GÉRALD
(Test le dieu de la jeunesse, C'est le dieu du printemps,
C'est le dieu qui te caresse De ses baisers ardents,
Pour qui s'ouvrent les calices Des roses chaque jour,
C'est le dieu de tes caprices, C'est l'amour!
Il m'a semblé qu'une flamme Avait passé sur mon âme, L'emplissant toute d'émoi, Quels sont ces mots nouveaux pour moi?
Répétant comme malgré elle les paroles de Qéralô
C'est le dieu de la jeunesse,
C'est le dieu du printemps, C'est le dieu qui me caresse
De ses baisers ardents!
Pour qui s ouvrent les calioes
Des roses chaque jour, C'est le dieu de mes caprices, C'est l'amour!
Oh ! reste, reste encor, pensive et rougissante, Laisse passer sur ta douce pâleur Le charme enchanteur De la pudeur naissante.
ENSEMBLE
C'est le dieu de la jeunesse, etc.
LAKME, poussant un grand cri.
Granus uieux ! Mon père ! Fuis ! (Suppliant.) Par pitié pour moi !
G É R A L D , en sortant.
Nos;
Je ne i'oublierai plus, ô douce vision/