‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 10 sur 218 · Nouv. Méd., Stances · texte numérisé non relu

Nouv. Méd., Stances

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Ainsi la nature est douée d'un pouvoir de métamorphose dont, s'émerveillait un esprit avide de belles images. L'&me du prophète semble en disposer souverainement, car elle ne voit dans le monde que le prolongement de ses émotions personnelles. Par là s'expliquent les formes que prend l'univers, tour à tour épouvantées et joyeuses. Le croyant y sent la puissance de Dieu, une perpétuelle force de création sur une matière informe dont l'existence est vaine, comme celle d'une ombre, sans l'intervention divine. Littérairement, tout ce pittoresque biblique est l'expression spontanée d'une pensée exaltée par l'allégresse de sa foi, ou tendue par l'épouvante du châtiment que méritent les crimes des hommes.

L'influence de la Bible est plus visible encore dans ' l'expression. Les images qui se sont déposées lentement dans la mémoire de l'enfant se retrouvent, reprises habilement ou inconsciemment modifiées, dans les vers du poète.

Cependant le lyrisme des livres saints semble avoir des caractères trop particuliers pour, se prêter

à l'imitation. L'imagination sémitique diffère si nettement de l'imagination aryenne ' ! L'inspiration du Sémite est désordonnée, les idées se juxtaposent en se heurtant, l'art du groupement fait défaut. Aussi le lyrisme biblique a-t-il une forme originale: il est énergique, procédant par bonds, par yiolents coups de colère, incapable de ces larges mouvements où s'épand la verve oratoire, mais pressé, court, heurté, éclatant. Des cris de haine renouvelés avec une puissance de malédiction et un goût de la vengeance qui dénotent l'atrocité de natures primitives ; puis des effusions, des élans d'allégresse, des hymnes d'amour, et, dans l'expression de cette existence morale sans cesse vibrante, abondent les métaphores qui illuminent la pensée.

Lamartine est trop latin par l'imagination et la manière de composer des tableaux pour reproduire ces images impétueuses. Cependant un grand nombre de symboles "bibliques, en se gravant dans son

1. « L'hébreu, essentiellement fragmentaire, elliptique, est le plus rebelle idiome... Tous les prophètes font de terribles efforts et désespérés pour parler. » Michelet, La Bible de V Humanité % p. 383. — « L'imagination nette et sobre d'Israël... » E. Renan, Histoire d'Israël, 1. 1, p. 81. — « Ces vieilles paroles heurtées et sauvages répondent mieux au cri de nos Ames modernes que tous les chefs-d'œuvre classiques de l'antiquité. » J. Darmcstcter, Les Prophètes d'Israël, p. 38. — « Les Juifs n'ont pas l'art qui compose des tableaux ou des portraits. » E. Havet, Le Christianisme et ses Origines, t. III, p. 164.

esprit, ont enrichi sa faculté d'invention verbale. Par cette projection inattendue et inconsciente de métaphores orientales, il a souvent modifié les caractères de son éducation, formée aux développements arrondis de la rhétorique latine.

Indiquons les principales images bibliques qui se trouvent dans ses vers. Ce sont d'abord des comparaisons empruntées à la vie des champs ; elles ramènent le poète à ses origines, alors que l'homme associait à ses émotions tous les mouvements de l'univers. Quelquefois l'intelligence de certaines métaphores semble nécessiter un commentaire :

... L'homme, léger fantôme Qui sèche à mes pieds comme un chaume 1

C'est la reprise d'un verset du cantique de Moïse après le passage de la Mer Rouge :

« Tû as envoyé ta colère : elle les a dévorés comme la paille* . »

Le feuillage de l'olivier, qui décore de ses pâles lueurs les paysages accablés sous la mélancolie du soleil, avait frappé l'imagination des Orientaux; ils y voyaient un symbole de grâce et de beauté : de là le

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