ACTE TROISIÈME
G É R A L D, s'é veillant sans voir Lakmé •
Quel vague souvenir alourdit ma pensée ? Et sur ma poitrine oppressée Quel rêve s'est appesanti?
Sous un charme accablant je reste anéanti.
Je me souviens, la ville était en fête, J'allais dans mon extase, à demi réveillé. Quand l'éclair d'un poignard à mes yeux a brillé, Et la nuit s'est faite!
LAKMÉ, se penchant vers lui et continuant
Alors Hadji, dans l'ombre se glissant,
T'a transporté sous ce toit de verdure, J'ai ramené la vie à ton front pâlissant ; Les filles de ma caste apprennent en naissant Comment le suc des fleurs guérit une blessure.
Je me souviens, sans voix, inanimée,
Je te voyais, sur mes lèvres penchée; Mon âme à tes regards tout entière attachée, Revivait sous ton souffle, ô ma douce Lakmé
Ah! viens, dans cette paix profonde L'aile de l'amour a passé, Et pour nous séparer du monde, Sur nous le ciel s'est abaissé.
Ces fleurs courant capricieuses Ont des senteurs voluptueuses Qui jettent au cœur amolli L'ivresse et l'oubli.
Ah ! viens, dans cette paix profonde, Sur nous le ciel s'est abaissé Pour nous faire oublier le monde.
L'aile de l'amour a passé 1
Là, je pourrai t'entendre, Nous vivrons tous les deux, Et je pourrai Rapprendre L'histoire de nos dieux î
Nous chanterons ensemble Ces dieux trois fois bénis Devant lesquels tout tremble, Qui nous ont réunis...
Et ton âme enflammée De bonheur s'emplira, Sur la terre charmée Que protège Brahma!
On entend des chants dans le lointain.
GÉRALD
Écoute ! On passe sur la route Qui longe la lorêt.
Personne ici ne nous découvrirait!
CHOEUR
Dans la coulisse.
Descendons la pente
Doucement, La source qui chante
Nous attend!
Près de son murmure,
Deux à deux, Puisons l'onde pure
Sous les cieux, Descendons la pente
Doucement, La source qui chante Nous attend !
GÉRALD
Quel est ce chant plein de tendresse, Qui passe comme une caresse?