‹ LakméChapitre 16 sur 51 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

GÉRALD

Pourquoi pas?

FRÉDÉRIC

Comment! pourquoi pas ?.. . Parce qu'en entrant ici, nous n'avons pas seulement commis une violation de domicile condamnable en tous pays, mais un véritable sacrilège, la demeure d'un brahmane étant sacrée comme la pagode elle-même. Or, un sacrilège commis par un Européen n'est jamais resté impuni. Le coupable tombe un jour ou l'autre frappé par une main invisible.

MISTRESS BENTSON.

Ah ! mon Dieu, pourquoi ne nous avez-vous pas dit ça tout de suite?

GÉRALD

Les officiers de sa Majesté la reine d'Angleterre se moquent des brahmanes.

FRÉDÉRIC

Il ne s'agit pas de courage avec des ennemis qui ne se montrent jamais, qui poursuivent leur vengeance dans l'ombre, sans se hâter, attendant l'instant propice, sûrs que pas un des leurs ne les dénoncera. Rappelez-vous que nous sommes en pays conquis.

Oui, oui! en pays barbare. Quand je pense que nous serions si bien à Londres, à Hyde-Park, humant ce joli brouillard qui nous fait le teint frais. Maintenant, Mesdemoiselles, j'userai de mon autorité.

GÉRALD

Je propose une transaction. Vous allez retourner à la ville, respectable mis'ress Be itson.

MISTRESS BENTSON.

Merci.

GÉRALD

Avec ces demoiselles et Frédéric. Moi, je resterai pour copier ces bijoux qui plaisent à miss Ellen.

ELLEN, à Gérald.

Si pourtant vous deviez courir un danger...

GÉRALD, riant.

Pas le moindre. Aussitôt que je vois arriver quelqu'un, je me sauve. Je n'y mettrai pas d'amour-propre.

ELLEN

Je porterai ces bijoux-là, le jour de notre mariage.

GÉRALD

C'est alors que je les trouverai jolis.

MISTRESS BENTSON.

Eh bien, Mesdemoiselles?

ROSE, à Ellen.

Je regrette de m'en aller.

ELLEN

Je le regrette bien davantage.

FRÉDÉRIC, à Gérald.

Rappelle-toi que tu as tort.

MISTRESS BENTSON.

Monsieur Frédéric. . .

Page 1